N° 0256 -12 - Rapport spécial de M. Patrice Martin-Lalande sur le projet de loi de finances pour 2003 - Communication
N° 256 ______
ASSEMBLÉE NATIONALE
CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
DOUZIÈME LÉGISLATURE
Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 10 octobre 2002
RAPPORT
FAIT
AU NOM DE LA COMMISSION DES FINANCES, DE L'ÉCONOMIE GÉNÉRALE ET DU PLAN SUR
LE PROJET DE loi de finances pour 2003 (n° 230),
PAR M. GILLES CARREZ,
Rapporteur Général,
Député.
??
ANNEXE N° 12 - 1ère partie
CULTURE ET COMMUNICATION :
COMMUNICATION
Rapporteur spécial : M. PATRICE MARTIN-LALANDE
Député
____
Lois de finances.
Document
mis en distribution
le 7 novembre 2002
? 3 ?
SOMMAIRE
?
Pages
INTRODUCTION.......................................................................................................9
LES PRINCIPAUX POINTS DU RAPPORT ........................................................... 11
CHAPITRE PREMIER AUDIOVISUEL PUBLIC : UNE ANNEE DE
CONSOLIDATION BUDGETAIRE POUR MIEUX PREPARER L'AVENIR ........... 16
I.- LE BUDGET DE L'AUDIOVISUEL PUBLIC POUR 2003 : LA CONSOLIDATION........16
A.- UNE CROISSANCE DES DOTATIONS PUBLIQUES ADAPTEE AU
CONTEXTE DE TRANSITION...................................................................................16
1.- La croissance du produit attendu de la redevance, malgré le gel de
son taux.................................................................................................... 17
2.- La diminution de la compensation budgétaire des exonérations ............ 18
3.- Quels excédents de la collecte de la redevance ? .................................. 21
4.- Un coût du service de la redevance qui demeure élevé ......................... 22
B.- QUEL DEVENIR POUR LA REDEVANCE AUDIOVISUELLE ? ...............................24
1.- Les nombreux avantages d'une suppression de la redevance ............... 25
2.- De multiples voies envisageables pour répondre aux critiques
soulevées ................................................................................................. 27
C.- UNE AUGMENTATION RAISONNABLE DES RESSOURCES PROPRES DES
ENTREPRISES PUBLIQUES....................................................................................31
II.- DES BUDGETS DE TRANSITION POUR LES DIFFERENTES SOCIETES
AUDIOVISUELLES...............................................................................................................34
A.- LES TELEVISIONS PUBLIQUES : DES BUDGETS QUI TRADUISENT LE
NÉCESSAIRE NOUVEAU CALENDRIER DE LA TNT..............................................35
1.- La gestion du groupe France Télévisions : un redressement
confirmé ................................................................................................... 35
a) Érosion et vieillissement d'une audience de 40 % ......................................... 35
b) Les contrôles de la Cour des comptes en cours.............................................. 36
c) Un contrôle parlementaire renforcé............................................................... 36
d) La mise en place progressive de la holding ................................................... 37
e) La rémunération des animateurs-producteurs : une polémique en
principe réglée .............................................................................................. 37
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f) Les engagements du contrat d'objectifs et de moyens globalement
respectés en 2001.......................................................................................... 38
g) Les résultats de 2001 et les prévisions pour 2002 apparaissent
favorables...................................................................................................... 40
h) Une cession financièrement rentable de la participation dans TPS............... 42
2.- Des projets de budget des chaînes pour 2003 conformes à leur
contrat hors TNT ...................................................................................... 42
a) France 2 ......................................................................................................... 42
b) France 3 ......................................................................................................... 43
c) France 5 ......................................................................................................... 44
3.- Arte-France : le maintien du cap ............................................................. 45
B.- L'INSTITUT NATIONAL DE L'AUDIOVISUEL : UNE AMELIORATION TRES
SENSIBLE DE LA GESTION.....................................................................................48
C.- LES AUTRES ORGANISMES DE L'AUDIOVISUEL : LES MOYENS DE LA
CONTINUITÉ EN ATTENDANT LE CONTRAT D'OBJECTIFS .................................52
1.- Le réseau France-Outre-mer (RFO) ....................................................... 52
2.- Radio-France........................................................................................... 57
3.- Radio-France Internationale (RFI)........................................................... 60
III.- 2003, ANNÉE RICHE D'ENJEUX POUR L'AUDIOVISUEL..........................................65
A.- LA REGULATION DU SECTEUR AUDIOVISUEL ....................................................65
1.- Le budget et les moyens matériels du CSA ............................................ 65
2.- Les insuffisances du dispositif de sanctions financières......................... 66
3.- Le problème du contrôle des règles de concentration : le cas critique
de Vivendi Universal................................................................................. 67
4.- Développer l'expertise économique sur l'audiovisuel.............................. 67
B.- LES AUTRES ENJEUX TRANSVERSAUX A L'ENSEMBLE DE
L'AUDIOVISUEL PUBLIC..........................................................................................67
1.- L'inflation des droits sportifs : une spirale dangereuse ........................... 67
2.- Pornographie et violence à la télévision : trouver les réponses
conjuguant responsabilité et éducation.................................................... 69
3.- La refondation de la politique audiovisuelle extérieure............................ 71
a) Une situation caractérisée par un certain foisonnement................................ 72
b) Une nouvelle ambition, pour une CNN à la française ? ................................ 73
4.- L'adaptation de la convention collective applicable à l'audiovisuel
public ........................................................................................................ 74
5.- Les prix de diffusion de TDF : quelle incidence du changement
d'actionnariat ?......................................................................................... 76
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6.- Le renforcement de la légitimité du service public : le contenu des
programmes............................................................................................. 77
a) Comment déterminer le contenu de programmes spécifiques au service
public ? ......................................................................................................... 77
b) Le déficit de représentation des clients-usagers............................................. 78
C.- LES ENJEUX PROPRES A LA TELEVISION...........................................................80
1.- L'équilibre du paysage télévisuel français : évolution lente ou
révolution prochaine ?.............................................................................. 81
a) L'érosion des chaînes historiques .................................................................. 81
b) La question du devenir de France 2............................................................... 82
c) La remise en cause du modèle économique de Canal Plus ? ......................... 84
d) Télévisions locales et décrets production : deux questions importantes
pour l'avenir du paysage .............................................................................. 85
2.- La Télévision numérique terrestre : un calendrier initial intenable .......... 86
3.- Quelles modalités pour le développement du secteur public
numérique ? ............................................................................................. 90
D.- L'OUVERTURE DE LA PUBLICITE A LA TELEVISION : AGIR PRUDEMMENT
DANS UN MARCHE DEPRIME.................................................................................94
CHAPITRE II PRESSE : LE SOUTIEN DE L'ÉTAT PLUS NECESSAIRE
QUE JAMAIS
I.- UN SECTEUR QUI SUBIT DES DIFFICULTÉS STRUCTURELLES ET
CONJONCTURELLES IMPORTANTES
A.- UNE TENDANCE DE FOND A LA DIMINUTION DU LECTORAT
B.- UNE ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE PRÉOCCUPANTE EN 2001 ET 2002
II.- LA CONSOLIDATION DES AIDES DIRECTES
A.- UN FINANCEMENT GLOBALEMENT MAINTENU GRACE A UN
REDEPLOIEMENT DE RESSOURCES
1.- Une présentation des crédits perfectible
2.- Les aides à la diffusion et à la distribution : la préservation des
moyens grâce à l'utilisation des reports du fonds de modernisation
a) Les compensations des réductions tarifaires accordées par la SNCF
b) L'aide à la transmission par fac-similé
c) Le Fonds d'aide à l'expansion de la presse à l'étranger
d) L'aide au portage
e) L'aide à la distribution des quotidiens nationaux d'information générale
et politique
f) L'aide à la diffusion de la presse hebdomadaire régionale d'information
politique et générale
3.- Une amélioration ciblée des aides concourrant au maintien du
pluralisme de la presse
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a) Les quotidiens nationaux à faibles ressources publicitaires
b) Les quotidiens régionaux à faibles ressources de petites annonces
4.- L'aide au multimédia : des crédits qui restent limités, et une gestion
à régulariser
B.- UNE MEILLEURE MOBILISATION DES RESSOURCES DU FONDS DE
MODERNISATION DE LA PRESSE QUOTIDIENNE
1.- Des perspectives de recettes plutôt favorables
2.- Le bilan satisfaisant de l'utilisation des fonds
3.- Quelles perspectives pour l'évolution du fonds ?
III.- LES INTERROGATIONS QUI PESENT SUR LES AIDES INDIRECTES À LA
PRESSE
A.- UN MONTANT GLOBAL EN PROGRESSION
B.- L'AIDE POSTALE : UNE RENÉGOCIATION INÉLUCTABLE DU PARTAGE
DES COUTS, QUI DOIT RESPECTER LES CONTRAINTES DE CHACUN DES
ACTEURS
C.- DES AIDES FISCALES DEVENUES TRADITIONNELLES
1.- Le régime spécial des provisions pour investissement des
entreprises de presse
2.- L'exonération de taxe professionnelle
3.- Le régime particulier de la TVA sur la presse
IV.- L'AFP : UNE PRIORITE RECONNUE ET SOUTENUE EN 2003
1.- DES CONDITIONS DE GESTION DIFFICILES
2.- UN EFFORT BUDGÉTAIRE AU RENDEZ-VOUS EN 2003
3.- DES ÉVOLUTIONS NÉCESSAIRES A MOYEN ET PLUS LONG TERMES
V.- LES AGENCES DE PHOTOS : UNE MUTATION TRES BRUTALE
CHAPITRE III INTERNET : UN RETARD A COMBLER
I.- UN CONTEXTE APPAREMMENT DIFFICILE, MAIS DES PERSPECTIVES QUI
TENDENT A S'ÉCLAIRCIR
A.- UNE INTERACTION CROISSANTE ET INCONTOURNABLE AVEC LES
QUESTION DE COMMUNICATION
B.- UN CONTEXTE GLOBAL ORIENTÉ VERS LA FIN DE LA CONVERGENCE ?
C.- DES PERSPECTIVES FAVORABLES AU DÉVELOPPEMENT DU
COMMERCE LECTRONIQUE
II.- DES ATTENTES FORTES QUANT À L'ACTION DU GOUVERNEMENT
A.- LE BILAN DE L'ACCES A L'INTERNET N'EST PAS SATISFAISANT
B.- QUELLES PERSPECTIVES LÉGISLATIVES ET RÉGLEMENTAIRES ?
C.- UNE FISCALITÉ CONTRE-PRODUCTIVE ET PARADOXALE DES PRODUITS
ÉLECTRONIQUES ET DE L'INTERNET
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D.- LES DROITS D'AUTEURS : UN PROBLEME DIFFICILE QUI EXIGE
POURTANT UNE RÉPONSE RAPIDE
EXAMEN EN COMMISSION
Article 48 : Autorisation de perception des taxes parafiscales rattachées.
Article 52 : Répartition, entre les organismes du secteur public de la
communication audiovisuelle, des ressources publiques affectées au compte
spécial n° 902-15.
ANNEXE 1 : LE PERIMETRE DE FRANCE-TÉLÉVISIONS
ANNEXE 2 : LISTE DES PERSONNES AUDITIONNÉES
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INTRODUCTION
Le premier rapport sur la communication de la nouvelle législature se
devait, en ce domaine qui concerne chaque téléspectateur plus de 3 heures et demi en
moyenne par jour, et malheureusement un peu moins pour les lecteurs de presse
écrite, de dresser un état des lieux. État des lieux aussi exhaustif que le cadre
limité de l'exercice le permettait, et aussi dépourvu de préjugés que possible pour un
élu national.
Dans cette perspective, le diagnostic qu'ambitionnait d'établir le présent
rapport a été élaboré sur la base d'une série d'auditions. Ces auditions ont
volontairement associé des responsables publics et privés, directement ou
indirectement concernés, et ont cherché, autant que possible, à entendre tous les
points de vue, pourtant souvent opposés. Que ceux qui n'ont pu être directement
entendus cette année veuillent bien faire preuve d'indulgence. De même, s'agissant
des entreprises de l'audiovisuel public, auditions et rapport ont été considérablement
éclairés et guidés par les nombreux travaux récents de la Cour des comptes,
auxquels il faut rendre ici un hommage appuyé.
De manière générale, il ressort de cette première enquête que l'audiovisuel
public souffre de plusieurs maux, dont le secteur n'est pas le seul responsable. Ainsi,
les conditions de gestion, notamment des personnels, semblent se traduire par des
inerties puissantes, tant en termes financiers, qu'en termes d'organisation et de
capacité de modernisation technique, notamment au regard de la révolution
technique de la numérisation. Une analyse indépendante a été demandée à la Cour
des comptes, en application de l'article 57 de la loi organique du 1er août 2001
relative aux lois de finances, sur la question, souvent évoquée et rarement traitée, des
contraintes imposées par la convention collective applicable à l'audiovisuel
public. La Cour s'est engagée à y répondre, avant la fin de l'année 2003.
Au-delà du bilan, 2003 sera l'année de tous les enjeux pour l'audiovisuel
public, comme pour la presse.
Enjeux budgétaires, aujourd'hui « en creux », car le projet de budget pour
2003 ne constitue qu'un budget de transition, avec le maintien inchangé du taux de
la redevance, l'affectation de ressources de redevance en croissance intermédiaire, la
consolidation des aides à la presse, ou encore la poursuite du soutien au plan de
modernisation de la distribution des quotidiens.
Pourtant l'année 2003 devra aussi se conclure par de nombreuses décisions
de fond. En premier lieu, le remplacement de la redevance, en tant que taxe
parafiscale, et instrument de financement principal de tout l'audiovisuel public. Le
Parlement devra être associé, sinon moteur de cette réforme incontournable. Ce
faisant, devra également être revu le nécessaire ancrage participatif des spectateurs,
auxquels une démocratie moderne ne peut plus se contenter de demander de
s'acquitter de leur contribution sans pouvoir s'exprimer sur la prestation offerte en
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contrepartie, autrement qu'en décidant soit d'en supporter en silence les limites, soit
d'y renoncer complètement sans jamais pouvoir l'infléchir.
Le service public, qui vit largement de ressources publiques, se doit de
mieux rendre des comptes et de mieux entendre l'ensemble de ses clientsusagers.
L'année 2003 sera aussi une année d'enjeux de société, avec la mise en
oeuvre effective de la TNT (Télévision numérique terrestre), et les choix à opérer
sur les modalités de présence du service public dans la diffusion numérique
terrestre. La gestion de ce dossier semble, depuis que la loi en a fixé le principe,
s'être caractérisée, mais a contrario, par l'adage attribué à Napoléon Bonaparte,
suivant lequel « ceux qui savent où ils vont ne vont jamais très loin ». Le dépôt
récent du rapport de Michel Boyon, le choix des chaînes retenues par le CSA, puis
les annonces gouvernementales qui les ont immédiatement suivis, ont sensiblement
éclairci le paysage audiovisuel futur, jusqu'alors passablement embrumé. Il
demeure beaucoup de chemin à parcourir pour que l'alchimie nécessaire prenne.
Mais la direction est du moins clairement affichée.
S'agissant de la presse, l'année 2003 devrait également se révéler une année
cruciale, en particulier avec la renégociation indispensable des accords dits
« Galmot » sur l'aide postale.
Elle pourrait aussi s'avérer l'année de tous les dangers. En effet, après une
année 2001 très en retrait, et une année 2002 qui risque de ne pas se conclure
beaucoup plus heureusement, le maintien d'un marché publicitaire déprimé, pour
la presse comme pour la télévision, parallèlement au développement des gratuits,
pourrait peser lourdement sur les titres, comme sur les radios indépendantes et
les chaînes de télévision. C'est pourquoi l'ouverture des secteurs interdits à la
publicité télévisée ne devra être envisagée qu'avec la plus grande prudence.
De même, l'AFP doit aujourd'hui affronter non seulement les conséquences
de la gestion passée, mais aussi les soubresauts du marché de la presse.
Enfin, 2003 devra faire l'objet, de la part du Gouvernement, d'un véritable
sursaut dans le soutien au développement de l'internet, qui pourrait bien
constituer une large part de l'avenir de la télévision, comme de la presse, mais qui
pâtit en France de retards particulièrement préoccupants. Retards dans l'accès,
l'utilisation, la fiscalité, l'économie et la richesse des contenus, autant que dans la
définition du cadre juridique indispensable pour fonder un essor durable.
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LES PRINCIPAUX POINTS DU RAPPORT
I.- L'AUDIOVISUEL PUBLIC EN 2003 : UNE CONSOLIDATION
PREPARANT LES GRANDS CHOIX
I-1.- Une consolidation tenant compte du nécessaire report de la télévision
numérique terrestre :
le projet de loi de finances pour 2003 prévoit une consolidation globale
des moyens mis à la disposition de l'audiovisuel public, compte tenu du décalage
nécessaire dans la mise en oeuvre du projet de TNT (télévision numérique terrestre)
et, par conséquent, des moyens publics qu'il était prévu d'y consacrer par les
contrats d'objectifs et de moyens (COM) ;
la décision du Gouvernement de ne pas relever le montant unitaire de
la redevance qui pèse particulièrement sur les ménages modestes, rompt avec une
augmentation régulière de 9 % en cinq ans. Les crédits publics augmenteront
néanmoins en 2003 de 49,8 millions d'euros hors taxes, soit 2 %, grâce au
dynamisme de l'assiette et du recouvrement de la redevance. Malgré son
ralentissement, la croissance des ressources publiques demeure donc supérieure à
l'inflation. L'audiovisuel public bénéficiera en conséquence de moyens publics non
seulement consolidés dans leurs acquis importants des années précédentes, mais
même encore en légère croissance en monnaie constante ;
le taux de croissance des moyens publics prévu pour France Télévisions,
Radio France, et RFO est identique à la moyenne globale, soit + 2 %. Ce taux
s'élève à 3 % pour Arte, qui doit honorer les engagements pris en contrepartie des
efforts prévus par le partenaire allemand, et n'est inférieur que pour l'INA, et RFI
(1,5 %). Pour cette dernière, le taux de croissance résulte, comme chaque année
depuis plusieurs exercices, d'une moyenne entre une évolution des crédits
budgétaires plus faible (1 %), et une croissance des recettes de redevance légèrement
plus rapide (2,1 %). Les ressources publiques de l'INA sont strictement stabilisées,
conformément à son COM ;
en raison de l'atonie prévisible du marché publicitaire en 2003,
prolongeant les tendances de l'année 2002, les objectifs de ressources propres des
organismes sont fixés à 764,3 millions d'euros, soit moins d'un quart (23 %) du
budget du secteur, en faible croissance (+ 1,5 %) par rapport à l'année en cours ;
globalement, le budget du secteur (incluant ressources publiques et
commerciales) augmentera de 1,9 % en 2003 pour s'établir à 3,3 milliards
d'euros. La stabilisation du volume horaire consacré à la publicité, combinée avec la
progression du produit de la redevance, et les ambitions de préservation de
l'audience confortent les bases de l'indépendance du service public et lui
permettront de préserver sa liberté éditoriale et de remplir sa mission en matière de
qualité des programmes et d'innovation.
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I-2.- Pour l'audiovisuel public, l'exercice 2003 sera l'année de tous les
enjeux :
le Gouvernement va devoir mobiliser tous les moyens de donner sa
chance à la TNT, conformément aux conclusions du rapport de Michel Boyon, et,
en particulier, financer rapidement l'avance des fonds nécessaires pour les premiers
réaménagements des fréquences ;
dès le lancement réel de la TNT, il faudra définir selon quel calendrier et
avec quels moyens seront desservis les 15 à 30 % de la population française qui
ne pourront bénéficier du numérique par voie hertzienne ;
compte tenu de la sélection de chaînes privées, mais surtout gratuites,
opérée par le CSA pour la TNT, une nouvelle réflexion va devoir être rapidement
menée sur le périmètre du secteur public numérique. Cette analyse devra
s'inscrire sous l'angle de vue non plus d'une offre déterminée a priori, mais sous
celui de la recherche de la complémentarité avec l'offre privée, ainsi qu'avec
l'éclairage des conclusions de la mission confiée à Catherine Clément sur le contenu
culturel et éducatif du service public. En particulier, devrait être soigneusement
réexaminée l'hypothèse d'une chaîne destinée aux enfants et aux jeunes, à l'endroit
desquels le service public présente des défaillances manifestes ;
l'actualisation, en 2003, par avenant des COM actuels (France-
Télévision et Arte), la conclusion des nouveaux encore en attente (Radio-France,
RFI, et RFO) et la préparation du second COM (INA) devront traduire cette
stratégie. La démarche contractuelle, avec l'obligation de rendre compte, notamment
devant le Parlement, doit en effet être systématiquement privilégiée ;.
l'élargissement éventuel du périmètre du secteur public doit
s'accompagner de la modernisation des tâches liée à la numérisation. Dans cette
perspective, un examen approfondi de l'incidence de la convention collective
applicable à l'audiovisuel apparaît souhaitable. Elle a été demandée à la Cour des
comptes pour la fin de l'année prochaine ;
les décisions sur le périmètre du service public devront également
s'articuler avec l'objectif de créer une chaîne ambitieuse d'information
internationale, mais aussi avec la nécessité de réduire le foisonnement des
structures de la politique audiovisuelle extérieure ;
une étude comparative complète devra être menée au début 2003 sur les
différentes possibilités de substitution à la redevance actuelle, condamnée à
disparaître par la loi organique du 1er août 2001. Les solutions possibles sont
multiples : remplacement par une imposition, recouvrée par les services fiscaux
classiques ; nouvelle ressource affectée ; financement budgétaire indexé et garanti...
Mais les décisions en la matière devront être suffisamment rapides, au printemps
prochain, pour permettre leur mise en oeuvre opérationnelle dès le 1er janvier 2004,
sans solution de continuité ;
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les réflexions sur le contenu des programmes, comme sur les modalités de
financement, doivent également répondre à la nécessité d'enrichir l'ancrage
participatif des téléspectateurs, dont les demandes et les critiques éventuelles ne
peuvent aujourd'hui s'exprimer autrement que par l'audimat ;
dans le même sens, les réflexions en cours sur l'excès de présence de la
pornographie et de la violence à la télévision ne doivent pas se contenter de
conduire à des modes de sanctions ou d'interdictions, mais doivent également
avoir l'ambition plus large de donner aux jeunes l'éducation aux médias qui,
seule, leur permettra de ne pas demeure passifs et d'exercer leur sens critique le plus
tôt possible sur les images qu'ils consomment ;
le CSA, pour réguler et contrôler le respect des règles, notamment de
contenu, doit voir ses pouvoirs de sanctions financières accrûs et rendus plus
opérationnels.
II.- LES AIDES A LA PRESSE : LA MOBILISATION DES
REPORTS SUR LE FONDS DE MODERNISATION POUR CONSOLIDER
LES MOYENS DE L'ETAT EN FAVEUR DE LA PRESSE
Les aides budgétaires à la presse ont plusieurs objectifs : soutien de la
diffusion et de la distribution de la presse en France et à l'étranger ; contribution
au pluralisme de la presse et au maintien de la diversité des titres ; enfin, aides au
développement du multimédia. Le fonds de modernisation de la presse soutient,
pour sa part, les investissements et, s'agissant des quotidiens nationaux, leur
distribution.
Par ailleurs, l'aide postale, reconduite en 2003 au niveau de 2002
(290 millions d'euros) devra faire l'objet d'une renégociation d'ensemble, les
accords « Galmot » étant venus à échéance à la fin de l'année 2001.
II-1.- Les crédits budgétaires inscrits sur le budget des services généraux
du Premier ministre
Ces crédits (34,67 millions d'euros) sont optiquement en légère baisse par
rapport à la loi de finances 2002. Mais la mobilisation des reports, qui existe
cependant tous les ans, devrait permettre de relever ce montant à plus de 42 millions
d'euros, sans même tenir compte de la mobilisation du fonds de modernisation de la
presse :
l'aide à la SNCF pour son activité de transport de la presse, est
déterminée par une convention conclue avec l'État, tardivement dans l'année. Dans
l'attente de l'audit comptable prévu au début 2003 pour apprécier l'adéquation de
l'aide au coût supporté par la SNCF, les crédits pour 2003 sont reconduits (13,72
millions d'euros) ;
le fonds d'aide à l'expansion de la presse française à l'étranger a pour
objet de faciliter la diffusion des publications françaises contribuant au rayonnement
de la langue, de la pensée et de la culture françaises. L'aide permet, en particulier, de
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réduire les coûts de transport afin de proposer un prix de vente local adapté au
pouvoir d'achat. La dotation budgétaire est maintenue à 3,7 millions d'euros ;
le développement du portage constitue une priorité, qui doit
impérativement être soutenue. L'aide au portage des quotidiens, qui concerne plus
de 60 titres, pourra être légèrement accrue en 2003 avec des crédits portés à 8,25
millions d'euros (en progression de 1,85 %) ;
les fonds d'aide aux quotidiens nationaux et régionaux à faibles
ressources publicitaires visent à la défense du pluralisme de la presse. Les crédits
destinés au fonds d'aide aux quotidiens nationaux seront reconduits en 2003 (4,628
millions d'euros). Il faudra cependant veiller à maintenir le montant des aides par
titre national, en cas d'apparition de nouveaux bénéficiaires. Un effort particulier est
prévu en faveur du fonds d'aide à la presse départementale, dont les crédits
progressent de 3,68 %, pour s'établir à 1,44 millions d'euros ;
le fonds presse et multimédia permet l'octroi d'avances, partiellement
remboursables, à toutes les catégories de presse, pour les aider à développer des
projets offrant au public des accès modernes à leur contenu (sites internet,
numérisation d'archives...). Comme en 2002, ce fonds ne sera pas abondé, mais
pourra redistribuer les remboursements des avances consenties dans le passé (soit
environ 1,5 million d'euros), qui devrait, du moins dans l'immédiat, suffire à
satisfaire les demandes. Le cadre juridique de gestion du fonds devra toutefois
impérativement être clarifié.
II-2.- Une meilleure mobilisation du fonds de modernisation de la presse
Les ressources attendues sur ce compte d'affectation spéciale, financé par la
taxe de 1 % prélevée sur le chiffre d'affaires des publicités hors médias, seront du
même ordre qu'en 2002 (29 millions d'euros).
Sur cette enveloppe, 24,4 millions d'euros permettront de reconduire le
montant global destiné au soutien des projets de modernisation. En outre, le projet
de loi de finances pour 2003 fixe une nouvelle clé de répartition des aides, plus
favorable aux entreprises : 90 % seront destinées aux subventions et 10 % aux
avances (au lieu de 80/20 en 2002 et de 70/30 en 2001). Ainsi, pourra-t-on éviter de
laisser inutilisés les crédits d'avances qui font l'objet d'un déficit, récurrent et
cumulatif, de consommation. Il sera au demeurant utile, comme l'a également
demandé le Rapporteur, de pouvoir mobiliser ces reports pour aider au
financement des investissements liés au portage, en complément des crédits du
fonds d'aide au portage prévus au budget.
Par ailleurs, le Gouvernement a voulu maintenir une contribution égale à
celle de 2002 (soit 12,2 millions d'euros), pour la nouvelle aide à la distribution de
la presse quotidienne nationale, qui accompagne la modernisation du système de
distribution par les NMPP. Ce montant est financé :
par les 4,6 millions d'euros restant sur les recettes affectées au fonds en
2003, à l'instar de l'année précédente,
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par 900.000 euros financés sur les crédits budgétaires classiques inscrits
au budget pour 2003,
enfin par 6,7 millions d'euros prélevés sur les reports de crédits, prévus
sous forme d'avances, du fonds de modernisation, non consommés au cours des
derniers exercices.
II-3.- L'Agence France-presse : une priorité reconnue et soutenue
Face à un héritage lourd, la hausse de 4,5 % des abonnements de l'État,
qui répond à la demande du Rapporteur, exprime clairement la volonté de donner
à l'agence les moyens de sa pérennité et de son développement (notamment à
l'international : fils anglais et arabes, fils spécialisés, photo, ...). Cette volonté doit
s'inscrire sur trois ans dans un contrat d'objectifs.
III.- INTERNET : UN RETARD A COMBLER
Internet et communication, audiovisuelle comme écrite, se trouvent
aujourd'hui au confluent de problématiques communes, par le développement rapide
de l'utilisation du premier pour l'accès aux seconds.
Mais, si le rythme de progression de l'accès à l'internet en France est
supérieur dans certains secteurs à celui de la moyenne européenne, la France
continue néanmoins à accuser un retard très significatif (de 20 %) par rapport à
la moyenne européenne en terme d'accès à l'internet à domicile. Compte tenu à
la fois de ce retard dans l'utilisation de l'internet, mais aussi de celui pris sur
l'élaboration d'un cadre juridique solide et fiable par la précédente majorité, la
France doit aujourd'hui affronter une tâche lourde, mais indispensable dans un délai
rapide. De même, les régimes de fiscalité et de droits d'auteurs devraient être
adaptés aux contraintes économiques de ce nouveau média. Le projet de loi sur
l'économie numérique devrait permettre d'y répondre.
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CHAPITRE PREMIER AUDIOVISUEL PUBLIC : UNE
ANNEE DE CONSOLIDATION BUDGETAIRE POUR MIEUX
PREPARER L'AVENIR
Le projet de budget pour 2003 traduit la seconde année de mise en oeuvre de
la loi n° 2000-719 du 1er août 2000 relative à la liberté de communication, qui a
sensiblement modifié les modalités de la gestion financière de l'audiovisuel public.
I.- LE BUDGET DE L'AUDIOVISUEL PUBLIC POUR 2003 :
LA CONSOLIDATION
Le projet de loi de finances pour 2003 se caractérise par la consolidation
de la structure des ressources prévues pour le financement de l'audiovisuel
public. Ainsi, après une phase de croissance marquée, la part des recettes publiques,
passées, entre 1998 et 2002, de 69 % à plus de 75 %, en raison en particulier de la
diminution du temps autorisé pour la publicité à compter de 2001, devrait demeurer
en 2003 au même niveau qu'en 2002, soit 76,8 %. Le financement du secteur public
restera donc public à plus des trois-quarts.
STRUCTURE DE FINANCEMENT DE L'AUDIOVISUEL PUBLIC
(en %)
Loi de
finances
initiale
1998
Loi de
finances
initiale
1999
Loi de
finances
initiale
2000
Loi de
finances
initiale
2001
Loi de
finances
initiale
2002
Projet
de loi de
finances
2003
Ressources publiques 69 69 74 76,6 76,8 76,8
Publicité parrainage 26 25,5 21,9 19,4 19,5 19,4
Autres ressources propres 5 5,5 4,1 4 3,7 3,8
Total 100 100 100 100 100 100
Source : Ministère de la culture et de la communication
A.- UNE CROISSANCE DES DOTATIONS PUBLIQUES ADAPTEE AU CONTEXTE
DE TRANSITION
Les crédits publics augmenteront en 2003 de 49,8 millions d'euros hors
taxes, soit une croissance de + 2 %. Cette croissance résulte de plusieurs facteurs,
de sens variable :
la croissance attendue du rendement de la redevance, pour 53,3 millions
d'euros TTC, soit + 3 % ;
l'affectation immédiate de la répartition des excédents de collecte de 2001
et 2002, pour 40 millions d'euros TTC, contre 13,7 millions d'euros en 2002. Celleci
ne correspondait toutefois qu'à la répartition de l'excédent de collecte constatée
au titre de l'exercice précédent (2000) ;
? 17 ?
la diminution de 29 millions d'euros TTC des crédits budgétaires de
compensation des exonérations, soit une baisse de 6 %.
ÉVOLUTION DES DOTATIONS PUBLIQUES
(en millions d'euros)
Loi de
finances pour
2000
Loi de
finances pour
2001
Loi de
finances pour
2002
Projet de loi
de finances
2003
Evolution
PLF 2003/LF
2002
Encaissements de redevance 2.073,64 2.047,83 2..050,9 2.104,2 + 53,3
Financement du service de la redevance - 73,54 - 73,54 - 73,5 - 73,5 -
Encaissements de redevance nets du coût du service 2.000,10 1.974,29 1.977,4 2.030,7 + 53,3
Affectation d'excédents de collecte des années antérieures + 21,56 0,00 + 13,7 + 40,0 + 26,3
Total des recettes de redevance disponibles 2.021,66 1.974,29 1.991,1 2.070,7 + 79,6
Crédits budgétaires affectés au titre du remboursement
des exonérations
137,20 413,78 478,6 449,2 - 29,4
Total T.T.C. disponible 2.158,86 2.388,07 2.469,7 2.519,9 + 50,2
Total H.T. disponible 2.114,47 2.338,95 2.418,9 2468,0 + 49,1
Subvention du ministère des affaires étrangères versée
directement à RFI
68,94 68,94 69,7 70,4 + 0,7
Total des ressources publiques 2.183,37 2.407,86 2.488,56 2.538,4 + 49,8
Source : Ministère de la Culture et de la communication
1.- La croissance du produit attendu de la redevance, malgré le
gel de son taux
L'augmentation attendue du rendement de la redevance en 2002
(+ 53,3 millions d'euros) ne relève que de la prolongation en 2003 de la tendance à
l'amélioration des résultats de la collecte, constatée en 2001 et anticipée en 2002
sur la base des résultats constatés à la fin août. En effet, à cette date, le montant des
encaissements s'avérait supérieur de 14,3 millions d'euros aux prévisions du service
(soit un peu plus de 1 % de mieux).
Ainsi, la prévision de recettes pour 2003 n'intègre qu'un effet d'assiette dû :
aux bons résultats de la lutte contre l'évasion et des croisements de
fichiers entre les données du service de la redevance et de la taxe d'habitation, et à la
croissance continue du nombre de comptes suivis, en augmentation de 1,9 % en
2000, de 2,1 % en 2001, et de 1,35 % en prévision en 2002 ;
à la surestimation, sur les exercices passés, des effectifs de comptes
exonérés, dont la correction à la baisse en 2003 se traduit mécaniquement, par une
sorte d'effet de « vases communicants », par un relèvement du produit non exonéré.
? 18 ?
En revanche, pour éviter de procéder à des suppléments de
prélèvements pesant plus particulièrement sur les ménages les plus modestes, le
Gouvernement n'a souhaité ni actualiser le barème en monnaie constante, ni a
fortiori le relever.
La décision de maintenir inchangé le taux de redevance en 2003 (soit
116,31 euros pour une télévision couleur, et 74,31 euros pour une télévision noir et
blanc), fait suite à un relèvement des taux de 1,8 % décidé en 2002 par le précédent
Gouvernement, et à une hausse cumulée, sur les cinq années de la période 1997-
2002, de 9 %, concentrée sur les années 1998, 1999 et 2002. Sur les trois années
2001 à 2003, en revanche, le montant de la redevance n'aura augmenté que de
1,8 %, pour une inflation sur la même période de 4,5 %, soit une diminution en
monnaie courante de 2,7 % sur trois ans.
ÉVOLUTION DES TAUX DE LA REDEVANCE
Télévision noir et blanc Télévision couleur
Montant
(en euros)
Évolution
(en %)
Montant
(en euros)
Évolution
(en %)
1990 54,12 + 3,49 84,15 + 3,56
1991 55,49 + 2,5 86,29 + 2,5
1992 56,86 + 2,5 88,42 + 2,5
1993 59,46 + 4,5 92,38 + 4,5
1994 61,74 + 4 96,20 + 4
1995 65,55 + 6,2 102,14 + 6,2
1996 68,45 + 4,5 106,71 + 4,5
1997 68,45 - 106,71 -
1998 71,80 + 5 112,05 + 5
1999 72,41 + 1,2 113,42 + 1,2
2000 73,02 + 0,9 114,49 + 0,9
2001 73,02 - 114,49 -
2002 74,31 + 1,8 116,31 + 1,8
2003 74,31 - 116,31 -
2.- La diminution de la compensation budgétaire des
exonérations
Les modifications successives du régime des exonérations de redevance ont
conduit à définir, en 2002, quatre groupes de bénéficiaires de l'exonération de la
taxe, avec la condition générale que les prétendants aux exonérations au titre des
différents régimes ne doivent pas être passibles de l'impôt de solidarité sur la
fortune.
Les exonérations sont soumises à des conditions d'âge et de revenus
multiples, dont l'articulation est loin d'être parfaitement lisible. Par ailleurs, la
logique du recours à des vagues d'exonérations successives, à laquelle s'est prêtée
la précédente majorité, présente certes l'avantage d'étaler dans le temps des mesures
facilement identifiables par les ménages modestes concernés. Ces exonérations sont
? 19 ?
également justifiées par l'importance de la télévision pour de nombreuses personnes
âgées dont la mobilité se réduit. Néanmoins, le caractère cumulatif des
exonérations peut conduire à remettre en cause la légitimité et la pérennité du
prélèvement lui-même.
1°) Les exonérés antérieurs au premier janvier 1998
Ce sont des personnes qui, nées avant le 1er janvier 1933, ont bénéficié
l'année précédente d'un montant de revenu n'excédant pas la limite prévue pour
bénéficier d'un dégrèvement de taxe foncière et de taxe d'habitation (article 1417-1
du code général des impôts). L'exonération de ces personnes est maintenue, sous
réserve qu'elles continuent à remplir les conditions précitées. Bénéficient également
de l'exonération les invalides, au taux minimum de 80 %, quel que soit leur âge,
s'ils ont perçu l'année précédente un revenu dont le montant n'excède pas la limite
précitée, ainsi que les établissements recevant les bénéficiaires de l'aide sociale et
les établissements hospitaliers ou de soins non assujettis à la TVA.
2°) Les exonérés à compter du premier janvier 1998
En application de l'article 2 du décret n° 93-1314 du 20 décembre 1993, ce
sont des personnes qui, âgées de 65 ans au 1er janvier de l'année d'exigibilité de la
redevance, n'ont obtenu le bénéfice de l'exonération que sur justification de la
perception du FSV (Fonds de Solidarité Vieillesse).
3°) Les nouveaux exonérés à compter du premier janvier 2001
En application de l'article 32 de la loi de finances pour 2001, ce sont les
personnes qui, âgées d'au moins 70 ans au 1er janvier de l'année d'exigibilité de la
redevance, ne sont pas imposées à l'impôt sur le revenu au titre de l'avant dernière
année précédant l'année d'exigibilité.
4°) Les nouveaux exonérés à compter du premier janvier 2002
En application de l'article 31 de la loi de finances pour 2002, l'exonération
précédente prévue pour les personnes non-imposables à l'impôt sur le revenu a été
élargie des plus de 70 ans aux plus de 65 ans.
Enfin, étape sans doute ultime avant la disparition de la redevance actuelle
d'ici 2004, le débat de la première partie du projet de loi de finances pour 2003, le
18 octobre dernier, a conduit le Gouvernement à accepter de prévoir une exonération
supplémentaire, par la voie réglementaire. Cette exonération correspond à la
demande formulée par votre commission des Finances, sur la suggestion de notre
collègue Michel Bouvard, consistant à exonérer de redevance les établissements
d'enseignement privés sous contrat d'association, -comme c'est déjà le cas pour les
établissements d'enseignement public, placés hors du champ de la redevance-, pour
les postes de télévision au-delà du premier.
L'estimation des pertes de recettes engendrées par les exonérations de
redevance audiovisuelle repose, de manière très simple, sur une évaluation du
? 20 ?
nombre de comptes exonérés, puis sur une évaluation de la minoration de recettes
moyennes correspondante. Ainsi, la somme du produit, après exonération, et de la
compensation est en principe égale à la totalité de ce qui serait normalement perçu
en l'absence d'exonérations.
EXONÉRATIONS DE LA REDEVANCE
Catégories de
bénéficiaires
Nombre
au 30 juin
2000
Droits
non émis
(en millions
d'euros)
Nombre
au 30 juin
2001
Droits
non émis
(en millions
d'euros)
Nombre
au 30 juin
2002
Droits
non émis
(en millions
d'euros)
Personnes âgées
(65 ans)
2.852.872 320,5 2.699.342 303,7 2.899.866 332,6
Personnes âgées
(70 ans)
0 0 148.550 16,9 452.728 52,6
Invalides 613.547 69,6 648.528 73,7 690.466 79,9
Établissements 23.698 2,7 24.183 2,8 24.693 2,9
Fonds de Solidarité
vieillesse
30.002 3,4 41.234 4,7 44.342 5,1
TOTAL 3.520.119 396,2 3.561.837 401,8 4.112.095 473,1
Source : Ministère de la Culture et de la communication
On observera que, conformément aux projections, le nombre de personnes
âgées de plus de 70 ans exonérés de la redevance au titre du nouveau régime est allé
en augmentant fortement, même si le chiffrage de 834.000 comptes prévus dans le
cadre de la loi de finances pour 2002 est demeuré loin d'être atteint.
La hausse du nombre d'exonérés de plus de 65 ans en 2002 correspond à
l'élargissement de la dernière exonération, prévue par la loi de finances initiale pour
2002.
A partir de l'estimation du nombre de comptes exonérés, il faut, pour
évaluer la perte de recettes effective résultant des exonérations, appliquer à cet
effectif prévisionnel de comptes exonérés un barème moyen (moyenne pondérée des
taux couleur et noir et blanc), un taux moyen de remises gracieuses, d'admission en
non valeur et de dégrèvements pour corrections d'assiette, le taux d'encaissement
constaté au 31 décembre de l'année considérée, ainsi que le taux de TVA de 2,1 %.
Pour 2002, la minoration de recettes a été estimée à 425,2 millions d'euros,
compte tenu de l'élargissement des exonérations des personnes âgées, contre
391 millions d'euros en 2001. Les crédits budgétaires ouverts s'élevaient à
478,6 millions d'euros , en raison d'une surévaluation involontaire du nombre de
comptes exonérés utilisé dans le calcul de la compensation budgétaire.
Pour 2003, les prévisions d'exonération ont été rapprochées de la
réalité, ce qui a conduit à réduire le montant des crédits budgétaires prévus en
compensation des exonérations. En tout état de cause, le total de la redevance
collectée et des exonérations remboursées par l'État est en principe constant, et la
diminution des crédits budgétaires ne réduit pas la somme globalement disponible
pour le secteur audiovisuel public. En réalité, même si la surévaluation initiale limite
? 21 ?
le nombre de bénéficiaires de l'exonération à un niveau un peu moins élevé
qu'imaginé à l'origine, elle conduit, d'une certaine manière, à mieux garantir la
sécurité du financement de l'audiovisuel, car les recettes de la redevance ne
sont pas susceptibles de régulation budgétaire, sous forme de gels ou
d'annulations, contrairement aux crédits budgétaires.
Quoi qu'il en soit, les crédits budgétaires pour les exonérations s'élèveront
en 2003 à 449 millions d'euros, et devraient compenser la perte de recettes effective,
conformément aux engagements pris par le Gouvernement et à l'article 53 de la loi
du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication, modifiée par la loi du
1er août 2000, qui a posé le principe d'un remboursement intégral des
exonérations (pour des motifs sociaux) de redevances au secteur audiovisuel.
3.- Quels excédents de la collecte de la redevance ?
Compte tenu de la prudence des estimations initiales et des résultats
constatés en matière d'ouverture de comptes, la collecte de redevance est
habituellement supérieure aux prévisions, comme le montre le tableau ci-après :
ENCAISSEMENTS DE REDEVANCE
(en millions d'euros)
1997 1998 1999 2000 2001 2002
Redevance prévue 1.774,26 1.892,69 1.981,29 2.073,64 2.047,83 2.050,9
Redevance rectifiée
(LFR)
1.992,19 2.066,12 ns
Redevance encaissée 1.793,15 1.935,71 2.022,74 2.101,40 2.084,13 ns
Taux de réalisation des
prévisions
d'encaissement
101,06 102,27 102,09 101,34 101,7 ns
Excédents 18,89 43,02 41,45 27,76 36,30 ns
Source : Direction du développement des médias
Le projet de loi de finances pour 2003 propose d'ores et déjà d'affecter
l'essentiel des excédents prévisibles au titre de 2001 et de 2002, soit un total de 40
millions d'euros qui se répartit respectivement en :
18 millions d'euros restant mobilisables sur le produit de la collecte 2001,
après une première répartition de 18,3 millions d'euros du supplément de collecte
par la loi de finances rectificative pour 2001,
22 millions d'euros susceptibles, selon les prévisions les plus récentes du
service de la redevance, d'être recouvrés au-delà des prévisions, pour sur la
campagne 2002.
? 22 ?
Votre Rapporteur spécial soulignera que le choix du Gouvernement,
consistant, de manière inhabituelle, à mobiliser dès le début 2003 les excédents
prévisionnels pour 2002 pour compenser le gel du montant unitaire de la redevance,
aura trois conséquences qui méritent d'être indiquées :
en premier lieu, il n'y a aura pas de répartition de l'excédent de collecte
au titre de 2002 en loi de finances rectificative à la fin de l'année en cours ;
l'excédent de collecte ainsi réparti, par anticipation par rapport aux
méthodes plus habituellement mises en oeuvre, sera ventilé suivant la même clef
que l'ensemble du produit annuel de la redevance, et non pas suivant des
critères liés aux besoins constatés en fin d'année. En particulier, France
Télévisions devrait être le principal bénéficiaire de l'excédent, alors que, sur les
exercices récents, le groupe n'en avait été affectataire que pour une proportion
sensiblement moindre(1). Inversement, une éventuelle mesure de régulation en
gestion 2002 portant, par exemple, sur les crédits budgétaires du ministère des
Affaires étrangères destinés à RFI, ne pourra pas être compensée par un supplément
de redevance réparti par le collectif budgétaire ;
l'excédent ne présente qu'un caractère prévisionnel. Si les réalisations ne
sont pas à la hauteur des estimations retenues, les versements de 2003 seront, en
tout état de cause, limites aux recettes effectivement disponibles.
4.- Un coût du service de la redevance qui demeure élevé
Le budget de fonctionnement du service de la redevance apparaît
extrêmement stable dans le temps, avec 73 millions d'euros pour 2001,
73,5 millions d'euros pour 2002, et le même montant, soit 73,5 millions d'euros,
pour 2003.
Le service comptait 1.427 personnes au 1er janvier 2002 réparties comme
suit :
49 emplois au service central (agence comptable, définition des objectifs,
coordination, évolutions réglementaires, centralisation des recettes et versements
aux bénéficiaires) ;
998 emplois dans les cinq centres régionaux (Lille, Lyon, Rennes, Strasbourg,
Toulouse) et deux services outre-mer (Antilles et Réunion). Ils sont
essentiellement chargés de la gestion des comptes redevance (plus de 20 millions
au total) c'est-à-dire de la réception des déclarations d'achat et de détention, de
l'ouverture et mise à jour des comptes, des changements d'adresse, des
exonérations, du recouvrement amiable et du précontentieux, ainsi que des
relations avec les usagers. Ils traitent aussi la comptabilité des droits constatés, les
encaissements, les annulations et admissions en non-valeur ;
(1) Dans le cadre de la loi de finances rectificative pour 2001, France Télévisions a bénéficié de 40 % des 90 millions de
francs d'excédents, à comparer à une part de l'ensemble du produit de la redevance de 61 %.
? 23 ?
381 emplois dans les services de contrôle, organisés en 78 circonscriptions au
niveau départemental, coordonnées par 16 divisions régionales ou interrégionales
de contrôle.
? 24 ?
Mais la constance du budget de fonctionnement depuis 2001 doit être
relativisée. En effet, il convient de lui ajouter, selon le rapport de l'inspection
générale des Finances de novembre 1999, des charges patronales pour 14 millions
d'euros ainsi que le coût du recouvrement contentieux à raison de 14 millions
d'euros également pour les agents du Trésor public, 37,6 millions d'euros pour les
huissiers du Trésor et les huissiers de justice et plus de 8 millions d'euros pour le
réseau des postes comptables, soit un total de l'ordre de 75 millions d'euros
supplémentaires pour obtenir le coût consolidé de l'assiette et du recouvrement
de la redevance, doublant donc le coût affiché dans les documents budgétaires.
Inversement, il est vrai que le service de la redevance, tenant compte des
critiques récurrentes, a sensiblement amélioré ses performances sur les années
récentes : le coût en proportion du produit est ainsi passé de 4,85 % en 1991 à
3,53 % en 2001. De même, le coût de gestion d'un compte est très faible (3,27
euro/compte), et a baissé en monnaie constante de plus de 10 % par rapport à 1991 .
Pour y parvenir, 163 emplois ont été supprimés en 10 ans, le nombre de comptes
gérés, s'est accru de 14,4 % en 10 ans pour l'ensemble des comptes et de 21,7 % sur
la même période pour les comptes payants. En conséquence, le nombre de comptes
gérés par un agent a augmenté en 10 ans de 25 %.
L'absence d'affichage d'un coût du service correspondant au coût
consolidé réel qu'ont pu calculer les services d'inspection du ministère ne
contribue pas au minimum de transparence que la Représentation nationale et
les téléspectateurs peuvent attendre. L'importance de la différence entre coût
affiché et coût consolidé ne peut que conforter les critiques sur le coût de collecte de
la redevance. Par ailleurs, même si le service de la redevance peut être crédité de
réels efforts de productivité, de contrôle et d'organisation, il n'en demeure pas moins
que ces efforts ont sans doute touché leurs limites, et qu'une décision plus tranchée
s'impose aujourd'hui.
B.- QUEL DEVENIR POUR LA REDEVANCE AUDIOVISUELLE ?
La réflexion sur le devenir de la redevance est, en tout état de cause, obligatoire à l'horizon ultime du
31 décembre 2003, car la réforme de l'ordonnance organique du 2 janvier 1959 relative aux lois de
finances par la loi organique du 1er août 2001 a supprimé le régime juridique de l'ensemble de la
parafiscalité à cette date. Cette disposition a pour objet de revenir sur un régime de prélèvements
quasi-fiscaux contraires à la Constitution, et de contraindre toutes les impositions de toute nature à
être soumises au Parlement pour la définition de leur assiette, de leur taux et de leurs modalités
de recouvrement.
Or, malgré son nom, et en application d'une jurisprudence à la fois ancienne et constante du Conseil
constitutionnel, la redevance ressortit à la catégorie juridique des taxes parafiscales, même si les deux
dernières lois de finances initiales ont brouillé ce régime en principe purement réglementaire (2) en
prévoyant, dans la loi, des exonérations modifiant la définition de ses redevables. En tout état de
cause, la redevance demeure actuellement prévue à la ligne 35 de l'état E annexé au projet de loi de
finances reprenant l'ensemble des taxes parafiscales, et l'autorisation de sa perception en 2003 est
subordonnée à l'adoption de l'article 48 du même projet.
(2) Le régime de la redevance et son taux sont définis par les décrets n°92-304 du 30 mars 1992 et n°2002-27 du 8 janvier
2002.
? 25 ?
Le ministre délégué au Budget a lui-même reconnu, lors de l'examen de la première partie du projet
de loi de finances pour 2003, le 18 octobre, en réponse à l'amendement déposé par votre Rapporteur
spécial pour proposer la suppression de la redevance dès 2003, que le Gouvernement travaillerait
l'an prochain à trouver une solution, le temps étant compté d'ici à la suppression du régime actuel.
1.- Les nombreux avantages d'une suppression de la
redevance
La suppression de la parafiscalité à l'horizon de la fin de l'année 2003
n'exclut pas la possibilité de se contenter de transformer la redevance en
imposition de toute nature, en reprenant simplement les dispositions
réglementaires actuellement en vigueur dans un texte de loi soumis à l'examen du
Parlement, par exemple dans le cadre du projet de loi de finances pour 2004. Telle
est d'ailleurs la solution retenue par l'article 25 du projet de loi de finances pour
2003 en ce qui concerne la taxe parafiscale sur la publicité radiodiffusée et
télévisée, conservée quasiment sans changements.
Mais, même si elle paraît représenter la pente de moindre risque par la
minimisation des changements, une telle orientation présenterait des
inconvénients sérieux.
En premier lieu, elle augmenterait immédiatement le montant
« optique » des prélèvements obligatoires de plus de 2,5 milliards d'euros,
puisque, aujourd'hui, la redevance ne fait pas actuellement partie de leur liste.
Au-delà, elle n'apporte aucune solution aux critiques récurrentes
portant sur la redevance :
tous les rapports successifs(3) sur la question ont conclu que cette forme
d'impôt est coûteuse à gérer. D'une part, sa nature parafiscale interdit l'utilisation
des pouvoirs de communication prévus en faveur des services fiscaux vis-à-vis
d'autres sources de renseignements, ou l'organisation de contrôles sur place
permettant de vérifier l'existence ou non d'un poste de télévision dans le logement
considéré. D'autre part, son montant faible (116 ? par personne) rend difficile le
recours aux procédures de recouvrement forcées, qui s'avèrent rapidement
disproportionnées ;
- la collecte spécifique par un service spécialisé conduit à un coût
proportionnel excessif par rapport aux normes de recouvrement des impôts
modernes. Les 1.450 personnes employées par le service de la redevance pourraient
être réaffectées à d'autres tâches au sein de la comptabilité publique. Cette
réaffectation permettrait de réaliser des économies de gestion qui, si l'on se limite à
l'estimation du coût indiquée par le PLF, s'élèveraient au moins à 73,5 millions
(3) Notamment :
Rapport d'information de la mission d'évaluation et de contrôle de la commission des Finances de l'Assemblée
nationale, sur le recouvrement de l'impôt (doc n°2543 du 12 juillet 2000).
Rapport d'enquête de l'Inspection générale des finances sur le coût, l'efficacité et les perspectives d'évolution du
service de la redevance audiovisuelle, sous la supervision d'André Barilari, n°99 M 029-01 de novembre 1999.
? 26 ?
d'euros, voire au double si l'on se réfère aux calculs précités de l'Inspection générale
des Finances ;
- l'assiette de la redevance est injuste et archaïque. Les défauts en sont
multiples, et bien connus du public. Ses règles d'exonération sont trop complexes et
mal articulées. S'agissant de son assiette, celle-ci est contestable sous de nombreux
motifs. On peut ainsi regarder la télévision sur un micro-ordinateur via l'internet (4),
ou avec un moniteur vidéo et un magnétoscope qui sert de tuner, sans pour autant
être redevable. Inversement, la redevance est due en raison de la détention d'un
récepteur, même si celui-ci n'est pas utilisé pour regarder les chaînes publiques, ni
même pour regarder la télévision du tout, comme dans le cas où le ménage se
contente de l'utiliser comme moniteur vidéo pour la lecture de cassettes VHS ou de
DVD. De même, la redevance n'est due qu'une seule fois par résidence, même si
l'on y dispose de plusieurs téléviseurs. En revanche, bien qu'il soit difficile de se
trouver simultanément dans sa résidence principale et secondaire, il faut, en principe,
payer une redevance pour chacune s'il y a un téléviseur dans l'une et dans l'autre.
Par ailleurs, chacun sait que la « fraude » sur les résidences secondaires est, d'une
certaine manière, encouragée par la jurisprudence administrative, puisque celle-ci (5)
admet qu'il suffit à l'intéressé d'affirmer que son récepteur de télévision ne se trouve
dans la résidence secondaire que de manière intermittente pour échapper à la
redevance. Enfin, le maintien d'un taux particulier, fortement réduit, pour les
téléviseurs « noirs et blancs », devenus proportionnellement marginaux en nombre
(176.500 comptes « noir et blanc » en France métropolitaine), constitue, selon
certains, un encouragement à la fraude. En effet (6), pour ceux-ci, la possession d'un
téléviseur « couleur » n'est plus un signe distinctif de richesse alors que le taux
« noir et blanc » peut être utilisé afin de minorer la redevance due ;
de cette complexité découle un taux de fraude très élevé pour une
fiscalité moderne. Le taux de fraude était estimé par le service chargé de la collecte à
7,6 % en 1999, mais le rapport précité de l'IGF a plutôt retenu un taux global de
l'ordre de 15 à 16,5 %, dont près de 11 % pour les résidences principales, et 66 %
pour les résidences secondaires ;
- la dynamique de la redevance dépend en grande partie des hausses
du montant unitaire, lesquelles doivent être fixées année après année, avec, à
chaque fois, une dramatisation disproportionnée vis-à-vis des ménages, de l'opinion
publique et des médias eux-mêmes. Une hausse de 1 % ne correspond qu'à
1,15 euro. Inversement, le montant de la redevance est élevé par rapport au prix
d'entrée de gamme des téléviseurs couleurs modernes (moins de 150 euros
aujourd'hui en grande surface).
(4) Selon Médiamétrie, l'audience des programmes radios et TV sur l'internet n'a cessé de croître durant l'année 2002.
(5) Arrêt Le Scao, Conseil d'État, 9 janvier 1985.
(6) Cf. rapport spécial de M. Jean-Marie Le Guen, au nom de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, sur les
crédits de la communication du PLF 2002.
? 27 ?
2.- De multiples voies envisageables pour répondre aux
critiques soulevées
Il existe une large gamme de réponses possibles aux critiques soulevées à
l'encontre de la redevance audiovisuelle. Ces réponses présentent toutes des
inconvénients et des avantages, qui doivent être soigneusement analysés et
comparés.
La solution la plus simple consisterait à se contenter, à régime
juridique quasiment inchangé, et simplement transformé en imposition, d'en
simplifier la collecte. Il convient de souligner que, dans ce cas, la redevance
intégrerait brutalement le champ des prélèvements obligatoires, ce qui contrarierait,
à l'évidence, le souci impératif d'en diminuer la part dans le PIB. Néanmoins, dans
cette hypothèse, la piste la plus fréquemment explorée en la matière consisterait à
lier le recouvrement de la redevance à celui de la taxe d'habitation, avec deux
options :
soit considérer, par souci de simplification administrative, que tous les
redevables à la taxe d'habitation doivent également s'acquitter d'une redevance pour
chaque logement. La redevance deviendrait une sorte d'impôt additionnel à la taxe
d'habitation. Mais, naturellement, cette option supposerait que l'impôt nouveau soit
acquitté par les 5 % de foyers qui, soit par principe, soit par inutilité, soit par
nécessité, ne sont pas actuellement équipés. Se poserait également sans doute le
problème des personnes exonérées de taxe d'habitation. A contrario, ce choix
conduirait à sensiblement améliorer le rendement de l'impôt en faisant disparaître
toute possibilité de fraude, et à fortement réduire tout coût de collecte spécifique.
Globalement, cette extension de l'assiette effectivement taxée permettrait de réduire
le montant unitaire de l'impôt, ou d'accroître les moyens de l'audiovisuel, ou de
réduire ou supprimer le financement par les ressources propres, et notamment la
publicité ;
soit maintenir le lien avec la détention d'un téléviseur, pour conserver
ce qu'il est convenu d'appeler le « lien citoyen» entre la charge du financement et
les prestations du service public audiovisuel, que la formule populaire résume de
manière lapidaire par : « en avoir pour son argent ». Il convient ainsi de rappeler que,
parmi nos grands partenaires européens, ceux qui disposent d'un service public fort
le financent par une redevance audiovisuelle élevée (193,5 euros en Allemagne).
Dans l'hypothèse du maintien du lien avec la détention d'un récepteur, les défauts de
l'assiette actuelle ne pourraient cependant être corrigés qu'à la marge. De même, le
coût de la collecte serait réduit, mais pas celui du contrôle et de la gestion des
contentieux, y compris dans l'hypothèse où la collecte de l'impôt devrait être
directement confiée aux organismes de l'audiovisuel public, comme cela est par
exemple le cas au Royaume-Uni.
Enfin, la liaison avec le recouvrement de la taxe d'habitation devrait être
souple. Recouvrer, sur le même avis d'imposition, la nouvelle redevance et la taxe
d'habitation ne pourrait que brouiller l'appréciation des contribuables locaux sur
l'évolution de l'impôt, en particulier dans le contexte du projet
d'approfondissement de la décentralisation. En revanche, cette objection serait
? 28 ?
aisément levée par le recouvrement sous une forme disjointe, avec un avis envoyé
certes par les centres des impôts, mais par exemple au printemps.
Une solution plus originale consisterait à rechercher des modes de
financement du secteur public audiovisuel beaucoup plus novateurs. Dans cette
perspective, de nombreuses voies ont d'ores et déjà été explorées. Parmi celles-ci,
peuvent être citées :
a) le remplacement par des cotisations dites « volontaires obligatoires ».
Cette solution, applicable pour un certain nombre de taxes parafiscales, paraît
difficilement pouvoir être retenue dans le cas de la redevance, pour laquelle,
précisément, le degré d'adhésion spontanée au paiement est relativement limité ;
b) le financement par une dotation budgétaire, supprimant tout lien avec
la détention d'un équipement de réception. Cette voie suppose toutefois que la
Commission européenne ne la considère pas comme contrevenant aux contraintes
communautaires, interdisant les aides d'État à des entreprises du secteur
concurrentiel. Par ailleurs, il serait nécessaire de prévoir des modalités
d'indexation ou d'évolution d'un tel financement budgétaire cohérentes avec les
engagements pris par l'État en ce qui concerne la croissance des ressources de
l'audiovisuel public, par le biais des contrats d'objectifs et de moyens qu'ont
notamment déjà signés France Télévisions et Arte. De même, il serait nécessaire de
garantir aux sociétés de programme l'absence de mesures de régulations
brutales en cours de gestion, difficilement compatibles avec la gestion d'une
entreprise. Ce financement par dotation budgétaire, par exemple sous la surveillance
du CSA(7) dont le rôle serait à cette occasion sensiblement élargi, pourrait être opéré
soit par redéploiement sans augmentation des prélèvements obligatoires, soit, si
nécessaire, par une recette fiscale, identifiée à cet effet, tout en demeurant affectée
au budget général.
L'exigence d'une régularité et d'une fiabilité de la croissance du
financement pourrait apparaître comme disproportionnée, ou en tout cas injustifiée,
notamment par rapport aux autres branches du secteur public, ou aux autres
entreprises audiovisuelles privées. Celles-ci ne sont, en effet, pas non plus à l'abri de
pertes de recettes publicitaires à la fois fortes et imprévues, comme c'est
actuellement le cas de TF1 et de M6, et qui peuvent parfois les amener à finir par
disparaître, comme ce fut naguère le cas de « La 5 ».
Mais il convient de tenir compte de deux spécificités des entreprises de
l'audiovisuel public.
(7) Le cas de l'Allemagne est à cet égard intéressant. La redevance y est perçue par une centrale créée par les
établissements de radiotélévision publics, la G.E.Z. Depuis le 1er janvier 2001 et jusqu'au 31 décembre 2004, la
redevance est fixée à 16,15 euros par mois et par foyer (193,8 euros)r. En moyenne 7,5 % des foyers sont exonérés, en
particulier les personnes handicapées et les bénéficiaires de l'aide sociale. Les établissements formulent eux-mêmes
leurs demandes de financement qui sont ensuite examinées par une commission d'experts indépendants, à la fois des
organismes de radio-télévision et des organes politiques de l'Etat : la K.E.F. (Kommission zur Ermittlung des
Finanzbedarfs der Rundfunkanstalten (commission pour l'évaluation des besoins budgétaires des établissements de
radiodiffusion).
? 29 ?
D'une part, leurs recettes propres sont contingentées, tant par la loi en
termes de durée, que par le caractère procyclique(8) des recettes publicitaires. Ainsi,
les chaînes publiques peuvent difficilement rechercher une compensation à la
réduction des recettes publiques, dans un relèvement de leurs recettes propres. Elles
ne le peuvent pas plus dans une diversification vers des produits dérivés, comme le
font leurs concurrents privés (9), avec des résultats en très forte croissance.
D'autre part, et inversement, en l'absence de capitaux propres suffisamment
importants et compte tenu du caractère inapproprié à leur mode de gestion du
financement d'un éventuel déficit de fonctionnement par l'emprunt, la compensation
d'éventuelles pertes de ressources pour cause de régulation budgétaire ne pourrait
être trouvée que dans le dégagement de marges sur les coûts variables. C'est-à-dire,
principalement, eu égard aux rigidités de gestion des personnels, sur les frais
généraux, puis, rapidement, sur la grille et les investissements de production.
c) l'affectation d'une recette spécifique, fiscale ou non-fiscale.
L'imagination en la matière peut être grande. Les idées le plus fréquemment
avancées consisteraient soit à créer un prélèvement à taux faible sur une assiette
large et dynamique, à l'instar du chiffre d'affaires ou du volume des
télécommunications, soit à utiliser le produit de prélèvements sur les jeux déjà
existants(10), ou créés à cet effet, dans la limite de la capacité des organismes
gestionnaires et des parieurs à les supporter.
Par ailleurs, dans l'hypothèse du recours à une nouvelle recette affectée, se
posera la question du cadre comptable de ladite affectation. En effet, l'article 21
de la loi organique du 1er août 2001 relative aux lois de finances a également posé le
principe que, à compter de la loi de finances pour 2006, «les comptes d'affectation
spéciale retracent (...) des opérations budgétaires financées au moyen de recettes
particulières qui sont, par nature, en relation directe avec les dépenses
concernées ». Si une imposition perçue sur la détention d'un téléviseur paraît bien
répondre à cette exigence, tel semble difficilement être le cas d'un prélèvement sur
le produit des jeux, ou sur les télécommunications. Certes, il demeure possible de
prévoir une affectation directe du prélèvement considéré aux organismes
audiovisuels publics, conformément à la jurisprudence classique du Conseil
constitutionnel (11) , et, pour l'avenir, à l'article 2 de la loi organique du 1er août
2001, dans la mesure où il ne fait pas de doute que ces organismes exercent bien des
missions de service public. Mais le choix d'une telle affectation directe risquerait de
(8) La dégradation des perceptives de croissance économique, en particulier fondées sur la consommation des ménages,
pèse immédiatement sur les budgets de communication et les dépenses de publicité, comme le montre l'exercice 2002.
(9) Ainsi, l'émission « Popstar » de M6 est le premier programme où les recettes non publicitaires sont plus élevées que les
recettes publicitaires, selon le président du directoire de M6. La vente de vidéos, le téléachat, les participations
financières dans TPS et les chaînes thématiques peuvent représenter jusqu' à 40 % du chiffre d'affaires global de cette
chaîne privée.
(10) Pour l'année 2003, le montant des trois prélèvements sur les jeux au profit du budget général correspond
approximativement au produit de la redevance et des compensations d'exonérations supportées par le budget de l'État.
Il s'élève en effet à 2,553 milliards d' euros, à hauteur de :
-1,27 milliard d'euros sur le produit des jeux exploités par la Française des jeux ,
-955 millions d'euros sur le prélèvement sur le produit des jeux dans les casinos,
-328 millions d'euros sur le pari mutuel.
(11) Par exemple, récemment, décision du 28 décembre 1998, qui précise qu' «aucun principe fondamental reconnu par les
lois de la République n'interdit que le produit d'une imposition soit attribué à un établissement public ou à une personne
privée chargée d'une mission de service public ».
? 30 ?
supprimer le débat annuel devant le Parlement sur le montant de la ressource
publique affectée à l'audiovisuel public, et à sa répartition entre les différents
bénéficiaires. Il serait alors nécessaire de prévoir que le montant du prélèvement,
directement affecté sans passer par un cadre budgétaire, ainsi que sa
répartition, sont arrêtés chaque année par un article de la loi de finances.
Enfin, la réflexion à mener devra se prononcer sur la nécessité de maintenir
ou non, quelle que soit la solution retenue, une contribution budgétaire directe, en
complément d'une ressource affectée. La compensation des exonérations de
redevance avait conduit depuis deux ans, à réintroduire un co-financement important
par le budget de l'État du compte d'affectation spéciale de la redevance. Ce faisant,
le Gouvernement s'était, d'une certaine manière, redonné un levier financier lui
permettant, le cas échéant, d'intervenir dans les décisions et la gestion financières
des entreprises de l'audiovisuel public, même si ces compensations étaient, en
principe, en application de la loi du 1er août 2000, entièrement déterminées par le
montant des exonérations et par elles seules.
En pratique, au-delà du caractère quelque peu passéiste d'un financement
direct de l'audiovisuel public par l'État, ce « levier » constitue surtout une menace
pour la pérennité et la pluriannualité du financement des engagements de
l'État, car il demeure soumis à l'annualité budgétaire, et, en gestion, aux régulations
éventuellement rendues nécessaires par l'évolution du déficit. Ainsi, le montant des
compensations budgétaires a subi, par exemple en 2001, des annulations de crédits
en cours d'année, à hauteur de 18,29 millions d'euros (12).
Le contrôle de l'État, dans le nouvel univers audiovisuel, ne devrait plus
résulter que de la démarche contractuelle, avec des mécanismes de sanctions en
cas de non-respect des engagement des chaînes. Et renoncer à des décisions
dictées essentiellement par les circonstances économiques et budgétaires
générales.
Aujourd'hui, l'organisation du financement et le contrôle financier de
l'État sur les entreprises de l'audiovisuel public reposent sur :
le choix par le Gouvernement du montant de la redevance, et les
décisions, soumises au Parlement, relatives à la ventilation du produit de la
redevance et des compensations budgétaires des exonérations ;
les contraintes législatives générales, ainsi que celles prévues par les
cahiers des charges des sociétés de programme, sur les contenus, et sur le recours à
la publicité, en particulier télévisée (par exemple, maintien ou non de secteurs dits
« interdits », durée des écrans autorisés, ...) ;
la traduction fine des règles en vigueur dans les engagements du COM
(contrat d'objectifs et de moyens), qui, pour France Télévisions, ont prévu, en
contrepartie de ses objectifs, une croissance annuelle de la ressource minimale de
3,1 %, et un supplément variable entre 0,4 et 0,6 % en fonction du respect des
engagements contractuels d'activité et de gestion ;
(12) Cette annulation ayant été compensée par un supplément de collecte de la redevance, elle n'a toutefois pas eu de
conséquence visible.
? 31 ?
dans la gestion courante, le contrôle financier a priori, en particulier sur
les décisions individuelles de rémunérations, et le pouvoir classique de tutelle,
notamment au sein du conseil d'administration.
Cette articulation paraît relativement satisfaisante, dès lors qu'elle est
globalement respectée. En tout état de cause, les évolutions à venir devront tenir
compte du rôle stratégique de la démarche contractuelle.
En conclusion, il apparaît que l'année 2003 doit impérativement être mise à
profit pour réfléchir à la réforme indispensable de l'actuelle redevance, dans le
champ de contraintes juridiques multiples qui l'enserrent, aujourd'hui et à court ou
moyen termes. Gouvernement et Parlement doivent s'associer(13) dans cette
démarche. Cette association pourrait prendre la forme d'une mission d'information,
dans le prolongement des travaux de la MEC, ou d'une déclaration du
Gouvernement, suivie d'un débat sans vote à l'Assemblée nationale. Mission ou
débat devraient toutefois impérativement avoir lieu au premier semestre, de façon à
ce que l'orientation pour le Gouvernement soit clarifiée suffisamment tôt par rapport
à la fin de l'année, de façon à éviter toute solution de continuité.
*
* *
En conclusion sur les recettes publiques du budget 2003, on peut constater
que cet exercice marque la consolidation, par le maintien d'une progression
significative de l'ensemble des ressources prévues pour l'audiovisuel public, sans
remise en cause réelle des compensations budgétaires d'exonérations de la
redevance. Leur baisse ne correspond en effet qu'à la correction d'une surestimation
passée. Comme chaque année, ces crédits sont inscrits en ressources du compte
d'affectation spéciale de la redevance et leur répartition, moyennant un abattement
de 2,1 % au titre de la TVA, est proposée à l'article 47 du présent projet, au même
titre que le produit de la redevance, auquel ils sont assimilés.
À ces crédits s'ajoute la contribution du ministère des Affaires
étrangères au budget de RFI qui maintient son rythme de croissance régulier mais
inférieur à l'inflation, avec un taux de 1 % par rapport à 2002, identique à celui de
2002 par rapport à 2001. Cette contribution s'élèvera en 2003 à 70,4 millions
d'euros.
C.- UNE AUGMENTATION RAISONNABLE DES RESSOURCES PROPRES DES
ENTREPRISES PUBLIQUES
Les objectifs de ressources propres assignés aux sociétés de l'audiovisuel
public sont reconduits en monnaie constante, et s'établissent pour 2003
à 764,3 millions d'euros, en croissance de 1,5 % par rapport à 2002.
(13) De manière plus efficace que par la simple demande d'un rapport du Gouvernement au Parlement, surtout s'il devait
s'apparenter à celui prévu par l'article 88 de la loi de finances pour 2000, qui n'a jamais été déposé.
? 32 ?
En premier lieu, les objectifs de recettes de publicité et de parrainage
passeront ainsi de 633 millions d'euros à 639 millions d'euros, soit + 0,95 %.
Les deux années 2000 et 2001 se sont caractérisées par un décrochage des
objectifs publicitaires consécutif à la réduction de la durée maximale des écrans
publicitaires par heure glissante (de 12 à 10 minutes au 1er janvier 2000 puis de 10 à
8 minutes à partir du 1er janvier 2001). Le budget pour l'année 2002 a prévu,
inversement, une remontée sensible des recettes publicitaires, mais évidemment
inférieure à la diminution structurelle de ces objectifs pour les deux années
antérieures.
Le projet de budget pour 2003 repose, pour sa part, sur une croissance
modérée (de 0,9 %), inférieure au taux d'inflation prévisionnel.
Pour satisfaire ses contraintes budgétaires pour 2003, compte tenu de ses
prévisions de recettes publiques, France Télévisions, principal collecteur public de
recettes publicitaires, devra engranger 597 millions d'euros de publicité et de
parrainage, soit à peine plus qu'en 2002 (594 millions d'euros).
RECETTES DE PUBLICITÉ ET DE PARRAINAGE DES SOCIÉTÉS NATIONALES DE PROGRAMMES
Recettes nettes de publicité (1)
(en millions d'euros) 1999 2000 2001 2002 PLF 2003
France
Télévisions
Prévision 700,5 615,5 572,4 594,4 597,3
Réalisation 679,7 649,2 565,6
France 2 Prévision 405,2 349,9 336,9 359,5 363,3
Réalisation 401,0 375,7 322,9
France 3 Prévision 292,0 260,8 227 ,0 263,9 262,4
Réalisation 272,0 264,9 229,5
France 5 Prévision 3,3 4,8 8,4 17,5 18,2
Réalisation 6,6 8,5 13,2
RFO Prévision 11,4 11,4 14,5 13,7 12,7
Réalisation 16,0 16,6 16,2
Radio France Prévision 19,4 19,7 20,6 24,1 28,2
Réalisation 24,2 24,2 24,7
RFI Prévision 0,8 0,8 0,8 1,1 1,1
Réalisation 0,6 1,1 0,6
Total prévisions 732,1 647,4 608,3 633,3 639,3
% d'évolution N/N-1 nc - 11,6 % - 6,0 % 4,1 % 0,9 %
Total
réalisations
720,6 691,0 607,0
% d'évolution N/N-1 nc - 4,1 % - 12,1 %
% réalisé / prévisions 98,4 % 106,7 % 99,8 %
(1) nettes de frais de régie.
Source : Ministère de la Culture et de la Communication, France Télévisions
A titre d'information,votre Rapporteur spécial indiquera que le passage de
12 à 8 minutes de publicité imposé par la loi du 1er août 2000 correspond, par
? 33 ?
rapport à une situation dans laquelle les créneaux autorisés seraient utilisés à plein, à
une perte maximale(14) :
pour France 2, de 90 millions d'euros en année pleine,
pour France 3, de 56 millions d'euros en année pleine,
soit un total pour France télévisions de 146 millions d'euros, qui représente
un quart du total des recettes publicitaires nettes de France 2 et France 3.
Il s'agit donc d'un effort financier important, qui ne devrait être
consenti que dans la mesure où le spectateur en ressent l'effet de manière claire
et manifeste. Tel n'est cependant pas complètement le cas, en raison du maintien
en « prime-time » de « tunnels » de publicité de 3 à 4 minutes(15), entrecoupés de
séquences de parrainage, dont la succession conduit à une durée globale qui, parce
qu'elle est demeurée excessive, ne paraît pas avoir réellement diminué.
Entre 2000 et 2001, sur l'ensemble de la journée, la diffusion moyenne de
publicité par jour a diminué en volume de 12 % pour l'ensemble de France
Télévisions, et de 22 % sur la première partie de soirée (19-22 h). Dans le même
temps, M6 a quasiment maintenu sa durée publicitaire (de 30 à 29 minutes en
moyenne entre 19 et 22 h), cependant que TF1 passait de 32 à 30 minutes (soit une
baisse, légère, de 6 %). Il est donc dommage que les spectateurs, en raison des
modalités finalement retenues par France-Télévisions pour optimiser ses recettes au
regard des règles qui s'imposent à elles, ne le perçoivent pas aussi clairement que les
chiffres le démontrent.
Quant aux ressources propres autres que publicitaires (services rendus
aux administrations, produits financiers, recettes commerciales diverses), elles
devront en revanche bénéficier d'une forte croissance pour réaliser les objectifs
globaux de ressources propres. Évaluées à 125 millions d'euros contre 120 millions
d'euros en 2002, elles ne feront toutefois que retrouver le niveau des prévisions
initiales pour 2001.
(14) Calculs effectués sur la base du tarif moyen en 2002 des écrans de 19 heures à 21heures 57 sur France 2 / France 3 sur
une semaine type. Il faudrait toutefois tenir compte de ce que, outre la durée totale des écrans par heure glissante,
France Télévisions se voit également contrainte par les règles limitant les coupures des émissions ou des films par la
publicité, qui l'empêchent d'atteindre, en moyenne, la durée maximale autorisée des écrans.
(15) La durée maximale autorisée pour une séquence est de 4 minutes.
? 34 ?
II.- DES BUDGETS DE TRANSITION POUR LES DIFFERENTES
SOCIETES AUDIOVISUELLES
L'évolution des ressources publiques, d'une part, et des budgets totaux,
d'autre part, des différentes sociétés est globalement retracée par les deux tableaux
ci-après.
ÉVOLUTION DES CRÉDITS PUBLICS (REDEVANCE + DOTATIONS BUDGETAIRES)
(en millions d'euros hors taxes)
2000
Loi de
finances
2001
Loi de
finances
2002
Loi de
finances
Évolution
LF 2002/
LF 2001
(en %)
2003
Projet de loi
de finances
Évolution
PLF 2003/
LFI 2002
(en %)
Proportion des
moyens publics
allant à chaque
organisme
en 2003
(en %)
INA 63,34 63,34 68,2 + 7,7 68,2 + 0,0 2,7
France 2
France 3 1.259,69 1.426,31 1.469,9 + 3,1 1.499,5 + 2,0 59,1
France 5
Arte-France 162,85 177,76 183,5 + 3,3 189,0 + 3,0 7,5
RFO 179,71 191,32 199,1 + 4 203,1 + 2,0 8,0
Radio France 405,44 432,80 446,9 + 3,3 455,9 + 2,0 17,9
RFI 112,42 116,32 120,9 + 3,9 122,7 + 1,5 4,8
Total 2.183,45 2.407,85 2.488,5 + 3,3 2.538,4 + 2,0 100
ÉVOLUTION DES BUDGETS TOTAUX
(en millions d'euros hors taxes)
2000
Loi de finances
2001
Loi de finances
2002
Loi de finances
Évolution
LF 2002/
LFI 2001
(en %)
2003
Projet de loi de
finances
Évolution
PLF 2003/
LFI 2002
(en %)
INA 100,34 99,35 99,90 + 0,6 100,6 + 0,7
France 2 872,12
France 3 938,54 2.063,21 2.126,51 + 3,1 2.161,2 + 1,6
France 5 126,36
Arte-France 164,37 179,37 185,38 + 3,4 192,6 + 3,9
RFO 197,59 213,64 220,38 + 3,2 223,4 + 1,4
Radio France 438,64 467,99 486,24 + 3,9 499,3 + 2,7
RFI 113,61 117,51 123,12 + 4,8 126,8 + 3,0
Source : Direction du Développement des Médias
A l'exception de l'INA, dont les ressources publiques sont strictement
stabilisées conformément à son COM (contrat d'objectifs et de moyens), les
différentes sociétés nationales de programmes verront les crédits publics qui leur
sont attribués croître globalement de 2 %.
Le taux de croissance des moyens publics est égal à la valeur moyenne (soit
2 %) pour France Télévisions, Radio France, et RFO. Il s'élève à 3 % pour Arte, et
n'est inférieur au taux moyen que pour RFI (1,5 %). Pour cette dernière, le taux de
croissance résulte, comme chaque année depuis plusieurs exercices, d'une moyenne
entre une croissance des crédits budgétaires plus faible (1 %), et d'une croissance
des recettes de redevance légèrement plus rapide (2,1 %).
? 35 ?
Malgré son ralentissement, la croissance des ressources publiques
demeure, en tout état de cause, supérieure à l'inflation. L'audiovisuel public
bénéficiera donc de moyens publics non seulement consolidés dans ses acquis
importants des années précédentes, mais encore en légère croissance en
monnaie constante. Par ailleurs, l'appel aux ressources propres sera limité, dans un
contexte publicitaire peu porteur.
Globalement, le budget du secteur (incluant ressources publiques et
commerciales) augmentera de 1,9 % en 2003 pour s'établir à 3,3 milliards d'euros.
La stabilisation du volume horaire consacré à la publicité, combinée avec la
progression du produit de la redevance, et les ambitions de préservation de
l'audience confortent les bases de l'indépendance du service public et lui
permettront de préserver sa liberté éditoriale et de remplir sa mission en matière de
qualité des programmes et d'innovation.
A.- LES TELEVISIONS PUBLIQUES : DES BUDGETS QUI TRADUISENT LE
NÉCESSAIRE NOUVEAU CALENDRIER DE LA TNT
1.- La gestion du groupe France Télévisions : un redressement
confirmé
Le groupe France-Télévisions, dont le périmètre (cf. annexe 1) excède celui
des seules chaînes France 2, France 3 et France 5, employait, au 31 décembre 2001,
6.597 collaborateurs permanents, dont 1.600 pour France 2, 4 .435 pour France 3, et
212 pour France 5. Le chiffre d'affaires consolidé du groupe s'élevait, pour 2001, à
2.180 millions d'euros, dont 66 % au titre de la redevance.
a) Érosion et vieillissement d'une audience de 40 %
L'audience du groupe public s'érode légèrement, mais continue à
représenter environ 40 % de l'ensemble, malgré l'émergence progressive du câble
et du satellite que subissent également les chaînes hertziennes privées. Cette
situation recouvre des aspects positifs, mais également d'autres, plus préoccupants.
Pour les premiers : l'audience de France 3 se consolide, notamment sur
l'audience féminine, et est ainsi la seule généraliste à avoir progressé sur deux
années consécutives, dans le contexte de développement de l'audience du câble et du
satellite. De même, sur la tranche 19-20 heures, France 3 occupe la première place
avec 33,9 % de part d'audience pour les éditions régionales, et 29,7 % pour l'édition
nationale. Pour France 5, la poussée de l'audience s'est concentrée sur le public
jeune, les femmes et les couches populaires.
Pour les seconds, le plus préoccupant est sans doute un certain
vieillissement de l'audience : l'augmentation de l'audience de France 3 est en partie
due au public âgé de plus de 60 ans, et France 3 continue à obtenir ses meilleurs
audiences sur les plus de 50 ans. Sans, évidemment, stigmatiser cette évolution, il est
vrai qu'elle ne constitue pas la garantie d'un renouvellement spontané de l'audience,
et pourrait constituer, à terme, un risque de rétrécissement de la base du public
? 36 ?
fidèle. Par ailleurs, l'audience de France 2 continue à se tasser lentement, mais
régulièrement.
ÉVOLUTION DE LA PART D'AUDIENCE DE FRANCE-TÉLÉVISIONS
(en %)
Station 1999 2000 2001 2002
(jusqu'au 15
septembre)
France 2 22,3 22,1 21,1 20,8
France 3 16,3 16,8 17,1 16,8
France 5 (*) 3,8 3,9 4,0 4,4
France-Télévisions 40,5 40,7 40,1 39,8
TF1 35,1 33,4 32,7 32,6
Source : Médiamétrie/Mediamat, transmis par France-Télévisions, et annexe
jaune sur le secteur public de la communication audiovisuelle
(*) L'audience en mesure quotidienne est deux fois moindre. Le taux
présenté ici tient compte de la diffusion hertzienne seulement sur la
moitié de la journée.
b) Les contrôles de la Cour des comptes en cours
La Cour des comptes n'a pas transmis à la commission des Finances de
résultats de contrôles sur les chaînes France 2, France 3, La Cinquième (devenue
France 5), et la holding France Télévisions, depuis plusieurs années. En revanche,
selon les informations communiquées à votre Rapporteur, la Cour a entamé en 2001
le contrôle du siège et des établissements régionaux de France 3, qui devrait
s'achever à l'automne 2003. Ce contrôle devrait, l'an prochain, être élargi à la
holding France-Télévisions, à France 5 et aux filiales de publicité, et enfin à France
2, à un horizon d'achèvement du contrôle global dans deux ans, ce qui pourrait
donner lieu à un rapport d'ensemble sur le groupe. Votre Rapporteur spécial estime
cependant souhaitable que cet objectif de synthèse n'exclut pas l'élaboration de
rapports particuliers, transmis au Parlement au fur et à mesure de
l'accomplissement des travaux, de façon à en permettre une utilisation rapide et en
phase avec le temps de l'entreprise et avec le calendrier de mise en oeuvre de ses
projets majeurs.
c) Un contrôle parlementaire renforcé
Le groupe France-Télévisions s'inscrit dans un mode de gestion publique
relativement nouveau, avec des caractéristiques qui lui sont jusqu'à présent
propres, mais qui gagneraient sans doute à être étendues à d'autres entreprises
publiques, et qui méritent, en tout cas, après une année pleine de mise en oeuvre du
COM, d'être brièvement rappelées.
En premier lieu, société concurrentielle détenue par l'État, le groupe entre
dans le champ de la régulation confiée au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).
La nomination de son président échappe totalement au pouvoir politique, et est de la
seule décision du CSA. Pourtant, simultanément, continue à s'exercer la tutelle
interministérielle classique sur l'entreprise, suivant cependant un mode inhabituel :
les moyens, qui proviennent pour les deux-tiers d'un prélèvement direct sur les
ménages, et les objectifs de l'entreprise sont en effet négociés avec ses tutelles
? 37 ?
(Culture et communication, Finances), dans le cadre contractuel et pluriannuel du
contrat d'objectifs et de moyens. En revanche, la définition et le contrôle des
contraintes réglementaires pesant sur l'entreprise sont partagées entre le CSA et le
Gouvernement.
En second lieu, le rôle du Parlement est sensiblement accru : ainsi, le II
de l'article 53 de la loi du 30 septembre 1986 tel que modifiée par la loi du 1er août
2000 dispose que le Président de France-Télévisions rend compte, annuellement,
lors d'auditions devant les commissions chargées des affaires culturelles des deux
assemblées, de l'exécution du contrat d'objectifs et de moyens qu'il a lui-même
négocié et signé. Le rapport sur l'exécution annuelle du contrat est rendu public à
cette occasion.
Au-delà, votre Rapporteur spécial doit reconnaître l'extrême disponibilité
dont il a pu bénéficier de la part des dirigeants de l'entreprise et des chaînes, en tant
que représentant de votre commission des Finances.
d) La mise en place progressive de la holding
Conformément à la loi du 1er août 2000, les services de la holding ont été
structurés en distinguant :
les fonctions de « holding », avec des directions fonctionnelles légères
(49 personnes actuellement) pour la stratégie des programmes et, les finances, les
ressources humaines, la communication et les relations instututionnelles, dont les
dépenses sont couvertes par les redevances de gestion des filiales, fixées à 0,62 % de
leur chiffre d'affaires,
et les fonctions communes refacturées au prix de revient aux trois sociétés
de programme : service juridique, études, développement international, achats de
programmes, et sports. Sont en cours d'intégration à la holding le service d'audit
interne, l'immobilier, et la coordination des achats (autres que de programmes).
e) La rémunération des animateurs-producteurs : une polémique en
principe réglée
Sur le sujet de la rémunération des animateurs-producteurs, qui a défrayé la
chronique parlementaire il y a quelques années, votre Rapporteur peut apporter les
informations suivantes, communiquées par l'entreprise, et qu'il se réserve la
possibilité, si nécessaire, d'aller contrôler ultérieurement sur pièces et sur place :
le recours aux appels d'offres a été systématisé pour toutes les
émissions ;
les émissions concernées demeurent peu nombreuses(16) en proportion de
l'ensemble de la diffusion des trois chaînes, dont elles représentent respectivement,
(16) Notamment :
Pour France 2 : « Tout le monde en parle » de Thierry Ardisson, « Ça se discute » et « Jour après jour » de Jean-Luc
Delarue, « Le plus grand cabaret » de Patrick Sébastien.
? 38 ?
en pourcentage du coût de grille, 4,8 % pour France 2, 2,2 % pour France 3, et 2,9 %
pour France 5 ;
les exigences de France-Télévisions dans les négociations ont été
sensiblement renforcées, notamment avec une amélioration du contrôle éditorial,
avec l'insertion dans les contrats de clauses de sortie, en fonction notamment des
résultats d'audience, avec un examen des devis des émissions comparativement à
leur coût, en évitant les garanties inconditionnelles de chiffre d'affaires, et en
recherchant des durées limitées à un an renouvelable, lorsque c'est possible ;
les contrats et leurs clauses significativement spécifiques sont présentés et
débattus devant le Conseil d'administration.
f) Les engagements du contrat d'objectifs et de moyens globalement
respectés en 2001
Il est évidemment inutile de retracer ici l'ensemble des résultats de
l'exécution de la première année pleine du contrat d'objectifs et de moyens, qui sont
présentés et analysés de manière très détaillée dans le rapport présenté par le
Président de France-Télévisions au Parlement. Votre Rapporteur spécial se
contentera d'en résumer certains points qui, sous l'angle de la gestion de l'entreprise,
lui paraissent essentiels.
Le premier est celui des engagements d'économies. Le contrat d'objectifs
et de moyens prévoit, sur la période 2001-2005, 249 millions d'euros
d'économies cumulées sur cinq ans, soit 50 millions d'euros en moyenne par an,
soit encore 4 à 5 % des charges d'exploitation en 2005. Il s'agit là d'un véritable
changement d'état d'esprit dans la durée, car, en pratique, le calendrier des
économies prévues par le COM exigera une démarche permanente, avec une
progression sensible des économies supplémentaires à chaque exercice. Celles-ci
devront ainsi passer de 16 millions d'euros attendus en 2001, à 23,4 millions d'euros
en 2005. Ce plan d'économies, baptisé « projet Synergia », apparaît donc
particulièrement ambitieux, mais décrit une orientation claire pour l'entreprise, en
contrepartie de moyens que les pouvoirs publics ne peuvent que légitimement
préférer voir consacrés aux programmes.
Ce projet prévoit la ventilation des économies sur la plupart des postes,
sans exiger de réformes structurelles profondes :
achats hors programme (82 millions d'euros),
achats de droits et autres programmes (20 millions d'euros),
rédactions (24 millions d'euros),
filière de production de France 3 (8 millions d'euros), et sports (6 millions
d'euros),
Pour France 3 : « On ne peut pas plaire à tout le monde », « Témoins extraordinaires », « Un an de plus » de Marc-
Olivier Fogiel, et « Vie privée, vie publique », de Mireille Dumas ;
Pour France 5 : « Ripostes », de Serge Moatti.
? 39 ?
fonctions supports de gestion du siège (13 millions d'euros), et supports
des régions de France 3 (16 millions d'euros),
synergies sur le numérique terrestre hertzien (80 millions d'euros), liées
au projet de TNT, découlant d'échanges de programmes et de mutualisation de
services techniques, logistiques et de gestion entre les chaînes « premium » actuelles,
et les nouvelles chaînes.
A cet égard, il convient de souligner que la réduction de l'ampleur des
projets de nouvelle chaînes numériques rendrait beaucoup plus difficiles socialement
certaines de ces économies (sur les rédactions, les achats hors programmes, la filière
de production de France 3 et la réorganisation des régions de France 3). En effet, ces
économies doivent se traduire par des gains de productivité, convertis dans le projet
de télévision numérique herzienne en redéploiements d'emplois en interne, dont la
faisabilité intégrale restera cependant à démontrer. En l'absence des chaînes de TNT
publiques, c'est toutefois bien à des réductions nettes d'effectifs que ces économies
conduiront.
En 2001, les réalisations sont relativement satisfaisantes. En effet, les
économies brutes ont dépassé l'objectif fixé, avec un total de 28,9 millions d'euros.
Toutefois, en solde net, elles ont été réduites par un fort dépassement des
charges de personnels de France 3, pour ne s'établir globalement qu'à 15,2 millions
d'euros. Votre Rapporteur spécial observera, à cet égard, que France 3 ne s'est pas
singularisé, sur les années passées, par une extrême rigueur en matière de
gestion des personnels, comme en témoigne l'accord sur les 35 heures de février
2000. Celui-ci n'avait pu parvenir à un décompte du temps de travail exprimé en
jours, et avait conduit à un dispositif coûteux(17). Certes, les négociations sur ce point
ont repris en 2001, mais se poursuivent encore à l'automne 2002. Depuis deux
ans, la direction de la chaîne a aussi refusé de payer les journées de grève, encore
relativement récurrentes. De même, selon les données communiquées par
l'entreprise, la productivité globale aurait légèrement augmenté entre 1999 et
2001(18). Quoi qu'il en soit, et en dépit de ces réels efforts, la maîtrise insuffisante de
la masse salariale a conduit le groupe à dépasser sensiblement son objectif de part de
la masse salariale dans les dépenses opérationnelles (29,1 %, au lieu de 28 %).
VENTILATION DES ECONOMIES ET DES DEPENSES SUPPLEMENTAIRES EN 2001
(en millions d'euros)
France 2 France 3 France 5
Économies 19,2 7,8 1,9
Dépenses supplémentaires - 13,7
Solde 19,2 - 5,9 1,9
Source : France-Télévisions
Deuxième point important, celui de la réalisation des engagements en
termes de contenu (diversité, spécificités, création cinématographique,
(17) Critiqué notamment par le précédent rapport spécial de la commission des Finances sur les crédits de la communication
(doc n° 3320-annexe 10) prévus par le projet de budget pour 2002, p.17-18
(18) Mesurée par le rapport entre le nombre d'heures de programmes diffusées annuellement sur la chaîne et l'effectif
équivalent temps plein au 31 décembre de l'année, la productivité globale serait passée de 2,97 en 1999 à 3,13en 2001,
avec à la fois la hausse du numérateur et la baisse du dénominateur..
? 40 ?
investissements dans la création d'oeuvres audiovisuelles). Votre Rapporteur spécial
renverra pour ce thème au compte-rendu de l'audition du président de France-
Télévisions et des directeurs généraux des trois chaînes devant la commission des
affaires culturelles, familiales et sociales de l'Assemblée nationale, le 18 septembre
dernier. Il souhaite cependant relever que, en 2001, France-Télévisions a consacré
270 millions d'euros aux investissements de créations audiovisuelles, soit une
progression de 24 % par rapport à la situation de 1997, et un dépassement de
l'objectif minimal contractuel de 4,2 millions d'euros pour 2001.
Le troisième point est celui de la capacité d'autofinancement du groupe,
nécessaire pour dégager les moyens d'investir dans des programmes et une
grille de qualité. Le contrat prévoit une capacité d'autofinancement globale
cumulée sur cinq ans, hors TNT mais y compris cession d'actifs, de près de
500 millions d'euros(19). Le niveau atteint en 2001 est conforme à l'orientation du
contrat d'objectifs et de moyens, à hauteur de 74,1 millions d'euros, en hausse de
9 % par rapport à 2000. Ainsi, la majeure partie des 87, 8 millions d'euros
d'investissement du groupe auront-ils pu être autofinancés, grâce à la
confirmation du redressement engagé en 2000. Celui-ci n'aura donc pas constitué,
comme le laissait craindre le précédent rapport de la Commission des finances, une
simple « éclaircie passagère ».
Le dernier point important est celui du coût de la grille, qui a connu en
2001 une croissance soutenue, globalement, de 7 %. Celle-ci résulte pour partie
de facteurs positifs, favorables aux programmes : passage aux 24 heures de la grille
de France 5, et refonte de celle-ci à 80 % ; programme d'informations au titre de la
couverture des événements survenus à New-York le 11 septembre 2001, ainsi qu'à
Toulouse. Mais la croissance de cet indicateur doit être analysée avec prudence, car,
inversement, une partie de la hausse du coût de grille de France 3 (+ 7,1 %) résulte
simplement du « dérapage constaté sur les charges de personnels»(20) de cette
chaîne. Elle a pu aussi être, un temps, entraînée vers le haut par l'augmentation des
droits de retransmission sportifs.
g) Les résultats de 2001 et les prévisions pour 2002 apparaissent
favorables
Les comptes pour 2001 confirment l'équilibre atteint en 2000(21), avec un
chiffre d'affaires consolidé en progression de 3,7 %, malgré le marché publicitaire
déprimé. France-Télévisions estime que le groupe a quasiment atteint son objectif de
recettes publicitaires, faisant ainsi mieux que le marché, grâce à de bonnes
performances d'audience.
Le résultat brut d'exploitation a connu une hausse soutenue (+ 11 %) par
rapport à 2000. Le résultat net s'est, pour sa part, élevé à 36,1 millions d'euros,
proche de celui de 2000, soit une amélioration à la fois sensible et durable par
rapport au très regrettable déficit de 1999 (-32,5 millions d'euros). Les comptes
de 2001 font toutefois ressortir une croissance forte des charges de personnels(22), en
(19) Correspondant approximativement à 400 millions d'euros sur cinq ans, hors TNT et cessions d'actifs.
(20) Pour reprendre les termes du rapport de France-Télévisions sur l'exécution du COM en 2001, p. 64.
(21) Comme l'indiquait également le CSA le 9 octobre dernier, à l'occasion de l'examen annuel des bilans des sociétés
nationales de programme de France-Télévisions.
(22) + 6,4 % en 2001, après + 10,0 % en 2000.
? 41 ?
raison, selon les informations transmises à votre Rapporteur spécial, d'une mauvaise
prise en compte des provisions pour congés payés résultant du passage aux
35 heures.
Au 30 juin 2002, le résultat net consolidé, bien orienté, s'élevait à
89,7 millions d'euros.
? 42 ?
h) Une cession financièrement rentable de la participation dans TPS
Le résultat du premier semestre 2002 inclut toutefois le produit de la
cession de la participation de 25 % détenue par la filiale commune de France-
Télévisions et de France Télécom dans TPS, actif considéré comme nonstratégique
pour le groupe public, et, de surcroît, générateur de pertes.
Cette cession à TF1, conclue en décembre 2001, s'est réalisée
définitivement le 6 mai 2002. Elle s'est avérée profitable. En effet, le montant
global de 195 millions d'euros, a permis le versement de 66,3 millions d'euros à
France Télévisions, soit un doublement des 30 millions d'euros d'investissements
réalisés par celle-ci depuis la création du bouquet.
Selon France Télévisions, ce montant correspond à une valorisation
supérieure de 22 % à celle acceptée, en juillet 2002, par TF1 et M6 pour le rachat
des titres de Suez.
2.- Des projets de budget des chaînes pour 2003 conformes à
leur contrat hors TNT
La croissance des ressources publiques est, logiquement, inférieure aux
engagements contractuels, qui prévoyaient une augmentation de 3,1 % au
minimum (soit 45 millions d'euros), puisque celle-ci était quasi-intégralement
justifiée par le coût des projets de TNT, décalée d'au moins un an. La charge
d'exploitation des trois chaînes publiques numériques devait représenter en 2003
environ 100 millions d'euros.
Pour France 2, comme pour France 3 et France 5, le nouveau calendrier de
lancement du projet de TNT permettra donc de libérer des ressources
financières, réorientées vers les grilles de programme, qui devrait pouvoir
augmenter en 2003 de près de 3 %, en moyenne.
La répartition précise de l'affectation de redevance de 1.499,5 millions
d' euros n'a pas encore été définitivement arrêtée par la holding, à laquelle elle est
globalement attribuée. C'est en effet au conseil d'administration de celle-ci qu'il
revient, en application du IV de l'article 15 de la loi du 30 septembre 1986,
d'approuver un état prévisionnel des recettes et des dépenses de la société et des
filiales, et d'approuver la répartition du montant de la redevance entre celles-ci.
a) France 2
France 2 a vu son résultat net comptable de 2001 se redresser par rapport à
2000 (18,3 millions d'euros, contre 9,3 millions d'euros), notamment grâce à
l'amélioration très sensible du résultat exceptionnel (et à la plus-value réalisée sur la
cession de TPS). Le résultat d'exploitation s'est en revanche dégradé, en raison de la
diminution de 22 millions d'euros des recettes publicitaires, mais demeure positif.
? 43 ?
PRÉVISIONS DE BUDGET DE FRANCE 2 POUR 2002 ET 2003
(en millions d'euros)
2002 2003 Écart en %
Chiffre d'affaires 988,6 1.002,3 1,4
Dont publicité et parrainage "net facturé" 359,5 363,3 1,1
Dont autres chiffres d'affaires (refacturations) 33,1 31,3 -5,4
Autres produits d'exploitation 500,0 524,7 4,9
Dont production immobilisée 461 489,5 6,2
TOTAL PRODUITS D'EXPLOITATION 1.488,7 1.526,9 2,6
Achats et variation de stocks (y c programmes) 531,9 573,4 7,8
Services et consommations externes 173,6 160,8 -7,4
Impôts et taxes 63,6 61,4 -3,5
Charges de personnel 155,0 158,1 2,0
Amortissements et provisions (y c programmes) 509 523,8 2,9
Autres charges de gestion courante 47,1 45,1 -4,2
TOTAL CHARGES D'EXPLOITATION 1.480,1 1.522,6 2,9
Résultat net prévisionnel 5,3 1,6 -69,8
Coût de la grille 679,8 701,1
En % par rapport à l'année précédente 4,3 3,1
Source : France-Télévisions
En 2003, le coût de la grille de France 2 devrait pouvoir progresser de
3,1 %, pour s'établir à 701 millions d'euros, à comparer à un montant de
634 millions d'euros effectivement réalisés en 2001 (et 680 millions d'euros prévus
en 2002)(23). L'équilibre de France 2 serait atteint avec un objectif de recettes
publicitaires en croissance raisonnable de 1,1 %, et une affectation prévisionnelle
d'une fraction de redevance de l'ordre de 607 millions d'euros (contre 596 millions
d'euros prévus au budget 2002). France 2 devra en 2003 accroître son effort en
faveur des créations d'oeuvres audiovisuelles de 18 % à 18,5 %.
b) France 3
La situation de France 3 en 2001 est sensiblement plus contrastée que celle
de France 2. Ainsi, si le résultat d'exploitation est équilibré, les déficits sur le
résultat financier (en raison des pertes sur le GIE France Télévisions interactive, et
du provisionnement des apports à la chaîne Régions) et le résultat exceptionnel
conduisent à un déficit net comptable de 4,9 millions d'euros.
Le projet de budget prévisionnel pour 2003 devrait permettre de financer
une croissance du coût de la grille légèrement supérieur à la moyenne du
groupe, à hauteur de 3,3 %, mais en ligne avec celui prévu en 2001.
(23) Sensiblement supérieure au montant des investissements de M6 (206 millions d'euros), comparable à celle de TF1
(770 millions d'euros en 2001)23, mais évidemment inférieure à celle de Canal Plus (960 millions d'euros). Cf. La
Tribune, 3 septembre 2002 : « Les chaînes affichent le coût de leur grille ».
? 44 ?
L'évolution du chiffre d'affaires, provisoirement fixée à 0,7 %, serait
financée par l'affectation d'environ 745 millions d'euros de redevance, contre
741,5 millions d'euros prévus au budget 2002, les prévisions de recettes de
publicité et de parrainage apparaissant simplement stabilisées. Les comptes ne
connaîtraient qu'un équilibre fragile, et devront supporter, de nouveau, une forte
croissance des charges de personnels, de près de 6 %.
PRÉVISIONS DE BUDGET DE FRANCE 3 POUR 2002 ET 2003
(en millions d'euros)
2002 2003 Écart en %
Chiffre d'affaires 1.087,0 1.094,2 0,7
Dont publicité et parrainage "net facturé" (1) 263,9 262,4 -0,6
Dont autres chiffres d'affaires (refacturations) 81,6 85,3 4,5
Autres produits d'exploitation 307,3 316,2 2,9
Dont production immobilisée 278,2 287,0 3,2
TOTAL PRODUITS D'EXPLOITATION 1.394,3 1.410,4 1,2
Achats et variation de stocks (y c programmes) 328,5 353,8 7,7
Services et consommations externes 216,0 212,0 -1,9
Impôts et taxes 84,3 86,7 2,8
Charges de personnel 367,4 387,9 5,6
Amortissements et provisions (y c programmes) 341,3 319,8 -6,3
Autres charges de gestion courante 47,3 47,3 0,0
TOTAL CHARGES D'EXPLOITATION 1.384,7 1.407,5 1,6
Résultat net prévisionnel 6,1 0,5 -91,8
Evolution prévisionnelle du coût de grille 685,9 708,7
En % par rapport à l'année précédente 3,4 3,3
Source : France-Télévisions
France 3, avec ces moyens contraints, devra néanmoins financer la
croissance de 18,5 % à 19 % du pourcentage de son chiffre d'affaires qui devra être
dédié aux investissements dans la création d'oeuvres audiovisuelles, et souhaite
poursuivre son développement en régions, avec l'ouverture, si possible, de quelques
locales supplémentaires par rapport aux 47 existantes.
c) France 5
Le résultat net de France 5 pour 2001 est bénéficiaire, de 4 millions d'euros,
grâce à un excédent d'exploitation très significatif (6,3 millions d'euros) au regard
du chiffre d'affaires (144 millions d'euros). Cette réalisation favorable résulte de la
performance positive de la chaîne, en termes d'audience, ainsi que des efforts
de la régie publicitaire.
Pour 2003, l'affectation prévisionnelle d'environ 135 millions d'euros de
produit de la redevance, contre 132 millions d'euros prévus au budget 2002 en
exploitation et en équipement, devrait permettre de maintenir l'équilibre des
comptes, avec l'estimation de recettes de publicité poursuivant, peut-être de
manière optimiste, la tendance favorable constatée en 2000 et 2001, grâce au
développement de l'audience de la chaîne. Contrairement aux deux autres chaînes du
groupe, il n'est pas exigé de France 5 qu'elle accroisse la part de son chiffre
d'affaires consacré aux investissements au-delà du niveau de 2002, soit 16 %.
? 45 ?
PRÉVISIONS DE BUDGET DE FRANCE 5 POUR 2002 ET 2003
(en millions d'euros)
France 5
2002 2003 Écart en %
Chiffre d'affaires 144,2 155,5 7,8
Dont publicité et parrainage "net facturé" 17,5 18,2 4,0
Dont autres chiffres d'affaires (refacturations) 2,7 1,4 -48,1
Autres produits d'exploitation 92,2 90,3 -2,1
Dont production immobilisée 83,8 87,0 3,8
TOTAL PRODUITS D'EXPLOITATION 236,4 245,8 4,0
Achats et variation de stocks (y c programmes) 84,3, 87,0 3,2
Services et consommations externes 33,2 33,8 1,8
Impôts et taxes 1,7 9,7 470,6
Charges de personnel 15,2 15,7 3,3
Amortissements et provisions (y c programmes) 86,4 89,6 3,7
Autres charges de gestion courante 16,5 9,8 -40,6
TOTAL CHARGES D'EXPLOITATION 237,4 245,6 3,5
Résultat net prévisionnel 0,2 0,7 ns
Evolution prévisionnelle du coût de grille (1) 83,8 87,0
En % par rapport à l'année précédente 18,0 3,8
(1)La progression du coût de grille de France 5 en 2002 résulte de la diffusion 24 h/24 sur l'offre câblesatellite
Source : France-Télévisions
3.- Arte-France : le maintien du cap
La chaîne Arte présente la spécificité d'être articulée autour de 3 entités
juridiques : le GEIE (groupement européen d'intérêt économique) Arte, chargé de
la diffusion technique, de la programmation, de la gestion de l'antenne et des
traductions ; et les deux sociétés nationales Arte-France et Arte-Allemagne, en
charge de la production et des achats de programmes, ainsi que de la communication
nationale et de la gestion des réseaux de diffusion des deux pays. Les effectifs
permanents moyens d'Arte-France s'élevaient, à la fin 2001, à 203, pour un budget
annuel de 185 millions d'euros en 2002, financés à 99 % par la redevance(24).
Une audience qui demeure limitée, surtout en Allemagne
L'année 2001 s'est caractérisée par une légère baisse de l'audience
hertzienne en France, celle-ci passant de 3,3 % à 3,1 %. Il convient, par ailleurs, de
souligner que l'audience d'Arte en Allemagne, quoiqu'en augmentation régulière,
n'en demeure pas moins sensiblement inférieure à celle de la France. Passée en deux
(24) Le complément de financement résulte de prélèvements sur le fonds de roulement, pour 2003, et, pour le solde, de
quelques recettes commerciales, liées notamment au développement de la chaîne culturelle canadienne ARTV, dans
laquelle Arte-France a pris une participation de 15 %.
? 46 ?
ans de 0,69 % à 0,78 %(25), elle n'en est pas moins demeurée quatre fois plus faible.
Cette comparaison conduit à deux conclusions :
- pour des raisons propres aux partenaires d'outre-Rhin, le taux d'audience
de la chaîne au regard de son coût ne semble pas constituer, en Allemagne, un
critère déterminant. Cette constatation rend sans doute difficile, en France, une
exigence qui serait interprétée comme particulièrement sévère en la matière ;
en tout état de cause, Arte, après plus de dix ans de fonctionnement, fait
partie du paysage audiovisuel public français, et ne paraît plus créer d'abcès de
fixation susceptible de remettre son existence même en cause.
Par ailleurs, la diffusion française sur le câble et le satellite des programmes
destinés à la diffusion en journée, dans la perspective du déploiement de la TNT, a
obtenu 1,2 % de part d'audience en 2001, soit un niveau près de trois fois inférieur à
l'audience de soirée.
Quel état des lieux financier ?
Les résultats du contrôle de la Cour des comptes sur Arte-France n'ont pas
été communiqués à votre commission des Finances, faute que la procédure
contradictoire soit complètement achevée. Votre Rapporteur spécial attend
cependant avec intérêt la communication du rapport particulier sur l'entreprise
française.
Par ailleurs, dans le cadre des auditions menées pour la préparation du
présent rapport, le Premier président de la Cour a bien voulu transmettre(26) le référé
adressé au Premier ministre le 21 février 2001, concernant le GEIE-Arte. Ce référé
soulevait un important problème de principe : aucun contrôle externe
indépendant, autres que celui, comptable des commissaires aux comptes, et que le
contrôle de gestion confié par le contrat de formation du GEIE à des personnes
choisies par l'assemblée générale, n'est prévu sur le GEIE par le traité bilatéral du 2
octobre 1990 instituant Arte. Le groupement a pourtant reçu entre 1991 et 2000
un montant total de contributions de 213,5 millions d'euros de la société
française Arte.
Le Secrétaire général du Gouvernement a répondu, le 24 septembre 2001,
qu'il soumettrait aux autorités allemandes la proposition de confier une mission de
contrôle sur le GEIE à un organisme d'audit indépendant, conjointement choisi. Il a
un temps été ainsi envisagé de demander à la Cour des comptes européenne de se
charger de cette mission(27). Cette proposition semble être restée lettre morte. Une
telle situation n'est pas acceptable, en ce qu'elle ne respecte pas les exigences du
(25) Avec des étiages très modestes, notamment sur les programmes de soirée en fin de semaine (0,3 %), pourtant au coeur
de la cible.
(26) En application de l'article L.135-5 du code des juridictions financières, dont la nouvelle rédaction par la loi de finances
pour 2002 a maintenu le pouvoir de transmission au Parlement des référés aux ministres.
(27) Car le contrôle pour la France par la Cour des comptes française aurait supposé, par parallélisme des formes, que la
Cour des comptes de chacun des Länder y participe, de son côté, puisque la compétence de communication n'existe pas
en Allemagne au niveau fédéral. Un tel contrôle se serait nécessairement avéré complexe à organiser.
? 47 ?
contrôle démocratique, et pourrait donner naissance à des supputations,
regrettables si infondées, sur le fonctionnement du groupement.
Le rapport des contrôleurs de gestion sur le GEIE Arte pour l'exercice 2001
ne relève, pour sa part, pas de problème particulier, à l'exception d'un certain
déséquilibre de la fourniture de programme entre la France (44 %) et l'Allemagne
(38 %), aux dépens de la première, en dehors de la grille de soirée (soit entre 14h et
19h, et surtout entre 1h et 3h). Ce déséquilibre résulte essentiellement de droits de
multidiffusions plus nombreuses, négociés par la partie française.
Le projet de budget pour 2003
Le projet de budget pour 2003, en croissance de 7,2 millions d'euros (soit
+ 4 %), est équilibré par la croissance de la redevance (+ 3 %), supérieure à celle
des autres sociétés de programme(28), ainsi que par un prélèvement sur le fonds de
roulement d'Arte France, pour 1,3 million d'euros.
La croissance attendue des charges est imputable à une augmentation
marquée des dépenses de personnel (+ 14,1 %), correspondant à des embauches
prévues dans le cadre du contrat d'objectifs et de moyens, ainsi qu'à l'augmentation
maintenue du coût des programmes (+ 4,4 millions d'euros, soit 6 %).
La forte baisse de la ligne des autres charges de gestion ( 7,4 millions
d'euros, soit une diminution de 10,4 %), ne traduit que le reclassement de la
contribution au COSIP (29) dans le poste impôts et taxes, lequel augmente en
contrepartie de manière très sensible Les dépenses comprennent le montant de la
contribution au GEIE Arte, à hauteur de 48,47 millions d'euros.
Le report de la diffusion 24h sur 24 sur le numérique de terre, en
France(30), devrait permettre un financement équilibré de la chaîne, répondant
aux obligations du contrat d'objectifs et de moyens, de façon à demeurer en ligne
avec les efforts consentis par le partenaire allemand.
Il doit permettre :
le financement d'une grille de programmes de soirée alliant, tâche
difficile, l'ambition éditoriale et la proximité avec les téléspectateurs, dans la
continuité de la grille mise à l'antenne en septembre 2001 ;
le soutien continu à la création et à la production audiovisuelle et
cinématographique ;
le développement progressif d'une grille de journée comportant des
programmes spécifiques, en particulier pour les après-midi et les matinées du weekend,
particulièrement importantes pour des émissions à vocation culturelle.
(28) Inférieure, mais proche, de celle prévue par le COM, de 4,9 % pour la première année, dictée par le projet numérique
et les engagements financiers des partenaires allemands.
(29) COSIP : Compte de soutien à l'industrie des programmes, géré par le Centre national du Cinéma.
(30) Arte émet toute la journée en France sur le câble et le satellite, avec beaucoup de rediffusions. En Allemagne, elle
devrait émettre toute la journée à compter de 2003.
? 48 ?
ESTIMATIONS POUR 2002 ET PREVISIONS POUR 2003
(en millions d'euros)
2002 2003
Redevance 183,53 189,03
Publicité et parrainages 0 0
Autres recettes 1,85 3,58 dont 1,3 prélevé sur le fonds
de ²roulement
Total des recettes 185,38 192,61
Masse salariale 14,64 16,68
Diffusion 19,98 19,29
Impôts et taxes 2,19 11,07
Dotations aux amortissements 1,07 1,10
Programmes 76,33 80,71
Autres charges 71,18 63,76
Total des charges 185,38 192,61
Source : Direction du développement des médias
B.- L'INSTITUT NATIONAL DE L'AUDIOVISUEL : UNE AMELIORATION TRES
SENSIBLE DE LA GESTION
L'Institut national de l'audiovisuel (INA), dont le statut d'EPIC a été
maintenu par la loi du 1er août 2000, emploie 954 salariés (934 en équivalents tempsplein).
Son chiffre d'affaires s'élève à 100,8 millions d'euros en 2001, dont un peu
plus des deux-tiers au titre de la redevance, et un peu moins d'un tiers de recettes
commerciales. Son résultat a été bénéficiaire de 1,7 million d'euros en 2001.
Quel état des lieux financier ?
Les critiques relatives à l'INA ont été estimées par la Cour des comptes suffisamment
importantes pour faire l'objet d'une insertion à son rapport public de janvier 2001. Il est vrai
que ces observations dressaient un tableau assez noir quant aux conditions de fonctionnement
générales de cet EPIC, ainsi que quant à sa mission, du moins sur la période contrôlée (1991-1998).
En premier lieu, la mission principale de l'INA (conservation et archivage des documents
audiovisuels), complétée et modifiée par la mise en oeuvre du dépôt légal en 1995, n'apparaissait pas
cohérente, dans la mesure où elle ne visait pas l'ensemble du secteur audiovisuel, ni même
l'ensemble du secteur audiovisuel public (avec l'exclusion de RFI, RFO, Arte, La Cinquième ou
même les chaînes thématiques dont l'INA était actionnaire, comme Histoire).
Aucune des activités de l'INA, principale mais également secondaires (formation, production,
recherche), n'était financièrement équilibrée, même dans le cas où elle s'exerçait dans un cadre
purement concurrentiel. Au surplus, le chiffre d'affaires des cessions de droits des sociétés
audiovisuelles publiques a connu une baisse croissante, après, il est vrai, la période faste du
démarrage des télévisions privées puis thématiques,qui a dû être compensée par un relèvement assez
? 49 ?
considérable de la part de redevance attribuée à l'INA. L'offre des concurrents de l'INA était souvent
préférée à la sienne, en raison de meilleures conditions de délais et de coûts. Par ailleurs, les
nouvelles conditions de propriété des droits des oeuvres audiovisuelles publiques ont mécaniquement
réduit le chiffre d'affaires de l'INA au titre des cessions secondaires aux sociétés publiques.
La gestion de l'INA présentait des dysfonctionnements majeurs, malgré une surreprésentation des
effectifs affectés à des tâches administratives (un agent sur six). A elles seules, la présidence
employait 17 personnes et la communication 26.
Ainsi, la politique du personnel a été trop laxiste, alors même que les charges de personnels
représentaient le principal poste (les 2/3) des charges. Les effectifs globaux n'ont guère cessé de
croître, après le plan social de 1992 dont les effets ont été rapidement résorbés. De manière plus
spécifique, et quoiqu'en voie de réduction, les effectifs hors convention collective, donc mieux
rémunérés, demeuraient élevés. Les primes étaient nombreuses, et en forte croissance.
De même, la gestion des marchés et des achats ne se caractérisait pas une rigueur suffisante. Les
procédures de facturation étaient souvent défaillantes, générant des taux de recouvrement durablement
faibles, (avec par exemple 90 millions de francs de créances non recouvrées à la fin 1999), tant auprès
des clients privés (avec des factures émises plusieurs mois, voire années, après la livraison, ...), que
des sociétés publiques, qui contestaient d'ailleurs, au fond, la légitimité même des droits et de leur
montant.
Globalement, les pertes d'exploitation cumulées sur la période 1991-1998 ont atteint 267
millions de francs, quand les concours publics augmentaient, simultanément, de 244 millions de
francs, soit un triplement.
Le Contrat d'objectifs et de moyens, signé le 27 avril 2000 avant même la promulgation de la loi du
1er août 2000, et portant sur la période 2000-2003, a prévu les voies du redressement avec :
la clarification des missions ;
la fixation d'objectifs stratégiques concrets, orientés vers le client et l'usager, notamment avec la
réduction des délais de livraison et des tarifs (de 20 %) ;
la définition d'un calendrier de réalisation et d'une batterie d'indicateurs de résultat, avec la
désignation d'un organisme d'audit chargé de leur suivi ;
la réduction programmée du coût de fonctionnement, avec un objectif de stabilisation des dépenses
de personnels et une réduction significative des effectifs.
? 50 ?
De même, a été décidée la mise en oeuvre d'un plan de sauvegarde et de numérisation du
patrimoine audiovisuel, incontournable pour l'établissement à un moment où l'ensemble du secteur
audiovisuel se tourne vers cette technologie, mais lourd et générateur de nouvelles dépenses
d'investissement. Son financement devait être assuré par les économies à dégager sur les frais
généraux (-25 %) et les effectifs (- 10 %).
Les résultats et le respect des engagements pris dans le cadre du COM
Depuis 2000, la mise en place du COM a conduit à une amélioration sensible des résultats, et
témoigne de la pertinence de la démarche contractuelle :
82 % des indicateurs atteignent ou dépassent les objectifs fixés par le contrat, avec, parallèlement,
certains gains de productivité ;
les ressources propres ont légèrement progressé (40 millions d'euros en 2001, contre 37,6 en
1998) ;
les charges de personnels permanents ont diminué (à 47 millions d'euros, contre 50 en 1998), avec
la régression des effectifs, réduits de 1.064 en 1999 à 934 en 2001. Cette diminution n'a pas été
compensée par la hausse, en fin de période, des charges des non-permanents ;
le résultat est redevenu positif (1,7 million d'euros en 2001) ;
le programme de numérisation de masse a été engagé de manière rapide et efficace, faisant de
l'INA un véritable spécialiste mondial en la matière.
Cette amélioration, en ligne avec les engagements pluriannuels de l'INA, demeure cependant encore
insuffisante sur certains points, heureusement devenus beaucoup plus mineurs. En particulier, il
demeure qu'aucune des activités commerciales n'est encore équilibrée.
MARGE BRUTE PAR ACTIVITE CONSTATEE EN 2001
(en millions d'euros)
Cessions
de droits
et
archives
Inathèque
(dépôt
légal)
Formation Recherche Production Total du
chiffre
d'affaires
Montant réalisé
en 2001
- 11,5 - 8,9 - 1,4 - 3,2 - 1,9 40,3
Source : INA
Des moyens constants, pour des objectifs plus ambitieux ?
En 2003, l'INA bénéficiera d'un montant de redevance stabilisé en
euros courants, à hauteur de 68,22 millions d'euros, conformément à son
contrat d'objectifs et de moyens. L'Institut poursuivra sa stratégie de recentrage
sur sa mission fondamentale d'archivage. Par ailleurs, l'INA devrait faire les efforts
nécessaires pour la mise en ligne efficace et rapide des fonds numérisés.
ESTIMATIONS POUR 2002 ET PREVISIONS POUR 2003
2002 2003
Redevance 68,22 68,22
-Dont redevance
d'investissement
- 2,79 - 2,79
Autres recettes 31,68 32,35
Total des recettes 99,9 100,57
? 51 ?
Masse salariale 56,32 53,68
Impôts et taxes 2,97 2,80
Dotations aux
amortissements
11,34, 11,78
Autres charges 29,27 29,34
Total des charges 99,9 100,57
Source : Direction du développement des médias
L'actuel COM ne couvre qu'une période s'achevant à la fin 2003. L'année à
venir devra donc être consacrée, du point de vue des relations avec la tutelle, à la
renégociation du deuxième contrat d'objectifs et de moyens. En l'occurrence,
celui-ci devra traiter de deux questions importantes :
sur l'orientation de l'établissement, une réflexion devrait être engagée sur
les avantages et les inconvénients de maintenir des activités commerciales qui
demeurent déficitaires. Dans ce cas, en effet, leur développement tend non à
rééquilibrer les comptes, mais à peser un peu plus sur le déficit, même si, par
exemple s'agissant de la production de créations et de recherche, celles-ci
participent à la mobilisation des équipes, et si leur qualité leur veut vaut
d'incontestables succès de reconnaissance ;
sur les missions essentielles, trois efforts devront prochainement être
consentis. Le premier a trait à l'extension progressive du dépôt légal aux chaînes
du câble et du satellite, entamée en janvier 2002 (pour 12 chaînes thématiques). Le
deuxième concerne la mise en oeuvre, le financement et les modalités techniques du
dépôt légal de l'internet, par « aspiration » informatique des contenus, dont le
Gouvernement devrait rapidement décider s'il le confie à la Bibliothèque nationale,
ou à l'INA. Le dernier réside dans le fait que, malgré son accélération, le rythme
actuel du plan de sécurisation numérique des archives audiovisuelles
analogiques ne permettra pas de garantir la pérennité de toutes les archives
disponibles, dont une partie ne passera pas 3 à 4 années de vie, alors que l'horizon
final du plan est actuellement plutôt de l'ordre de cinq ans (télé) à vingt ans (radio).
A défaut d'un supplément de moyens, l'INA serait conduit à pratiquer une forme
de sélection de ce qui doit être conservé, et de ce pour quoi la perte est acceptable.
Votre Rapporteur spécial estimerait préférable, pour la préservation de la
mémoire collective audiovisuelle de la France, de ne pas procéder à cette
sélection a priori, et donc de dégager le supplément de moyens indispensables.
Ces deux problématiques peuvent être liées, la suppression des missions
secondaires pouvant partiellement contribuer au financement de l'élargissement de
la mission principale. Mais le financement de l'accélération du plan de sauvegarde,
de façon à l'achever en sept à huit ans, exigerait, selon les informations
communiquées par l'entreprise, un supplément de moyens de 3,5 à 5 millions
d'euros.
? 52 ?
C.- LES AUTRES ORGANISMES DE L'AUDIOVISUEL : LES MOYENS DE LA
CONTINUITÉ EN ATTENDANT LE CONTRAT D'OBJECTIFS
Trois organismes audiovisuels demeurent aujourd'hui en dehors de la
démarche du contrat d'objectifs et de moyens : RFO, et les deux entreprises de
radio : Radio-France et RFI.
1.- Le réseau France-Outre-mer (RFO)
Le réseau France-Outre-mer regroupe :
pour la télévision, 9 « télé-pays » du 1er canal, à raison d'une par
département et territoire (avec des programmes provenant de TF1, du service public
de métropole et des rédactions et services locaux), la chaîne Tempo du 2ème canal
(mélange d'extraits choisis du service public, notamment de France 5), et RFO Sat
diffusée en métropole ;
et pour la radio : 9 stations régionales et une station d'information
nationale commune.
Ses effectifs permanents moyens s'élèvent à 1.992 emplois, répartis entre le
siège de Malakoff et les 10 stations régionales. Son budget est de 220 millions
d'euros en 2002, dont 58 % correspondent à des charges de personnels. Ses
ressources proviennent à 90 % de la redevance audiovisuelle.
L'entreprise dispose d'un outil technologique très puissant, et largement
avancé dans la numérisation de la chaîne de production et de diffusion.
Une audience encore confortable, mais en voie d'érosion ?
L'audience de RFO varie suivant qu'il s'agit de radio ou de télévision, et
suivant le département et l'existence et l'intensité de la concurrence qui y règne.
Dans les trois départements où l'audience est mesurée chaque année(31), le
développement de la concurrence des chaînes du câble et du satellite(32) a
cependant conduit à une érosion très sensible d'une audience télé jusqu'alors
fortement prépondérante, mais également assez largement captive. Une telle
évolution ne peut qu'être préoccupante, même si une certaine accentuation de la
concurrence peut présenter quelques avantages, dans des bassins d'audience dans
lesquels l'indépendance d'une station est inversement proportionnelle à son écoute.
En tout état de cause, les antennes de RFO demeurent largement en tête par rapport à
la concurrence hertzienne locale privée, y compris dans le territoire polynésien.
Les résultats du début de l'année 2002 montrent, pour leur part, une
amélioration de l'audience des télés-pays, loin cependant d'être revenue à son
niveau antérieur. En revanche, la chaîne Tempo a plutôt continué à perdre des
spectateurs.
(31) Hors la Guyane, dont l'audience n'est mesurée que tous les deux ans.
(32) Le taux d'audience des chaînes du câble et du satellite est passé de 21 % à 30 % en Martinique, de 21,9 % à 26,3 % en
Guadeloupe, et de 8,8 % à 15,5 % à la Réunion.
? 53 ?
ÉVOLUTION DE LA PART D'AUDIENCE
(en %)
Station 2000 2001
Martinique Télé-pays 37,9 30,3
Tempo 7,0 6,7
Radio 24,2 18,3
Guadeloupe Télé-pays 48 42,3
Tempo 8,6 6,5
Radio 18,9 21,2
Réunion Télé-pays 39,1 36,7
Tempo 6,8 6,2
Radio 23,5 20,9
Guyane Télé-pays 52,7
Tempo 7,6
Radio 50,7
Source : Rapport d'activité 2001
Pour la radio, la part d'audience connaît également une diminution sensible
en Martinique et à la Réunion. En revanche, elle augmente en Guadeloupe.
Des conditions de gestion qui apparaissent singulièrement difficiles :
Le dernier contrôle de la Cour des comptes
Le rapport particulier de la Cour des comptes sur les comptes et la gestion
de RFO, pour les exercices 1991 à 1999, achevé en octobre 2001 et transmis à la
commission des Finances en janvier 2002, a signalé un certain nombre
d'interrogations de portée substantielle. Celles-ci visent tant la gestion que la
stratégie et l'organisation de l'entreprise.
Sur la gestion, la Cour a, en premier lieu, souligné l'absence d'un outil de pilotage et de gestion,
susceptible de constituer une règle du jeu claire, définie, et reconnue par l'État actionnaire. Cette
lacune aurait dû être comblée en application de la loi du 1er août 2000 par l'élaboration d'un
contrat d'objectifs, toujours pas signé à ce jour.
En ce qui concerne l'organisation, la Cour a critiqué les renouvellements trop fréquents des équipes
de direction, ainsi qu'une certaine instabilité des organigrammes, a priori néfaste au fonctionnement
régulier de l'entreprise, et générateurs de coûts. Cette remarque doit être analysée au regard des autres
critiques portant sur l'insuffisance du contrôle des stations par le siège, notamment
lorsqu'apparaissent des dérives budgétaires. Un rapport d'audit de l'Inspection générale des Finances
a également mis en lumière des dysfonctionnements dans les relations entre le siège et les stations.
La Cour a par ailleurs relevé le caractère structurel du déficit, passé de 30 millions de francs en
1998 à 46 en 1999, puis 41 en 2000, et, quoiqu'en régression, encore de 20 millions de francs en
2001. Ce déficit a perduré malgré une remise à niveau de 35 millions de francs, et un rythme
d'accroissement des transferts publics au profit de la société deux fois plus rapide que pour les autres
sociétés de l'audiovisuel public. Si le déficit permanent constaté demeure proportionnellement
contenu, sa récurrence témoigne, selon la Cour, du « refus, implicitement partagé par l'ensemble des
acteurs institutionnels , de mettre en oeuvre les mesures d'ajustement qui s'imposent ».
? 54 ?
En particulier, parmi les causes de dérapage des charges, la Cour a souligné la forte croissance des
charges de personnels, dont les effectifs, entre 1991 et 1998, ont augmenté de 27 %, et, dans les
stations, de 34 %. Cette forte croissance résulte de l'intégration de personnels non-permanents, mais
ne s'est pas pour autant traduite par une diminution de leur nombre. En 2000, après prise en compte
des accords de RTT, RFO aurait bénéficié d'un supplément de 130 emplois par intégrations de nontitulaires,
sur un effectif total de 1942. Le surcoût de la RTT s'est élevé, à lui seul, à 40 millions de
francs. Au surplus, la Cour des comptes, confortée en cela par le Président de RFO, a estimé qu'il
devait être possible de dégager des améliorations de productivité, notamment de la part des
journalistes, pour compenser une progression salariale trop soutenue. De même, et cela n'est pas
spécifique à RFO, mais s'étend à la gestion de l'ensemble des services publics outre-mer, le
mécanisme dit d'«indexation », consistant à relever les rémunérations indiciaires d'un facteur allant
de 33 % à 99 % selon le département ou le territoire d'outre-mer considéré, pour tous les personnels,
contribue à alourdir les charges de personnels de l'entreprise.
Sur le plan commercial, la Cour a souligné la diminution de 25 % des recettes publicitaires entre
1994 et 1998, résultant à la fois de la perte d'audience préoccupante du canal 2, et , surtout pour la
radio où la baisse a atteint 75 %, de l'interdiction de publicité de marques sur la chaîne, effectuée,
selon l'ex-SJTIC, « sous la pression d'une association de radios privées de la Réunion et à la
demande du secrétaire d'État à l'outre-mer, hors processus de concertation ». ces contraintes
réduisent encore les moyens à la disposition de la direction pour améliorer les résultats de l'entreprise.
Sur deux sujets plus ponctuels, la Cour a souligné :
la nécessité de régler la question de l'avenir de l'AITV (Agence internationale d'images de
télévision), dont le coût est élevé pour RFO au regard des recettes qu'elle ne génère qu'auprès de
Canal France international, et dont la mission demeure éloignée de celle de RFO ;
le fait que la relocalisation du siège a coûté plus cher qu'initialement prévu. La vente du siège du
XVIème arrondissement à Paris, pour 135 millions de francs, n'a pas complètement équilibré la
construction du nouveau à Malakoff (158 millions de francs), ainsi que les dépenses non
reconductibles liées à cette opération(honoraires, loyers de double siège, déménagement, ...) pour 26
millions de francs. Le surcoût, correspondant à des besoins fonctionnels sans doute mal estimés, a été
financé par l'emprunt, générant des frais financiers durables. Le déménagement a également constitué
l'opportunité d'une remise à niveau importante du matériel, à hauteur de 45 millions de francs,
renouvellement non annoncé au départ.
Les résultats 2001 : la poursuite du déficit, heureusement en
diminution
Les résultats en 2001 ont poursuivi, malgré un début de redressement,
une situation malsaine pour une entreprise d'audiovisuel public financé à 90 %
par la redevance, et dont l'équilibre comptable et budgétaire doit constituer
l'objectif fondamental de gestion. Dans ces entreprises, le maintien de déficits
doit en effet être financé, in fine, par un supplément de recettes publiques.
Ce déficit, de 4,5 million d'euros, succédant à un déficit précédent de
6,3 millions d'euros, résultait de mauvaises prévisions des provisions pour congés
payés dans le cadre du passage aux 35 heures, pour la première année pleine de mise
en oeuvre de la réduction du temps de travail et, surtout, d'une diminution sensible
des recettes publicitaires, elle-même en partie liée à des mouvements sociaux.
S'agissant des budgets opérationnels, ils ont connu des situations variables : les
dépassements des budgets sur les stations régionales ont pu être compensés par une
diminution des charges générales par rapport aux prévisions, mais celles-ci étaient
? 55 ?
en réalité surestimées. A la fin 2001, la trésorerie de l'entreprise demeurait fortement
négative ( 13,2 millions d'euros), malgré le versement de ressources attribuées en
loi de finances rectificative.
Le projet de budget pour 2003
La capacité d'adaptation budgétaire de RFO est structurellement
limitée : la marge d'action sur ses recettes commerciales n'est que marginale, et, de
toute manière, la tendance du marché est négative. Quant à ses programmes, soit ils
ne coûtent rien (même venant de TF1), soit leur coût est essentiellement composé
de frais de personnels.
Pour 2003, les prévisions de recettes de publicité sont encore orientées à la
baisse, après deux années de fortes moins-values. De plus, selon les informations
transmises à votre Rapporteur spécial, RFO devrait perdre le bénéfice d'une
subvention pour la diffusion satellitaire sur la Polynésie, de l'ordre de 1,5 million
d'euros. Le choix du Gouvernement d'accorder à RFO la même progression de
produit de la redevance qu'à ses consoeurs, soit 2 %, constitue une mesure plus
favorable que par le passé, et devrait permettre de passer un cap difficile. Il
devra toutefois s'accompagner d'une exigence de rigueur, dans la mesure compatible
avec les contraintes propres à cette chaîne.
Cette exigence pourrait amener à poser la question cruciale du choix de
maintenir ou non la mission du service public d'information audiovisuelle outremer
entièrement régionalisé, avec les moyens nécessaires pour la réaliser. Cette
question peut conduire à celle des structures, en particulier à la viabilité du maintien
de RFO dans un cadre indépendant de la holding nationale France-Télévisions.
Au-delà de la rationalité apparente d'un tel rapprochement, envisagé puis rejeté par
la précédente majorité, la réalité des économies susceptibles d'être réalisées par ce
rapprochement devrait toutefois être soigneusement pesée à l'aune du risque
potentiel de démotivation des équipes de RFO.
Malgré tous les efforts de la direction de l'entreprise, l'ajustement
systématique de la croissance des dépenses de personnels due aux automatismes
liés à la convention collective et au statut particulier des personnels outre-mer (33),
ainsi que l'augmentation des frais financiers dus à la trésorerie négative, aux recettes
de redevance disponibles, pourtant en forte croissance sur la période récente (+ 8 %
entre 2000 et 2002), ne peut durablement être opéré aux dépens du volume de
production spécifiquement régionale, seul paramètre encore relativement variable
de la gestion de l'entreprise. En tout état de cause, des efforts de productivité et de
rationalisation sont possibles et doivent être encouragés, dans le sens d'ailleurs initié
par l'entreprise. Ainsi, la mise en commun de programmes locaux, diffusés
simultanément dans les trois stations des Antilles, constitue une voie intéressante. Ce
type de mise en commun de programmes régionaux est, sans doute,
malheureusement trop limité.
(33) La direction de RFO a cependant obtenu que la dernière mesure d'amélioration salariale soit calculée « hors
indexation », rompant ainsi avec les habitudes antérieures.
? 56 ?
A plus courte terme, la situation financière tendue de l'entreprise pourrait
amener à devoir régler deux questions elles aussi fondamentales pour le
développement de la société :
le maintien d'une diffusion satellitaire nationale, qui s'est ouverte sur des
échanges d'émissions avec des États du Pacifique-sud et d'Afrique, avec une
diffusion également élargie sur l'océan indien, la Caraïbe et la Nouvelle-Calédonie.
Cette évolution tend à faire, sans le dire, de RFO-Sat un embryon d'une télévision
internationale régionale par satellite ;
la mise en oeuvre, pour l'instant en attente, du projet de radio outre-mer
en Ile-de-France, en partenariat avec Radio-France.
ESTIMATIONS POUR 2002 ET PREVISONS POUR 2003
(en millions d'euros)
2002 2003
Redevance 199 203,5
Publicité et parrainages 13,7 12,7
Autres recettes 7,6 7,7
Total des recettes 220,4 223,4
Masse salariale 128,5 131,4
Diffusion 32,2 34,3
Impôts et taxes 9,6 8,2
Dotations aux amortissements 9,5 8,5
Programmes 10,9 10,9
Autres charges 29,7 30,1
Total des charges 220,3 223,4
résultat - -
Source : Direction du développement des médias
La signature d'un contrat d'objectifs et de moyens : le préalable de la
définition de la stratégie et de la mission du réseau
RFO n'a pas signé de contrat. La rédaction du premier projet n'a pas été
concrétisée, compte tenu, d'une part, du calendrier électoral, et, d'autre part, de
désaccords assez profonds portant sur un point essentiel, qui conditionne le devenir
de l'entreprise : le choix ou non de charger RFO de la diffusion des chaînes de
métropole, avec une substitution, inévitable à terme, plus ou moins rapproché des
chaînes métropolitaines aux canaux propres à RFO.
Ce choix, qui hypothèquerait vraisemblablement rapidement l'avenir de la
partie télévisuelle du réseau, répondrait au souci de donner aux téléspectateurs des
DOM le même produit qu'en métropole, pour le même prix : la redevance. Il ne fait
guère de doute qu'une telle orientation, dont on peut comprendre la motivation,
repose néanmoins sur l'idée a priori suivant laquelle la spécificité des DOM n'exige
pas, du moins de la part de la métropole, une particularité et un régionalisme trop
profonds des télévisions publiques. Une telle décision ne peut résulter que d'une
réflexion politique de fond, dépassant sans doute le cadre de la seule entreprise RFO.
? 57 ?
2.- Radio-France
Le groupe de radios publiques Radio-France gère :
de multiples programmes nationaux (France Inter, France Info, France
Culture, France Musique, France bleu, Le Mouv'), et locaux (réseau FIP, radios
locales, ...),
deux orchestres (l'Orchestre National et ses 119 musiciens, jouant
principalement au Théatre des Champs-Elysées, et l'Orchestre Philharmonique et ses
140 musiciens, jouant habituellement Salle Pleyel , et, pendant ses travaux, dans
divers théatres et salles parisiennes), ainsi que la maîtrise de Radio-France.
L'entreprise employait 3.815 personnes au 31 décembre 2001, avec un
budget annuel de près de 500 millions d'euros, financé pour plus de 90 % par la
redevance, compte tenu des contraintes limitant la publicité autre que collective.
La croissance de l'audience cumulée du groupe
La répartition de l'audience radio est fortement évolutive, mais les résultats
de 2001 sont plutôt satisfaisants. Ainsi, l'audience globale cumulée du groupe est
remontée de 27,9 % à 28,2 %, la part d'audience se relevant de 22,1 % à 22,9 %(34).
Toutes les stations nationales se maintiennent (France Bleu, France Culture) ou
progressent (France Inter, France Info, France Culture), à l'exception de France-
Musique. Cette évolution favorable doit être comparée à la baisse sensible de
l'écoute des deux grandes radios privées généralistes (Europe 1 perd
500.000 auditeurs, et RTL 300.000). France Inter est la deuxième radio nationale par
son audience, après RTL, et avant Europe 1 qu'elle devance maintenant
sensiblement.
Quant à Fip, son audience atteint 3,6 % là où elle est diffusée (Ile-de-
France, Bordeaux, Nantes, Strasbourg). Le Mouv', avec 11 fréquences, atteint
également 3,5 % d'audience cumulée, et 7,5 % sur sa cible des moins de 35 ans.
Radio-France, qui regroupe les principales radios publiques
métropolitaines, s'inscrit dans un paysage radiophonique qui, comme pour la
télévision, mais à un degré moindre, se caractérise par la pénurie des fréquences
disponibles, avec les tensions qui s'ensuivent :
d'une part entre les radios privées et les radios publiques, les premières
reprochant aux secondes d'utiliser trop de fréquences qu'elles considèrent comme
insuffisamment porteuses de valeur ajoutée, visant notamment Le Mouv' et France
Bleue ;
d'autre part entre les radios privées généralistes et musicales, à faible coût
de grille. En particulier, il est vrai que la situation dans laquelle RTL, généraliste
leader, ne peut émettre partout en France, ne peut manquer d'étonner.
(34) 1 % d'audience nationale cumulée représente 500.000 auditeurs environ
? 58 ?
ÉVOLUTION DES INDICATEURS D'AUDIENCE (LUNDI-VENDREDI, PLUS DE 15 ANS)
(en %)
Audience cumulée Part d'audience
sept 2000-
juin 2001
sept 2001-
juin 2002
sept 2000-
juin 2001
sept 2001-
juin 2002
Total radios 83,5 83,2 100 100
RTL 13,8 13,1 13,6 13,4
Europe 1 11,1 10 9,2 8,2
France Inter 11,3 11,2 9,6 10,2
France bleu 6,4 6,4 5,5 5,4
France Info 11,2 11,4 4,6 5
France Musique 1,6 1,4 1,2 1
France Culture 0,9 0,9 0,5 0,6
Total Radio France 27,9 28,2 22,1 22,9
Source : Radio France
Quel état des lieux financier ?
En 2001, les résultats nets ont été équilibrés, les résultats financiers et
exceptionnels compensant un déficit d'exploitation récurrent depuis 2000, mais en
diminution ( 4,6 millions d'euros en 2000, 3 millions d'euros en 2001), grâce à la
politique de relèvement des tarifs publicitaires, menée continûment depuis 1997, en
particulier sur France Inter et France Info. Cette hausse des recettes n'a cependant
pas entièrement équilibré le relèvement continu des dépenses de personnels, qui
subissent une augmentation marquée chaque année. Celle-ci conduit parfois même à
des dépassements budgétaires : + 8,4 millions d'euros en 2001 par rapport aux
objectifs, en raison notamment d'accords sociaux non prévus initialement, des
conséquences de procédures d'intégration obligatoire de pigistes et de nonpermanents,
et de sureffectifs non prévus au budget.
La commission des Finances ne dispose pas, pour Radio-France, d'un
diagnostic récent de la Cour des comptes, celle-ci n'ayant pas, semble-t-il,
contrôlé le groupe depuis plusieurs années, ce que votre Rapporteur spécial ne peut
que regretter. Cette situation pourrait toutefois prochainement évoluer.
Par ailleurs, Radio-France n'a pas non plus signé de contrat d'objectifs et
de moyens, faute, selon son actuel président, d'avoir pu aboutir à un accord
raisonnable sur la stratégie, et surtout sur l'évolution des ressources, alors que le
Parlement ne lui paraît pas suffisamment associé à cette démarche pluriannuelle.
Votre Rapporteur spécial considère que la question devrait néanmoins être réglée,
pour Radio-France comme pour RFO et RFI, en 2003.
Trois points particuliers ont retenu l'attention de votre Rapporteur spécial :
la direction de Radio-France estime avoir réglé au mieux des intérêts du
groupe la question controversée du contrat du précédent chef d'orchestre de
l'Orchestre national. Multititulaire de quatre orchestres répartis dans le monde
? 59 ?
entier, celui-ci ne pouvait honorer ses engagements raisonnablement et avec le même
dynamisme pour tous les orchestres. Selon les informations transmises à votre
Rapporteur spécial, la question aurait été réglée par un étalement dans le temps, avec
une formule de « chef invité non payé », et par son remplacement, en 2001, à la tête
de l'orchestre par un chef prestigieux et disponible, partagé seulement avec Londres,
qui n'est, comme chacun sait, qu'à trois heures de Paris ;
les programmes du Mouv' semblent, après des débuts qui ont fait l'objet
de critiques diverses, avoir acquis après quelques années une vitesse de croisière
raisonnable, tendant à prouver que les initiateurs du projet avaient eu raison de
souhaiter rajeunir l'audience du groupe. Avec trois nouvelles fréquences (2 à
Paris, 1 à Clermont-Ferrand) permettant d'émettre sur un total de 14 agglomérations,
le bassin d'audience potentielle atteint aujourd'hui 16 millions, contre 5 en 2000.
L'audience apparaît convenable sur la cible visée (auditeurs de 15 à 34 ans intéressés
par la musique et l'information), la station a été numérisée la première dans le
groupe, et constitue le premier réseau national entièrement décentralisé, ce qui
constitue une expérience intéressante ;
la numérisation du groupe progresse, même si l'on pourrait espérer un
rythme plus rapide. Ainsi, après les rédactions de France Info et de trois radios
locales en 2000, trois stations supplémentaires ont été numérisées en 2001.
Les prévisions pour 2002 et les projets de budget pour 2003
Le projet de budget pour 2003 est établi sur la base d'une croissance des
ressources de 9 millions d'euros, soit un taux de 2 %, égal à celle de RFI et
RFO, c'est-à-dire des autres organismes non couverts par un contrat
d'objectifs. Ces moyens devraient permettre de faire face à la croissance structurelle
de la masse salariale (+ 10,6 millions d'euros, soit + 4 %). Ils ne lui permettront de
poursuivre le déploiement des radios locales (comprenant aujourd'hui 43 stations) et
la décentralisation de la gestion au niveau de huit grandes régions dans le cadre du
« plan Bleu » entamé en 1999, ainsi que la poursuite de la numérisation de quelques
stations du groupe, que sous réserve que le groupe parvienne à dégager des
marges sur ses ressources propres (soit, en prévision, 4,1 millions d'euros
supplémentaires sur la publicité, soit une hausse non négligeable de 17 %). Ce taux
de croissance n'est cependant pas irréaliste, puisqu'il correspond au supplément des
réalisations de 2001 par rapport aux objectifs initiaux.
ESTIMATIONS POUR 2002 ET PREVISIONS POUR 2003
En millions d'euros 2002 2003
Redevance 446,9 455,9
Publicité et parrainages 24,1 28,2
Autres recettes 15,2 15,2
Total des recettes 486,2 499,3
Masse salariale 268,9 279,5
Diffusion 75,6 76,8
Impôts et taxes 45,7 42,4
? 60 ?
Dotations aux amortissements 17,7 18,2
Programmes 32,4 37,3
Autres charges 45,9 45,1
Total des charges 486,2 499,3
Source : Direction du développement des médias
3.- Radio-France Internationale (RFI)
RFI, avec 793 effectifs permanents et 184 non-permanents à la fin
décembre 2001, dont une proportion considérable de journalistes (413), voit son
budget annuel de 123 millions d'euros en 2002 financé pour 42 % par la redevance,
57 % par une subvention du ministère des Affaires étrangères, et pour un solde
résiduel, par des recettes propres, notamment de publicité. Celles-ci sont, de manière
générale, réduites pour éviter de peser sur le financement des radios locales, en
particulier en Afrique.
Une audience enfin mieux connue
Il a, à plusieurs reprises, été reproché à RFI de ne pas disposer d'études
d'audience permettant d'évaluer ses résultats. Les études menées en 2001 montrent
une évolution plutôt favorable :
en Afrique francophone, RFI se positionne au premier rang des
radios internationales, et s'affirme au niveau des radios nationales, voire devant
celles-ci (24 % dans la capitale sénégalaise, 38 % à Abidjan, 43 % à Conakry, 36 %
de l'audience francophone à Yaoundé , 27 % de l'audience francophone de
Kinshasa). Les résultats sont moins positifs au Bénin (22 % d'audience à Cotonou
contre 40 % en 1993), compte tenu de l'éclatement du paysage radiophonique, et en
Algérie (2ème radio française derrière Beur FM mais devant France Inter, 2ème radio
internationale après la station franco-marocaine Medi1).
RMC-Moyen Orient, filiale de RFI, se situe loin devant les autres radios
internationales au Liban, en Égypte et en Syrie ;
en Europe, les filiales Delta RFI à Bucarest (7ème place sur la FM avec
2,7 % d'audience cumulée) et RFI Sofia (1,1 % contre 0,2 % en 1997) connaissent
une légère progression, alors que Radio Paris Lisbonne demeure au 20ème rang des
cinquante radios présentes dans la capitale portugaise, avec une audience de 1 % ;
enfin, en Ile-de-France, qui n'est pourtant pas la cible de la radio,
l'audience est significative, et s'est même avérée particulièrement élevée à la fin
2001 (1,9 % au dernier trimestre, équivalent à FIP, BFM, France Musiques, et
devant France Culture et Radio Orient), notamment auprès de la population
d'origine étrangère (avec une audience de 4,9 %, et 8,5 % sur la communauté
africaine).
Une situation financière tendue, mais une gestion volontariste
? 61 ?
Le rapport particulier de la Cour des comptes sur les comptes et la gestion
de RFI, pour les exercices 1990 à 1999, achevé au 31 mai 2001 et transmis à la
commission des Finances en janvier 2002, a émis des critiques nombreuses et pour
certaines dépassant le cadre de la gestion de l'entreprise pour concerner la définition
et la clarification de la politique audiovisuelle extérieure (cf. infra).
a) S'agissant des comptes, la Cour a critiqué, pour la seconde fois, ce
qu'elle considèrait comme une irrégularité dans l'utilisation d'une partie du produit
de la redevance. En l'espèce, les excédents de la redevance d'investissement,
affectée et versée à RFI pour financer la construction de nouveaux émetteurs, ont été
utilisés en réalité, en 1998, à hauteur de 65 millions de francs, en compensation du
fort abattement du ministère des affaires étrangères sur sa propre subvention, à la
suite de l'abandon d'une partie du plan de développement des émetteurs en ondes
courtes. En fait, cette méthode a eu pour effet de faire indirectement bénéficier le
budget général de l'État d'une partie de la redevance, alors que la redevance doit
financer uniquement les sociétés nationales de programme, en application de l'article
53 de la loi du 30 septembre 1986. Il s'agit là de l'un des travers résultant du cumul
de deux financements, sans identification particulière de leur utilisation respective :
l'un soumis aux contraintes budgétaires, l'autre ne dépendant que de la dynamique
de la redevance.
b) En ce qui concerne la gestion, et à l'instar de la plupart des autres
sociétés de l'audiovisuel public, l'essentiel des critiques concerne les charges de
personnels :
le choix par l'actuel président du format dit « tout-info » de préférence à
un format de radio plus orienté vers le divertissement a généré des charges de
personnels supplémentaires, mais est cohérent avec la ligne de la société ;
les effectifs totaux ont augmenté de 20 % (156 ETP ou équivalents
temps-plein, sur 946 ETP à la fin 1999) entre 1993 et 2000 . Sur un point plus
spécifique, la reprise de la SOMERA par RFI a bien conduit, dans un premier temps,
à des synergies (suppression des rédactions en français de la SOMERA et
arabophone de RFI), mais la baisse des effectifs consécutive au plan social de 1997 a
rapidement été compensée par de nouveaux recrutements ;
les intégrations en CDI de journalistes et surtout de personnels
administratifs et techniques sous CDD ont été nombreux, sans que, pour autant,
paradoxalement, la proportion des CDD se soit réduite, laissant augurer de futures
intégrations supplémentaires ;
le nombre de cadres, dirigeants ou non, rémunérés dans des conditions
meilleures que celles prévues par la convention collective est élevé, cette possibilité
dérogation étant, selon la Cour, utilisée de manière libérale par rapport aux cas
prévus par ladite convention (25 emplois de direction en 1996, 36 en 1999).
Interrogée sur ce point, la direction de l'entreprise estime, pour sa part, que cette
proportion de cadres hors convention collective n'est pas excessive ;
? 62 ?
la masse salariale, en conséquence de ces différentes choix, a connu une
dérive sensible, avec une augmentation annuelle en francs courants de plus de
8,5 % .
Les concours publics dont a bénéficié RFI ont connu une progression
importante, de 7,5 % par an en moyenne de 1993 à 1998. S'y sont ajoutées les
économies permises en 1999 et 2000 par la diminution de la diffusion en ondes
courtes au profit des relais FM, qui ont dégagé 80 millions de francs de moyens
disponibles. Mais l'ensemble de ces moyens a été principalement consacré au
financement de la progression des charges de personnels, et à la reconstitution de la
trésorerie. Le développement n'en a profité que pour moins de 10 %. Enfin, la
numérisation de la production aurait dû constituer une occasion d'obtenir une
économie de moyens, à l'horizon 2001-2002.
c) La mission de RFI devrait être clarifiée.
La Cour a souligné d'importantes lacunes dans la définition de la
mission de RFI :
RFI ne semblait pas constituer une priorité pour la politique audiovisuelle
extérieure voulue par le précédent Gouvernement, qui a manifestement souhaité
privilégier la télévision, en particulier avec TV5. Cette réorientation explique la
diminution, puis la stabilisation, de la subvention budgétaire de RFI financée par le
budget des Affaires étrangères, parallèlement à la forte augmentation de la part de la
redevance dévolue à RFI. La subvention budgétaire est ainsi passée de 89 % des
concours publics à RFI en 1993, à 52 % en 1996, avant de remonter à environ 60 %.
La redevance représente aujourd'hui 40 % des moyens de RFI. Mais faute d'accord
stratégique, les relations entre RFI et le ministère des Affaires étrangères se sont
progressivement dégradées. Le mandat du Président a cependant été renouvelé en
1999 par le CSA, avec l'accord du Gouvernement. A ce jour, et faute d'un accord
notamment sur le plan budgétaire, le plan stratégique préparé par le Président
de RFI n'a pas été validé par la tutelle, et le contrat d'objectifs et de moyens
prévu par la loi du 1er août 2000 demeure virtuel, car unilatéral. Plus
généralement, la co-tutelle technique (Affaires étrangères- Culture et
communication) ne paraît pas permettre une réflexion clairement articulée sur
les missions et les moyens de RFI ;
l'articulation entre Radio France et RFI s'avère elle aussi délicate. En
effet, les évolutions technologiques des modes de diffusion rendent la frontière
nationale entre les deux opérateurs beaucoup moins incontestable que par le passé.
Même techniquement, les deux sociétés de programme ont tendu à s'éloigner, plus
qu'à se rapprocher ;
plus ponctuellement, les études d'audience de RFI étaient insuffisantes
en nombre et en fréquence pour évaluer la réalisation efficace de sa mission.
L'année 2001 a permis de répondre à cette critique.
? 63 ?
La Cour concluait que globalement, RFI avait fait de réels efforts pour ne
pas demeurer immobile, malgré l'ambiguïté autour de sa mission stratégique. Il
demeure que le précédent Gouvernement aurait dû clarifier cette situation. Par
ailleurs, la gestion de l'entreprise s'est caractérisée, depuis quinze ans, par une
dérive constante de la masse salariale, due tant à la croissance des effectifs qu'à
l'évolution des rémunérations.
Votre Rapporteur spécial ajoutera que, si RFI est demeurée la moins
bénéficiaire de crédits en forte augmentation de toutes les sociétés de l'audiovisuel
public, elle a néanmoins connu un niveau très significatif de croissance de ses
moyens sur la période 1998-2002 (+ 6,2 % de croissance de l'ensemble de ses
moyens, à comparer cependant à 45 % pour France Télévisions, 21 % pour
Arte, 15 % pour RFO, et autant pour Radio France). En revanche, s'agissant du
financement par la seule redevance, RFI a bénéficié d'un rythme de croissance en
ligne avec celui de ses consoeurs, à hauteur de 14 %. Enfin, un effort
supplémentaire a été réalisé en 2002, année au titre de laquelle les moyens de RFI
(+ 4 %) ont crû le plus vite.
En 2001, le résultat d'exploitation s'est sensiblement dégradé, en passant
d'un excédent de 6,8 millions d'euros, à un déficit de 2,25 millions d'euros.
Les prévisions pour 2002 et les projets de budget pour 2003
Comme pour Radio-France, les perspectives à moyen terme de RFI sont
liées à la numérisation des 19 rédactions, et aux difficultés découlant de la
nécessité de faire évoluer la convention collective pour tenir compte des
modifications des métiers résultant de ces changements technologiques. Le coût
global de l'équipement numérique de toutes les rédactions s'élèverait à environ 8 à
10 millions d'euros. L'équipement initial de la cabine numérique a pour sa part déjà
coûté 3 millions d'euros. En contrepartie, les gains de productivité pourraient
atteindre 20 %, permis par les changements de métiers portant sur les métiers de
base.
S'agissant du contenu des programmes, l'enjeu à moyen terme est celui
d'un enrichissement de la régionalisation de la diffusion, par la recherche de
complémentarités des programmes en amont, voire par une remise à plat de la
programmation par grandes zones, au lieu de rédactions trop parcellisées et étanches.
La numérisation devrait faciliter cette orientation.
A court terme, RFI doit cependant faire impérativement face, pour son
financement, à la prise en compte du coût pérenne annuel dû au passage aux
35 heures. Ce coût n'a jusqu'à présent pas été intégré dans la base budgétaire mais
financé par supplément de redevances affecté en loi de finances rectificative. En
2003, RFI devra faire face à environ 5 millions d'euros de dépenses inéluctables
(intégration du coût des 35 heures dan le budget initial, glissement de la masse
salariale, coût de maintenance du réseau, croissance du coût des abonnements à
l'AFP).
? 64 ?
Les mesures réellement nouvelles, souhaitées par la direction de
l'entreprise, ne représentent que 2 millions d'euros, pour la création de deux
nouvelles rédactions dirigées vers l'Afrique noire (en haoussa et en swahili), la mise
en place de nouveaux relais FM, le financement de nouvelles études d'audience, et le
recrutement de nouveaux personnels informaticiens. En revanche, la rationalisation
du dispositif de diffusion, privilégiant, lorsque la situation du pays le permet, les
relais locaux FM aux ondes courtes diffusées de France par TDF, devrait permettre
de réduire légèrement les dépenses de diffusion.
Globalement, les dépenses devraient augmenter en 2003 de 3,7 millions
d'euros (soit + 3 %), dont 1,1 million d'euros de masse salariale (près de 2 %), et
1,5 million d'euros pour les programmes, soit 12 %. Pour ce faire, RFI ne
bénéficiera toutefois que d'un supplément de 2 % de redevance (1,1 million
d'euros), et de 1 % de la subvention budgétaire des Affaires étrangères
(700.000 euros). RFI devra donc trouver dans ses autres recettes les 2 millions
d'euros nécessaires à son équilibre budgétaire.
ESTIMATIONS POUR 2002 ET PREVISIONS POUR 2003
(en millions d'euros)
2002 2003
Redevance 51,2 52,3
Subvention MAE 69,7 70,4
Publicité et parrainages 1,1 1,1
Autres recettes 1,2 3,1
Total des recettes 123,1 126,8
Masse salariale 58,8 59,9
Diffusion 34,0 33,0
Impôts et taxes 3,7 4,3
Dotations aux amortissements 3,7 4,5
Programmes 12,5 14,0
Autres charges 10,5 11,2
Total des charges 123,1 126,8
Source : Direction du développement des médias
L'urgente nécessité du contrat d'objectifs et de moyens
Votre Rapporteur spécial ne peut que regretter l'absence de contrat
d'objectifs et de moyens pour RFI, en particulier dans la mesure où :
les objectifs de l'entreprise, sa place et ses perspectives dans le dispositif
national sont demeurés ambigus. Il est difficile d'évaluer la réalisation des
missions de RFI, tant que celles-ci ne sont pas clarifiées, au-delà de la définition de
pur principe posée par la loi du 1er août 2000;
les moyens de RFI pâtissent, année après année, de la double origine des
crédits. Les crédits budgétaires du ministère des affaires étrangères ne
progressent, dans le meilleur des cas, que plus lentement que les prix, et, a
? 65 ?
fortiori, que l'ensemble des ressources affectées à la société. Dans le même temps, la
part de la redevance croît plus rapidement, ce qui conduira inexorablement au risque
que le ministère exerçant la tutelle principale finisse, à terme, par devenir minoritaire
dans le financement.
III.- 2003, ANNÉE RICHE D'ENJEUX POUR L'AUDIOVISUEL
L'année 2003 va exiger de traiter de nombreux enjeux. Outre les conditions
de fonctionnement de la régulation du secteur, se poseront de nombreuses questions
transversales au secteur, ou spécifiques à la télévision, notamment au regard du
projet de télévision numérique hertzienne. Enfin, le problème de l'ouverture de la
publicité pour les secteurs dits « interdits » a, pour sa part, des incidences communes
à la presse et à l'audiovisuel.
A.- LA REGULATION DU SECTEUR AUDIOVISUEL
Une régulation audiovisuelle efficace, face à des opérateurs puissants, exige
des moyens adéquats, tant humains et matériels que juridiques.
1.- Le budget et les moyens matériels du CSA
Les crédits destinés au CSA passeraient, entre 2002 et 2003, de 34 à
35,2 millions d'euros, soit une croissance de 4,3 %. Cette augmentation, qui peut
paraître importante dans un contexte budgétaire général tendu, résulte, d'une part, de
l'ajustement aux besoins liés aux conventions CSA-TDF et aux dépenses de
personnels, et, d'autre part, à la poursuite de la mise en place de la TNT.
S'agissant des dépenses de personnels, votre Rapporteur spécial observera
que les 470.000 euros de crédits supplémentaires correspondent, pour plus de la
moitié, au coût du maintien pendant un an de la rémunération de deux conseillers
cessant leur fonction en 2003 (soit 270.000 euros)(35).
ÉVOLUTION DES CRÉDITS ENTRE 2000 ET 2003
(en millions d'euros)
2000
exécution
2001
exécution
2002
loi de finances
initiale
2003
projet
de loi de finances
Personnel 10 11 11 11
Hors personnel 19 20 23 24
Total 29 31 34 35,2
Source : CSA
(35) La durée du mandat des conseillers est fixée par l'article 4 de la loi du 30 septembre 1986 modifiée. L'article 5 de la
même loi prévoit que, en contrepartie de l'interdiction d'exercer pendant un an une activité dans secteur de
l'audiovisuel après la fin de leur mandat, ils peuvent continuer à percevoir leur rémunération pendant un an au
maximum, tant qu'ils n'ont pas pris leur retraite, ou une activité rémunéré autorisée.
? 66 ?
S'agissant de l'indépendance du CSA, votre Rapporteur spécial ne pourra
manquer de relever, comme Michel Boyon, que le CSA doit être doté des moyens
techniques et humains à la hauteur de ses missions, et, en particulier, lui
permettant une totale indépendance vis-à-vis des acteurs, et notamment de TDF.
L'ouverture à la concurrence du secteur de la diffusion exigerait une plus grande
transparence des débats techniques, au sein d'une instance de discussion
transparente, ainsi qu'une clarification des relations entre les services techniques du
CSA et l'entreprise TDF, dont une partie des salariés du CSA émane. En effet, les
choix opérés, par exemple en matière d'architecture des émetteurs de TNT, ont une
incidence forte sur la sélection des émetteurs secondaires.
En l'occurrence, il n'est pas certain que le fait que le CSA bénéficie de 46
personnes mises à disposition par TDF pour les tâches de planification des
fréquences et de contrôle du spectre, dans les locaux du Conseil ou dans les comités
techniques radiophoniques, garantisse pleinement cette indépendance, même si le
CSA rembourse leur rémunération à TDF. Le contraire n'est pas non plus démontré,
mais une organisation plus indépendante des moyens humains de TDF, surtout dans
un contexte d'assouplissement du monopole et d'ouverture potentielle du capital de
cette entreprise à des actionnaires privés et concurrentiels, éviterait des
interrogations peut-être infondées, mais toujours gênantes. Cette évolution devrait
cependant être étudiée avec soin, compte tenu des difficultés en termes de
recrutements, ainsi que de gestion et de perspectives de carrière auxquelles pourrait
donner lieu la mise en place de personnels entièrement propres au CSA.
2.- Les insuffisances du dispositif de sanctions financières
La loi du 30 septembre 1986 modifiée relative à la liberté de communication et ses décrets
d'application fixent les obligations auxquelles sont soumis les éditeurs de services de radiodiffusion
sonore et de télévision, ainsi que les distributeurs de ces services. C'est au Conseil supérieur de
l'audiovisuel qu'il revient de veiller au respect de ces obligations au besoin en exerçant le pouvoir de
sanction dont il a été doté à cette fin. Dans cette perspective, le CSA doit disposer de la latitude la
plus large pour choisir la sanction la plus appropriée à chaque situation.
Or, pour un grand nombre de manquements, la sanction pécuniaire administrative est la plus adaptée,
en termes d'efficacité et de délai. Mais, actuellement, le CSA ne peut l'utiliser si le manquement est
susceptible d'être constitutif d'une infraction pénale. Tel est bien sûr le cas des incitations à la haine
raciale. Mais tel est aussi celui, entre autres, du non-respect des quotas de diffusion d'oeuvres
cinématographiques européennes et d'expression originale française, pour lesquels l'article 79 de la
loi du 30 septembre 1986 modifiée prévoit des sanctions pénales, alors que la nature du manquement
justifierait sans doute même plus une simple sanction administrative, rapide et effective, qu'une
qualification pénale dont la sanction est soumise à la décision d'ouvrir des poursuites et est prononcée
généralement longtemps après la commission des faits.
A l'instar de ce qui est prévu par l'article L.621-16 du Code monétaire et
financier pour la Commission des opérations de bourse, il serait utile de permettre
au CSA de prononcer des sanctions pécuniaires pour des manquements
constitutifs d'infractions pénales, tout en écartant les risques de cumuls
éventuels de peines, dans le respect des principes dégagés par le Conseil
constitutionnel dans sa décision n°89-260 du 28 juillet 1989.
Votre Rapporteur spécial a déposé une proposition de loi en ce sens.
? 67 ?
3.- Le problème du contrôle des règles de concentration : le
cas critique de Vivendi Universal
Le cas de Vivendi Universal, au regard de l'interprétation par le Conseil
d'État des règles applicable en matière de concentration dans le secteur aduiovisuel,
a montré l'inadaptation de ces règles au cas dans lequel une partie importante des
capitaux des opérateurs de chaînes est, directement ou indirectement, dans le public.
En effet, l'avis du Conseil d'État du 27 juin 2002, rendu à la demande du CSA, pour
préciser le champ d'application de l'article 40 de la loi du 30 septembre 1986, qui
limite à 20 % la part d'actionnariat extra-communautaire directe ou indirecte du
capital des sociétés titulaires d'autorisation, a conclu que la notion de contrôle est
celle de la détention de la majorité du capital, et que, aux termes de la loi, il n'y a
pas lieu de distinguer entre actionnariat fixe et actionnariat flottant. Dans ces
conditions, il est clair que l'application stricte dudit article 40 devient quasiment
impossible, dans la mesure où la nationalité de l'actionnariat flottant d'une société
cotée ne peut être connu à tout instant. Aussi le CSA a-t-il dû constater son
incapacité à veiller efficacement au respect de cet article, en ce qui concerne la part
flottante du capital. Il conviendrait manifestement qu'une disposition législative
clarifie ce point.
4.- Développer l'expertise économique sur l'audiovisuel
Il ressort des différentes auditions menées par votre Rapporteur spécial que
l'expertise économique publique en matière d'audiovisuel pourrait être utilement
enrichie. La Direction du développement des médias ne dispose pour sa part que de
peu de moyens, et doit, avec ceux-ci, assurer la tutelle d'un secteur public d'une
taille considérable. Le CSA ne produit pas lui-même de comptes de l'audiovisuel : la
publication intitulée « Résultats des entreprises de l'audiovisuel » est élaborée en
partenariat avec le Centre national du cinéma (CNC), et recouvre une période longue
de cinq ans, alors que les indicateurs statistiques de l'audiovisuel (cinéma,
télévision, vidéo), sont publiés par les deux mêmes avec la collaboration du CSA et
de l'INA.
Le développement du secteur, prévisible en terme de nombre d'acteurs avec
la TNT, plaiderait pour une organisation plus systématique de la réflexion
économique sur l'audiovisuel -sans oublier l'internet-, dans un cadre qui pourrait
s'apparenter à celui du Conseil d'analyse économique, placé auprès du Premier
ministre. En effet, ce développement exigera des pouvoirs publics, État ou CSA, une
capacité de réactivité et d'étude encore plus rapide et solide qu'aujourd'hui
B.- LES AUTRES ENJEUX TRANSVERSAUX A L'ENSEMBLE DE
L'AUDIOVISUEL PUBLIC
1.- L'inflation des droits sportifs : une spirale dangereuse
La très forte augmentation des droits sportifs, en particulier du football,
sport télévisuel par excellence, s'inscrit dans une problématique à prismes multiples :
? 68 ?
le maintien ou non de la visibilité télé et radio et de l'information portant
sur les événements sportifs dont le prix deviendrait excessif au regard des budgets
des chaînes, et le risque de déstabilisation profonde du paysage audiovisuel
susceptible d'en découler. En particulier, le maintien d'une concurrence trop forte
entre chaînes peut s'avérer fatal pour l'une ou pour plusieurs d'entre elles, si les prix
deviennent supérieurs aux capacités de financement, à l'instar de l'exemple
allemand. Mais l'abandon de la concurrence, notamment par les chaînes pour
lesquelles le sport constitue l'un des moteurs de l'audience, peut également amener à
revoir en profondeur leur modèle économique ;
l'accroissement démesuré des prix des droits de retransmission des matchs
de football, à enveloppes financières données, risque de s'opérer aux dépens des
autres disciplines sportives. A cet égard, il n'y a pas lieu de regretter, surtout en
2002..., l'absence du service public du dernier championnat du monde de football.
En revanche, l'exposition de disciplines moins télévisuelles, mais trop rarement
montrées, constitue une réelle mission de service public que France Télévisions doit
être encouragée à maintenir, voire à développer. Ainsi, les économies (d'environ
8 %) réalisées dans le cadre de la renégociation des droits sur les événements
rugbystiques, contribuent à l'exposition des 96 autres sports bénéficiant d'une
diffusion sur le service public ;
enfin, sur le plan plus purement lié à l'économie du sport, l'abondance
excessive de moyens financiers ne contribue-t-elle pas en premier lieu à inciter les
intervenants divers -joueurs, clubs, agents, ...-, à revendiquer une inflation
permanente des sommes en jeu, aux dépens, parfois, du spectacle ? La
responsabilité de cette évolution pourrait demeurer d'ordre parfaitement privé, et
interdire toute légitimité pour un parlementaire à s'exprimer sur le sujet, fût-il chargé
de rapporter les crédits de la communication, si, de manière beaucoup plus large, les
finances publiques, et surtout locales, n'étaient fréquemment associées à la dérive
constatée.
Votre Rapporteur spécial ne peut, pour ce qui concerne l'audiovisuel
public, que se réjouir du ralentissement vraisemblable, sinon du plafonnement, des
droits sportifs de retransmission télévisée, notamment pour le championnat de
France de football, dont le montant, entre la saison 1999-2000 et 2003-2004, a crû de
134 millions d'euros à 379,5 millions d'euros. De même, le service public devra
veiller à maintenir des montants raisonnables des droits payés pour les deux postes
principaux, que sont le rugby (30,2 % des contrats signés), et le cyclisme (22,7 %),
notamment pour le Tour de France, de façon à ménager la possibilité de financer
l'achat de droits de retransmission de sports certes moins médiatiques, mais d'une
aussi grande valeur sportive.
Il est clair que l'audiovisuel public doit s'efforcer de soutenir et de montrer
les sports et les événements sportifs insuffisamment médiatiques pour les chaînes
privées soucieuses, par nécessité, de leur audience et de leur recettes de publicité. Il
ne doit pas pour autant se substituer intégralement aux fédérations de tous ces sports,
notamment en prenant en charge systématiquement les frais de production.
? 69 ?
2.- Pornographie et violence à la télévision : trouver les
réponses conjuguant responsabilité et éducation
La question du contrôle de la pornographie et de la violence à la télévision
ne constitue pas un sujet budgétaire direct, mais a néanmoins des incidences fortes
sur l'équilibre économique de certaines chaînes privées, et, par conséquent, sur
l'équilibre du paysage audiovisuel en général. Par ailleurs, votre Rapporteur spécial
ne peut en ignorer l'acuité actuelle.
Le problème a été mis en évidence par le CSA et par le CIEM (Collectif
inter-associatif enfance médias)(36), en particulier à l'égard des enfants. Sans revenir
longuement sur les données habituellement présentées, qui emportent aisément la
conviction(37), il ne fait de doute pour personne que la situation actuelle n'est pas
satisfaisante en ce que, même responsables, les parents ne peuvent pas toujours être
certains que leurs enfants ne visionneront pas, en leur absence, certains des
innombrables films à caractère pornographique, ou particulièrement violents diffusés
sur plusieurs chaînes hertziennes ou du câble et du satellite.
Il est clair que les solutions au problème existent, mais doivent être
graduées, et tenir compte d'un équilibre nécessaire entre liberté des adultes et
protection des enfants. S'agissant de la violence, cette protection ne doit pas pour
autant se transformer en travestissement de la réalité, dont les informations et la vie
courante montreraient bien vite tant l'inanité que l'hypocrisie. Pour autant, les
enfants eux-mêmes, notamment avec le déclencheur qu'a été la diffusion « en
boucle » des images de l'attentat du 11 septembre 2001 contre le World trade center,
sont sensibles à la nécessité d'être protégés contre les excès d'images violentes(38), et
demandent des explications sur la violence de l'information qui soient adaptées à
leur âge.
En premier lieu, une signalétique efficace, lisible et harmonisée constitue
un premier instrument de contrôle. Le CSA vient de faire, en juillet 2002, l'effort de
simplifier la signalétique précédente(39). Mais la signalétique ne règle pas toutes les
difficultés, lorsqu'elle ne les aggrave pas en incitant précisément les enfants à
regarder les programmes qui en principe devraient leur être interdits. De même, les
pouvoirs publics devraient-ils rechercher les justifications d'une tolérance de
classification des oeuvres cinématographiques en France très supérieure à celle de
nos voisins européens, alors que cette classification est ensuite traduite dans la
signalétique télévisuelle. L'exception culturelle française peut-elle suffire à
expliquer que, sur 102 films de la période 1997-2000, la commission de
(36) Regroupant notamment l'UNAF (Union nationale des associations familiales) et la Ligue de l'enseignement.
(37) Notamment les 103 diffusions mensuelles de films pornographiques sur Canal Plus et les chaînes de cinéma, auxquelles
s'ajoutent 840 diffusions mensuelles sur les services de paiement à la séance, ou encore la proportion de 11 % des
enfants de moins de douze ans des foyers abonnés à Canal Plus ayant été mis en contact avec un film pornographique
pendant au moins une minute, selon une enquête Médiamétrie citée par le CIEM.
(38) Comme le montre, par exemple, la proposition de loi présentée, dans le cadre du Parlement des Enfants, par la classe de
cycle 3 de l'école primaire de Gy en Sologne (Loir-et-Cher) au printemps 2002, visant à protéger les enfants des images
violentes diffusées durant les actualités.
Art. 1 : « Le CSA limitera la rediffusion d'images violentes à un nombre donné par jour .»
Art 2 : « Le CSA demande aux chaînes de télévision de mettre un macaron durant la diffusion d'un reportage comportant des
passages violents et interdit toute diffusion de ce reportage durant les horaires attribués aux programmes jeunesse »
Art 3 : « Chaque chaîne de télévision devra propose, une fois par semaine, un journal télévisé pour enfants et, dans le cas
d'événements bouleversant l'actualité, un bulletin d'information spéciale enfant (..) ».
39 Avec trois pictogrammes signifiant que les programmes sont déconseillés au moins de 8, 12 et 16 ans, un dernier signalant
l'interdiction aux moins de 18 ans.
? 70 ?
classification ait accordé 62 visas tous publics, quand, pour les mêmes films, le
Royaume-Uni n'en accordait que 29, les Pays-Bas 22 et l'Allemagne 16 ?
Au-delà, le CSA peut saisir l'occasion des renégociations des cahiers des
charges ou des autorisations pour revenir sur des situations considérées comme
acquises. C'est ainsi que la renégociation du cahier des charges de Canal Plus
Antilles a permis de supprimer totalement l'autorisation de diffuser des films
pornographiques.
De manière plus systématique, et surtout plus rapide compte tenu du
calendrier des renégociations, le codage efficace, notamment par le double
cryptage, constitue sans doute la solution technique la plus raisonnable, car plus
respectueuse de la liberté individuelle des adultes.
L'interdiction absolue, reprenant au niveau législatif national, à l'article
15 de la loi du 30 septembre 1986, la formulation précise de l'article 22 de la
directive européenne dite « Télévisions sans frontières », ne devrait être utilisée que
comme ultime recours, d'autant que les autorités communautaires ont publiquement
fait savoir que la transposition actuelle de la directive en droit français était sur ce
plan suffisante. Les films pornographiques ne sont ainsi strictement interdits sur les
chaînes, publiques ou privées, que principalement en Allemagne.
Par ailleurs, sur un plan beaucoup plus large, votre Rapporteur spécial
partage les conclusions du rapport du CIEM sur l'environnement médiatique des
jeunes de 0 à 18 ans. Il considère qu'il est du devoir des pouvoirs publics, qu'il
s'agisse de l'Education nationale ou de la Culture et de la communication, de
développer les capacités d'évaluation systématiques de l'incidence des médias
sur l'éducation et la formation des enfants. Ils doivent de même développer leurs
efforts en matière d'éducation à l'image, télévisée ou visionnée sur l'internet, et
aux médias en général, en intégrant notamment les jeux vidéos. En effet, il est
primordial que les jeunes soient aidés et guidés dans leur approche et leur
consommation des médias, ( télévision, radio, internet, jeux vidéo, presse écrite,...)
qui, sinon, risquent rapidement de s'avérer trop passives et insuffisamment critiques.
? 71 ?
Cet effort est d'autant plus important que :
la consommation des médias, du moins pour la télévision, s'accroît
régulièrement, notamment pour les plus jeunes(40), et a déjà atteint un niveau moyen
que certains pourraient trouver excessif. En 1997, la durée quotidienne moyenne
d'écoute de la télévision était, pour l'ensemble des plus de 15 ans, regardant la
télévisions, soit environ 75 % des adultes tous les jours et 94 % au moins de temps
en temps, de 3 heures et 9 minutes. En avril 2002, cette durée s'élevait à 3h et
33 minutes ;
le CIEM estime que les chaînes publiques considèrent la jeunesse
comme un enjeu marginal, en partie abandonné aux chaînes privées, dont la
nécessaire quête d'audience et la prégnance de la publicité ne peuvent toujours éviter
la recherche de la facilité.
Les conclusions de la mission sur l'impact de la violence à la télévision,
confiée à la commission très large(41) présidée par Mme Blandine Kriegel, devraient
permettre d'ici la fin de l'année de disposer d'un point de vue indépendant sur cette
question, et de dresser les grandes perspectives à venir.
3.- La refondation de la politique audiovisuelle extérieure
Les multiples acteurs publics de la politique extérieure audiovisuelle
TV5 Monde, chaîne de la francophonie, financée pour plus des trois-quarts par la France qui
détient, via France-Télévisions et Arte, plus de la moitié du capital, mais qui est contrôlée par un
conseil d'administration intergouvernemental (avec le Canada, la Belgique, et la Suisse). Longtemps
sous-financée par rapport à ses ambitions, depuis sa création en 1984, TV5 a bénéficié depuis quatre
ans d'un effort budgétaire important, et paraît constituer un élément incontournable du dispositif de la
francophonie. La France souhaite progressivement tourner TV5 vers l'ensemble du monde
francophile, et ne plus se concentrer sur les seules communautés francophones, en accentuant sa
pénétration en Europe, et aux Etats-Unis. TV5 bénéficie aujourd'hui d'une distribution à l'étranger
large, et souvent méconnue, dépassant celle de la BBC et de la Deutsche Welle, et même depuis 2002,
hors hôtels, de CNN(42) ;
CFI (Canal France International)-TV, qui, après un démarrage récent, en juillet 1999, a bénéficié
d'un rapprochement avec TV5, avec la nomination d'un président unique depuis octobre 2001(43).
CFI-TV est destinée au public des jeunes adultes d'Afrique, alors que TV5 Afrique est plutôt
généraliste. La présence d'une chaîne française publique spécifique en Afrique subsaharienne appelle
aujourd'hui quelques interrogations, quelle que soit sa qualité, dans la mesure où l'on compte 27
chaînes françaises disponibles sur l'Afrique subsaharienne. Au-delà de la mise en commun des
équipes et des moyens logistiques et de support administratif, il est ainsi possible d'imaginer quelques
économies de gestion sur ce poste, sous réserve de préserver la banque de production CFI, et la
composition de son capital entièrement français. Après la liquidation de la Sofirad, CFI devrait être
détenue par France-Télévisions pour 75 %, et par Arte, pour 25 %;
(40) Sauf pour les 15-19 ans, qui regardent moins la télévision, en durée moyenne, que les adultes.
(41) Mais qui ne comprend pourtant aucun représentant des spectateurs ni des familles en tant que tels.
(42) Selon les données transmises par TV5, la distribution, hors hôtels, de TV5 est passée, entre 1998 et 2002, de 87 à
122 millions de personnes. En 2002, CNN atteint 12,3 millions, la BBC 94 millions et DW 104 millions de personnes.
(43) Mais qui, curieusement, a dû se passer de directeur général jusqu'à aujourd'hui pour gérer TV 5.
? 72 ?
Euronews, chaîne d'information internationale paneuropéenne, diffusée sur le câble et le satellite,
avec une participation publique de France Télévisions. Euronews, installée en France avec plus de
250 salariés, est aujourd'hui en grave difficulté après l'annonce du retrait de son opérateur
britannique privé ITN, d'ici à la fin de l'année 2002(44). Euronews a perdu 4,1 millions d'euros en
2001, après une première phase de redressement des comptes en 2000;
les chaînes nationales France 2, France 3 et France 5, présentes, via les satellites Hot Bird, Astra et
Stellat 5, en Europe et en Afrique du Nord. Mais France-Télévisions est également omniprésente,
dans les programmes de TV5 (30 % des programmes des huit grilles, 66 % en tenant compte des
rediffusions), de CFI (30 % de l'alimentation de la chaîne et de la banque de programmes), ou encore
de RFO (avec l'alimentation de ses deux canaux);
Arte, présente en Allemagne et sur l'ensemble de l'Europe et du bassin méditerranéen, ainsi qu'en
Afrique du Nord via Stellat 5 ;
RFO-Sat, présente en Afrique du Nord et au Proche-orient, et qui pratique une politique d'échange
de programmes avec des partenaires, notamment de l'océan indien ;
RFI, pour la radio, qui intervient aussi en métropole, alors que Radio-France souhaite être plus et
mieux émise à l'étranger.
a) Une situation caractérisée par un certain foisonnement
La politique extérieure audiovisuelle fait l'objet d'un double financement, fondé d'une part sur le
budget des Affaires étrangères, et, d'autre part, sur le produit de la redevance. Le premier finance la
télévision (TV5 et CFI), et la radio (RFI), la redevance ne finançant que RFI, et, indirectement et
potentiellement aujourd'hui, CFI et TV5 via la holding France Télévisions, appelée à devenir leur
actionnaire très majoritaire.
Cette politique a fait l'objet, durant les vingt dernières années, de bilans réguliers, et le plus souvent
peu favorables, du moins s'agissant de son organisation. La Cour des comptes a, pour sa part,
transmis au Premier ministre, le 2 juillet 2002, un référé, portant sur la politique audiovisuelle
extérieure de la France, faisant ainsi suite à un précédent référé dix ans plus tôt.
Il y a dix ans, la Cour avait relevé le manque de cohérence et l'absence de vision stratégique de
cette politique, qui se traduisait notamment par la multiplication des initiatives et par de nombreux
chevauchements de compétences. Le CAEF (Conseil de l'action audiovisuelle extérieure),
nouvellement créé, devait constituer l'outil de la coordination interministérielle qui faisait défaut. La
Cour souhaitait l'extension de sa compétence au domaine radiophonique (RFI). Elle appelait
également la mise en place d'un système d'évaluation.
Dix ans après, le contexte technico-économique a beaucoup évolué : en particulier, les satellites
ont grandement facilité l'accès aux images et aux sons, y compris dans les pays en développement. De
ce fait, la pénurie audiovisuelle s'est transformée en abondance, avec une concurrence marquée entre
chaînes, -de radio et de télévision-, et avec un renforcement des exigences des usagers. Le marché est
dominé par de grands groupes internationaux anglo-saxons. Le développement de l'internet et de la
numérisation laissent également présager des changements importants.
Après de multiples rapports(45), le ministre des affaires étrangères a présenté le 30 avril 1998 une
communication au Conseil des ministres, supposé clarifier la situation, prévoyant près de 20 millions
d'euros de moyens nouveaux, et préconisant quatre axes :
soutien à l'exportation de programmes ;
soutien à la diffusion satellitaire des chaînes françaises dans le monde ;
(44) Euronews est détenue pour 49 % par le britannique ITN, et pour 51 % par la Secemie (GIE européen lui-même détenu
par FTV pour 26.13 %, la RAI pour 25.32 %, RTVE pour 22 %, SSR pour 10.76 %)
(45) notamment du président de TV5 en octobre 1997 ; rapport Bloch-Lainé d'audit de l'ensemble de l'audiovisuel public en
juin 1997 ; audit des inspections générales des affaires étrangères et des finances en juin 1998.
? 73 ?
rationalisation du dispositif d'ensemble, avec ouverture du capital de TV5 à toutes les chaînes
nationales, clarification des rôles de TV5 et CFI, et adaptation de RFI ;
coopération avec les partenaires de la France, par l'affirmation des solidarités européennes tout en
maintenant l'exception culturelle.
La mise en oeuvre de ces orientations a conduit à un début de réorganisation du dispositif, avec le
regroupement de RFI, Soméra et Radio Paris-Lisbonne, la dissolution de la Sofirad, et le
rapprochement, encore inachevé, de TV 5 et de CFI.
Dans ce contexte, la Cour a constaté que les efforts financiers pour développer la présence
audiovisuelle à l'étranger se sont considérablement accrus, dépassant ainsi 210 millions d'euros en
2001. Les seules dotations du ministère des affaires étrangères ont augmenté de 144 % en monnaie
courante, et ont plus que doublé (+ 106 %) en monnaie constante entre 1990 et 2000. Dans le même
temps, les résultats en termes d'audience étaient demeurés apparemment faibles et, de toute
manière, mal évalués. Le dispositif apparaissait également, dans le constat sévère de la Cour,
demeurer complexe et peu cohérent, du moins pour la télévision, avec des coûts d'exploitation des
sociétés de diffusion non maîtrisés, et des ressources propres négligeables.
En conséquence, les choix de rationalisation nécessaires les plus stratégiques, trop longtemps
différés, demeurent à faire, car la France conduit encore une politique fluctuante, qui poursuit
de multiples objectifs, et utilise plusieurs types d'instruments parfois concurrents et dont les
coûts se superposent. Ainsi, TV5 et France 2 à l'international ont la même cible de spectateurs
francophones (100 millions) et français expatriés (2 millions), au demeurant très dispersée. De même,
TV5 a suivi la voie d'une recherche de présence tous azimuths sur le câble, dans les bouquets
satellitaires payants ou gratuits, par diffusion directe, sans procéder à un choix en fonction des coûts
de diffusion et des priorités diplomatiques, sans suffisamment régionaliser ses programmes, et sans
disposer d'objectifs de pénétration et d'audience. Plus fondamentalement, la Cour relève que la
France est le seul pays à avoir privilégié, jusqu'à présent, avec TV5, un outil multilatéral, géré
par un conseil d'administration composé de représentants du service public et de télévisions
étrangères partenaires, alors que son financement dépend à 80 % de la France (46).
Plus généralement, la Cour estime que les opérateurs nationaux devraient être plus impliqués,
notamment France-Télévisions, dont il est aujourd'hui prévu qu'il entre majoritairement (75 %) au
capital de CFI, et quidispose d'une minorité de blocage dans Satellimages-TV5. Arte-France est
également restée trop en marge de la politique extérieure audiovisuelle. Elle devrait toutefois
également entrer dans le capital de CFI (pour 25 %). Une meilleure implication pourra sans doute
permettre de « réduire une inflation des coûts qui ont, en tout état de cause, atteint leurs limites ».
La Cour demande également la conclusion d'un contrat d'objectifs et de moyens portant
spécifiquement sur l'audiovisuel extérieur, sur le modèle de ceux prévus par la loi du 1er août 2000,
intégrant l'ensemble des entreprises concernées, et permettant d'assurer la cohérence de l'ensemble
du dispositif en fonction des priorités diplomatiques et des perspectives d'audience recherchées,
notamment par la contrainte de l'évaluation des résultats.
Votre Rapporteur spécial estime, pour sa part, que la politique audiovisuelle extérieure appelle une
clarification ambitieuse, et doit s'efforcer de ne pas accroître encore le nombre des structures
existantes, dont l'articulation n'est pas toujours aisée à comprendre. Une réflexion sur le périmètre du
service public s'avérerait particulièrement opportune en ce domaine. La simple énumération de la liste
des opérateurs suffit à convaincre de la nécessité d'une véritable rationalisation des moyens, alors
même que le total des budgets consacrés aux opérateurs de l'audiovisuel extérieur par la France
demeure très en deçà des financements publics de nos homologues européens : les 198 millions
d'euros consacrés, en 2001, par la France à cette politique, ne représentent que 69 % de la dotation
publique à Deutsche Welle radio/TV. Dans le domaine de la radio, le financement public de RFI pour
2002 n'atteint que 37 % de celui de son équivalent britannique (BBC World service radio).
b) Une nouvelle ambition, pour une CNN à la française ?
(46) Mais il est vrai, inversement, que le caractère multilatéral facilite l'inscription de France 5 dans certains bouquets
câblés ou satellitaires, par exemple aux États-Unis.
? 74 ?
La réorganisation souhaitable doit s'inscrire dans la volonté, manifestée par le Président de la
République le 12 février 2002 devant le haut Conseil de la Francophonie, de créer une nouvelle
chaîne d'information internationale capable de rivaliser avec CNN ou la BBC, après une réflexion
sur l'éparpillement des moyens publics consacrés à la politique extérieure audiovisuelle.
A cet égard, on ne peut qu'être d'accord à la fois avec le diagnostic et avec l'ambition. Il reste à en
préciser les moyens, les choix n'étant encore manifestement pas arrêtés entre les différentes options et
combinaisons possibles :
l'utilisation rapide d'un canal laissé libre par TV5-Orient sur Arab Sat pour une chaîne en langue
arabe, diffusée sur le bassin méditerranée, ne nécessitant qu'un investissement initial limité ;
l'appui sur l'outil existant, mais en grand danger, qu'est Euronews. La reprise des parts publiques
et privées à céder, complétée par des moyens de développement nouveaux d'un volume maîtrisé, de
l'ordre de 15 millions d'euros, pourrait constituer une forme de réponse à l'objectif ;
l'utilisation intelligente de RFI, en dotant ses journalistes de moyens de prises de vue modernes et
souples d'utilisation. Le réseau de correspondants et de filiales de RFI est en effet très développé à
l'étranger, avec des rédactions dans de nombreuses langues. En revanche, les expériences de
partenariats et de synergies menées, par exemple avec TV5, pourraient tendre à montrer certaines
limites du rapprochement de la radio et de la télévision, qui ne correspondent pas au même mode
d'écriture, même si une certaine convergence des outils techniques peut tendre à les rapprocher. De
plus, les contraintes des statuts des personnels imposent de les rémunérer à la « pige » lorsqu'ils
travaillent pour une autre société d'audiovisuelle que leur employeur habituel ;
un soutien supplémentaire aux récents efforts de TV5 Monde, qui, dans le cadre de son plan
stratégique adopté en 2001, vise à faire de l'information la colonne dorsale des huit grilles de la
chaîne, tout en lui donnant une personnalité plus marquée. Ces moyens doivent, a minima, permettre
d'accroître le sous-titrage, pour l'instant réservé aux fictions, mais qui doit être étendu aux
documentaires, et à l'information. Votre Rapporteur spécial soulignera, pour s'en féliciter, que,
depuis le mois d'octobre 2002, a été largement réduite la place consentie aux éditions simplement
juxtaposées des journaux de chacune des chaînes francophones actionnaires, pour privilégier politique
éditoriale beaucoup plus cohérente. Mais TV5 n'a pas aujourd'hui pour ambition de devenir pour
autant une pure chaîne d'information ;
la mise en place d'une chaîne internationale beaucoup plus ambitieuse par France Télévisions,
avec un coût sensiblement plus élevé. Ce projet, qui pourrait s'inscrire aussi dans le projet de TNT
(cf. infra), serait susceptible de pallier la démotivation potentielle des équipes du groupe dans le cas
où ne se ferait pas la chaîne numérique d'information continue. Un tel projet valoriserait la capacité
internationale des rédactions actuelles, en particulier, de France 2, même si sa synergie avec les
moyens du groupe est moindre, quantitativement, que dans l'hypothèse d'une chaîne d'information
française continue s'appuyant aussi sur les rédactions régionales de France 3. Le coût a minima
d'une chaîne internationale, en langue française, diffusant sur l'Europe, l'Afrique francophone
et le Moyen-Orient, s'élèverait, en première approximation, environ à 40 millions d'euros.
Le choix à opérer est difficile, mais nécessaire, d'autant qu'il doit être effectué dans un contexte
encore fluctuant et aléatoire, en particulier compte tenu des incertitudes pesant sur le sort d'Euronews.
4.- L'adaptation de la convention collective applicable à
l'audiovisuel public
La plupart des dirigeants des entreprises concernées considèrent la lettre et l'application effective de
la convention collective applicable à l'audiovisuel public, au cours des dernières années, comme
autant de freins aux tentatives menées pour améliorer la gestion des ressources humaines, favoriser la
promotion interne et la progression des qualifications, développer la mobilité et, plus généralement,
améliorer l'adaptation des ressources humaines aux défis et aux contraintes de la modernisation de
l'audiovisuel, liés notamment à la numérisation des techniques. En particulier, il est sans doute
difficilement acceptable que l'évolution des métiers du journalisme, qui tendent partout ailleurs à un
rapprochement puissant entre écrit, photos et images numériques, permettant par exemple un
? 75 ?
rapprochement entre univers de la radio et de la télévision, soit plus ou moins figée par des obstacles
hérités des définitions des métiers du passé.
Inversement, la convention collective gère de la même manière des métiers qui n'ont que peu à voir,
notamment entre l'INA et les sociétés de programme . Un texte « chapeau », suffisamment souple,
mais avec des déclinaisons par entreprises, pourrait utilement se substituer à l'actuel cadre unique,
trop rigide.
Du point de vue des charges publiques, les mécanismes dits communément en «échelle de perroquet »
entre les différentes entreprises, autrement appelés « plans de rattrapage salariaux », constituent des
facteurs mécaniques puissants d'accroissement de la masse salariale. Ainsi, lorsque France-
Télévisions bénéficie d'accords salariaux favorables, alors même que le niveau des rémunérations y
est déjà très satisfaisant(47) , Radio France, puis RFI, puis finalement RFO sont conduites à négocier
un nouvel accord permettant de ne pas creuser l'écart, à l'instar de ce qui s'est déroulé en l'an 2000,
avec le passage aux 35 heures.
Enfin, les mécanismes fondés sur l'automaticité génèrent une hausse tendancielle importante de la
masse salariale, tout en conduisant à une surreprésentation des grades les plus élevés des carrières,
notamment parmi les journalistes.
Cette problématique transversale a été relevée par les différents rapports et critiques de la Cour des
comptes, qu'ils concernent, pour les plus récents, l'INA, RFI ou encore RFO.
Or, des avancées en la matière sont possibles. Ainsi, pour sa part, TDF est sortie avec succès et sans
drames de la convention collective de l'audiovisuel, pour évoluer vers celle des télécommunications,
rétroactivement depuis le 1er novembre 2000. De son côté, la holding France-Télévisions négocie
pour elle-même un accord d'entreprise, avec l'objectif de mettre fin aux automatismes. Enfin, France
5 n'a pas été intégrée dans la convention collective, ce qui d'ailleurs a conduit à l'interruption de la
négociation engagée en 1999 sur l'évolution de cette convention.
Une réflexion systématique sur cette question centrale paraît donc s'imposer aujourd'hui, à la
fois pour corroborer, ou peut-être infirmer, cette première appréciation par des investigations plus
exhaustives, pour décrire plus complètement cette problématique, pour en définir les enjeux et aussi,
sinon surtout, pour esquisser des perspectives envisageables de modernisation.
C'est la raison pour laquelle votre Rapporteur spécial a formulé au
Président de la commission des finances une demande d'enquête de la Cour des
comptes, s'inscrivant dans le cadre de la mission, constitutionnelle et organique,
d'assistance de celle-ci au Parlement, en application de l'article 57 de la loi
organique du 1er août 2001 relative aux lois de finances.
Par un courrier du 12 octobre dernier, le Premier président de la Cour des
comptes a très rapidement pu faire savoir au Président de la Commission des
finances que la Cour répondait favorablement à cette demande d'enquête, qui sera
inscrite au programme de travail de la Cour de 2003, et dont le résultat devrait
pouvoir être communiqué, après la procédure contradictoire, dans le courant du
dernier trimestre de l'an prochain. Votre Rapporteur spécial souhaite que ce délai
puisse être ramené au début octobre, de façon à ce que le résultat de l'enquête
nourrisse utilement la discussion budgétaire, à l'Assemblée nationale, du projet de
budget de la communication pour 2004. Cet apport s'avérerait particulièrement
nécessaire si le prochain projet de budget devait traduire financièrement certaines
(47) A titre d'information, le COM de France Télévisions mentionne ainsi que, dans le groupe, près de 400 salariés (en
réalité un peu moins) bénéficient d'une rémunération de plus de 70.000 euros bruts.
? 76 ?
décisions de financement relatives à la TNT, dont la mise en oeuvre au moindre coût
est fortement tributaire de l'évolution de la convention collective.
5.- Les prix de diffusion de TDF : quelle incidence du
changement d'actionnariat ?
La plupart des organismes auditionnés ont souligné le caractère élevé, sinon
excessif, du moins de leur point de vue, des coûts de diffusion de TDF(48).
Ainsi, le principal groupe public, France-Télévisions, rappelant que la
tarification du service de télédiffusion, hors Arte, par TDF représentait 162 millions
d'euros par an(49), a indiqué que, selon, son analyse, cette tarification « n'est pas
orientée vers les coûts », compte tenu du partage des infrastructures et de
l'amortissement de certains des équipements utilisés, « et que les prix élevés
pratiqués, notamment vis-à-vis des diffuseurs historiques, expliquent la bonne
rentabilité de l'entreprise ». Dans le cadre de la renégociation de ses contrats avec
TDF, venus à échéance le 31 décembre 2001 et maintenus depuis deux ans sans
support contractuel, France-Télévisions a demandé que, même si la loi lui fait
obligation de recourir à TDF, soit néanmoins mieux prise en compte sa situation de
premier client de celle-ci (dont le groupe concourre à 26 % du chiffre d'affaires).
France-Télévisions a souhaité, en application de ses propres engagements
d'économies pris dans le cadre de son COM, une réduction de 30 % de la
tarification d'ici à 2005 par rapport à 2001 (soit une économie de l'ordre de 45
millions d'euros).
De son côté, TDF fait valoir que, d'une part, les équipements utilisés sont
l'objet de dépenses de mise à niveau technique dépassant sensiblement la simple
maintenance, qui remettent donc en cause régulièrement l'amortissement supposé.
D'autre part, France-Télévisions a bénéficié de baisses régulières de tarifs, d'environ
2,5 % par an. Enfin, dans un marché qui demeure monopolistique de fait, sinon de
droit pour les chaînes publiques, l'entreprise qui l'exploite se doit de respecter le
principe d'égalité de traitement de ses clients, indépendamment de leur taille, et
considère qu'elle doit prendre comme base de référence les renégociations récentes
des contrats avec TF1 (en juin 1999), M6 (février 2000) et Canal Plus (février 2000),
tout en gardant à l'esprit que le réseau de France 2 comprend plus de réémetteurs
que celui de TF1, celui de France 3 étant, de loin, le plus développé de tous. Il est
cependant vraisemblable que, en l'absence, en pratique, d'une concurrence
effectivement substituable à court terme et à grande échelle à TDF, les opérateurs
privés précités se sont sans doute vus opposer le même principe d'égalité au regard
de leurs concurrents publics.
En tout état de cause, les changements récents d'actionnariat de TDF
peuvent modifier les données du problèmes : une partie du capital a en effet été
cédée en juillet 2002 par France Télécom, directement ou indirectement, à des
(48) On observera ainsi, à titre d'exemple, que Radio-France a souligné que la limitation, en 2001, de 2 % à 1,6 % du
glissement du coût de diffusion de TDF lui a permis de financer diverses actions nouvelles, et qu'elle a engagé un audit
technique des prestations de TDF au regard de son prix.
(49) Selon France-Télévisions.
? 77 ?
investisseurs privés (le britannique Charterhouse) ou publics (la Caisse des dépôts et
consignations, ainsi que sa filiale concurrentielle CDC-Ixis)(50). De même, les
perspectives d'ouverture du marché de la télédiffusion avec le projet de TNT, et
l'apparition d'au moins deux concurrents crédibles, dans le cadre d'un marché régulé
par le Conseil national de la concurrence, devraient conduire TDF, France-
Télévisions et les pouvoirs publics à rechercher une solution raisonnable et viable à
moyen et long terme, dans le cadre d'une relation commerciale redevenue plus
classique.
6.- Le renforcement de la légitimité du service public : le
contenu des programmes
a) Comment déterminer le contenu de programmes spécifiques au
service public ?
Certains ont pu manifester récemment des doutes sur la légitimité du
Gouvernement et, en particulier, du ministre chargé de la communication à se
prononcer sur le contenu des programmes du secteur public. Le fait que ce soit à une
personnalité indépendante, Mme Catherine Clément, que le ministre ait confié la
mission de réfléchir sur ce que devrait être le contenu culturel et éducatif des
émissions du service public, devrait contribuer à désarmer ces critiques, par ailleurs
excessives.
Dans ces conditions, votre Rapporteur spécial ne peut s'estimer qu'encore
moins légitime à exprimer une opinion sur le contenu de la grille des chaînes
publiques. Néanmoins, il est appelé, au nom de la commission des Finances, à se
prononcer sur les crédits proposés pour l'audiovisuel public. À cette occasion, il
importe de souligner que la légitimité du service public découle de l'objectif de se
refuser à la facilité que constitue le recours à la publicité. Il faut donc se féliciter du
« supplément d'exigence » auquel le Président de France-Télévisions(51) souhaite
parvenir.
Pour ce faire, la voie n'est pas si étroite entre l'enfermement élististe, et les
excès de la télé-réalité. Pour autant, la richesse et la variété comparées des
programmes diffusés sur le service public, par exemple les documentaires,
surtout diffusés à des heures de grande écoute, les choix de fictions ambitieuses(52),
la diversité sportive, la promotion des spectacles et des livres, les émissions de
débats, de politique et de culture, ne justifient pas nécessairement, par une sorte
de souci d'équilibre, la programmation de certaines émissions certes à audience
élevée, mais qui tendent néanmoins à se rapprocher de ces formes de télévisions par
ailleurs publiquement moquées, et en principe refusées par le service public.
L'absence de toute mention dans la communication de France 3 de l'émission
(50) Dont on ne peut que difficilement imaginer qu'ils n'aient tenu compte ni de la valeur du chiffre d'affaires de TDF avec
ses partenaires publics, ni des projets de développement de TDF dans la mise en place de la TNT. Dans le cadre de cette
cession, France Télécom conserverait 36 % du capital ; la Caisse des dépôts et consignations en acquiert 16 %, et
l'association CDC-IXIS/Charterhouse 45 %..
(51) Lors de la présentation de la grille de rentrée de France Télévisions le 3 septembre 2002.
(52) Il suffit de penser au récent « Napoléon » diffusé, en quatre épisodes, sur France 2.
? 78 ?
« C'est mon choix »(53), pourtant maintenue dans la grille de rentrée 2002, témoigne
peut-être de cette forme de schizophrénie et de facilité qui devrait être mieux évitée.
b) Le déficit de représentation des clients-usagers
La récente réforme de l'ordonnance organique du 2 janvier 1959 relative
aux lois de finances, comme le choix de recourir à des contrats d'objectifs et de
moyens, traduisent la préoccupation croissante de développer une culture de
gestion publique axée sur les résultats et leur évaluation, et plus seulement sur
le choix et le niveau des moyens.
Il est cependant frappant de constater que, dans le secteur public de la
communication, et abstraction faite de la mesure très quantitative que constitue la
part d'audience, les objectifs sont fixés, dans le meilleur des cas, sous la forme
d'orientations générales assez vagues, ou bien très quantitatives. Le plus souvent, ils
ignorent la prise en considération adéquate et qualitative de l'opinion des
auditeurs et téléspectateurs sur la qualité des programmes par rapport à leurs
attentes, notamment au regard du niveau de la redevance.
Or la réflexion sur le devenir de la redevance ne peut pas être menée
indépendamment de la prise en compte de l'opinion des auditeurs et téléspectateurs,
et sur les comptes et l'information qui doivent leur être rendus, au-delà du contrôle
spécifique par le Parlement prévu par la loi du 1er août 2000. Si le service public
audiovisuel doit avoir pour vocation de préserver de la facilité à laquelle contraint la
recherche de recettes publicitaires assurant le financement et la rentabilité
commerciale des chaînes privées, il doit néanmoins tenir compte de l'opinion de
ceux qui sont contraints de supporter la charge du financement des recettes de
substitution à la publicité. Dans cette perspective, il conviendra de trouver les
voies et moyens de développer le « lien citoyen » qui doit unir la télévision et la
radio publiques avec leurs clients, c'est-à-dire le public.
Actuellement, l'opinion des téléspectateurs et auditeurs paraît, en termes
qualitatifs, insuffisamment prise en considération, faute d'ailleurs d'être
parfaitement et régulièrement connue. Certes, le Contrat d'objectifs et de moyens de
France-Télévisions prévoit de « placer le spectateur au centre du dispositif élaboré
pour honorer les engagements de service public »(54). A cet effet, des efforts ont
effectivement été réalisés : installation du bureau des médiateurs le 6 juin 2002 ;
insertion des rapports des médiateurs sur les sites internet ; lancement d'un projet
d'amélioration des relations avec les téléspectateurs, homogène entre les trois
chaînes ; élaboration d'une « charte de l'antenne », présentant les engagements du
groupe vis-à-vis des spectateurs, avec une version définitive depuis mai 2002. De
même, le baromètre qualitatif permet-il, mais seulement tous les douze mois, de
quantifier les taux de satisfaction des spectateurs, pour chaque chaîne, sous un
(53) Qui, même si la ministre chargée de la famille du précédent Gouvernement a pu la soutenir publiquement, donne à voir
des personnes dont l'équilibre du comportement ne constitue sans doute pas la caractéristique principale, alors qu'elles
pourraient être, en raison même de leur apparition sur le service public, considérées par les spectateurs comme, d'une
certaine manière, exemplaires.
(54) Mission II du COM 2001-2005.
? 79 ?
certain nombre d'aspects, avec des objectifs prenant comme point bas ceux mesurés
en 2001. Le COM prévoit également que, pour se rapprocher de la structure
moyenne du public de la télévision, est mesuré un indice d'affinité par chaîne. Enfin,
les objectifs prennent en compte l'audience cumulée sur la journée, ainsi que la part
d'audience.
Globalement, en 2001, les résultats de ces différents indicateurs sont
d'ailleurs plutôt satisfaisants, à l'exception de la faiblesse structurelle sur
l'auditoire des 4 à 34 ans et sur les actifs, contrepartie de l'audience sensiblement
plus forte que la moyenne sur les plus de 60 ans, pour les trois chaînes.
On observera que la multiplication de ces différents indicateurs peut
traduire des objectifs parfois difficilement conciliables. C'est notamment pourquoi,
fort heureusement, le COM n'inclut pas d'objectifs quantifiés directs en part
d'audience (même si la référence aux objectifs de recettes publicitaires lui est plus
ou moins directement liée). Cette contradiction ne reflète cependant que la difficulté
à déterminer ce que doit être la mission du service public audiovisuel.
Au-delà, ces indicateurs demeurent incapables d'orienter positivement
la direction des chaînes, car il s'agit de mesures a posteriori, d'un niveau
extrêmement global, et, souvent trop strictement comptables. Ainsi que l'a
indiqué lui-même le président de France-Télévisions(55), « pour juger une grille et
fixer des objectifs, il serait préférable de s'intéresser au contenu des émissions et à
l'approche des sujets plutôt que de faire une stricte comptabilité par genre ». Mais
seuls les spectateurs peuvent porter une appréciation fondée sur le contenu.
Quant aux relations avec les auditeurs en réponse à leur courrier, quelle
qu'en soit la forme, elles subissent un biais systématique (dû au fait que toute la
population française ne fait pas l'effort, ou n'a pas le temps, d'écrire, et que,
lorsqu'elle le fait, c'est sans doute plutôt pour se plaindre de graves excès, de
manière ponctuelle).
Il est vrai que les associations de téléspectateurs ont progressivement
disparu, une seule(56) demeurant active, après avoir connu une longue phase de
sommeil. Sa représentativité est généralement estimée trop faible pour que les
opinions qu'elle professe soient prises en compte. Mais cette représentativité ne peut
précisément être développée, faute de moyens juridiques, et faute de moyens
matériels. De même, la pluralité des opinons n'existe pas, en l'absence de structures
alternatives à celle encore en activité.
L'article 46 de la loi du 1er août 2000 avait prévu la création, auprès de
France Télévisions, d'un conseil consultatif des programmes, composé de vingt
membres nommés pour trois ans, choisis par tirage au sort parmi les redevables de la
redevance audiovisuelle. Ce conseil était chargé d'émettre des avis et des
recommandations portant sur les programmes. Toutefois, en l'absence du décret
nécessaire pour définir la procédure de tirage au sort, compte tenu des risques
(55) Audition du 18 septembre 2002 devant la commission des affaires culturelles, familiales et sociales de l'Assemblée
nationale.
(56) Association Les pieds dans l' PAF.
? 80 ?
présumés de non-représentativité d'une sélection de vingt personnes sur plusieurs
millions de redevables, ce conseil n'a pas vu le jour.
La représentation des auditeurs au sein du Conseil d'administration de
France Télévisions est, pour sa part, réduite à la désignation par le CSA d'une
personne qualifiée « issue du monde associatif ». En l'occurrence, il s'agit du
président d'une association de médecine d'urgence qui, quelle que soient ses qualités
intrinsèques, n'a aucun rapport avec la télévision et l'audiovisuel. L'obligation d'une
représentation du monde associatif au sein du Conseil d'administration n'existe pas,
pour leur part, pour Radio France, RFO ou RFI.
Ainsi, l'évaluation des programmes est limitée, en pratique, à l'avis de
l'administration chargée de la tutelle de l'audiovisuel et du pouvoir politique qui en
a la responsabilité, ainsi qu'au CSA, qui n'est toutefois, dans la logique de
l'organisation du secteur de la communication, qu'une autorité de régulation,
chargée de s'assurer du respect des règles fixées par la loi ou par ses propres
décisions.
Il conviendrait donc, soit de faire en sorte que le décret prévu pour
constituer le conseil consultatif soit enfin élaboré, soit, si le risque statistique d'une
non-représentativité devait continuer à être jugé redéhibitoire, d'en modifier la
composition pour s'appuyer sur les représentations intermédiées que sont les
associations. Un tel choix supposerait cependant d'organiser la représentativité de
celles-ci, par exemple en s'appuyant non seulement sur celles existantes dans le
domaine spécifique de l'audiovisuel, mais également sur les structures multiples et
pluralistes en charge de la défense des intérêts des consommateurs.
D'autres voies pourraient également utilement être explorées, comme une
information plus systématique, éventuellement sous la forme d'émissions
intégrées dans la grille, sur le coût et le fonctionnement du service public et de
ses émissions. Celles-ci seraient de nature à permettre de mieux faire prendre
conscience du coût de la télévision à la fois aux acteurs et aux spectateurs payeurs,
dans la limite, naturellement, du caractère confidentiel inhérent à des activités
concurrentielles.
En tout état de cause, il faut améliorer l'ancrage participatif du secteur
public de l'audiovisuel, surtout dans l'hypothèse où il demeurerait financé par une
taxe, dont le paiement exige un minimum de civisme fiscal.
C.- LES ENJEUX PROPRES A LA TELEVISION
L'année 2003 sera marquée, pour la télévision publique, par le nouveau
calendrier de la TNT, qui pourrait profondément modifier, à terme, l'équilibre actuel
du paysage audiovisuel français.
? 81 ?
1.- L'équilibre du paysage télévisuel français : évolution lente
ou révolution prochaine ?
a) L'érosion des chaînes historiques
Actuellement, l'équilibre du paysage télévisuel en France repose sur un
secteur public représentant environ 40 % de l'audience, et sur des chaînes privées
assurant le complément, avec une très faible partie mixte sur les chaînes thématiques
à partenariat public-privé.
Mais, après une phase de relative stabilité du nombre des acteurs,
l'équilibre du paysage audiovisuel subit, avec le développement de l'offre du câble
et du satellite, et de la demande de diversité des téléspectateurs, une évolution lente
mais de fond, se traduisant par une diminution progressive de l'audience des chaînes
historiques (France Télévisions, mais également TF1, et M6). Ainsi, la part de
marché des chaînes de complément atteignait, sur le premier semestre 2002, 32,2 %
sur les spectateurs de plus de 4 ans ayant accès à cette offre élargie, (contre 28,9 %
en janvier 1998), et 50 % pour les foyers avec des enfants. Or, sur l'offre élargie du
câble et du satellite, le service public apparaît perdre des parts d'audience
beaucoup plus importantes, en valeur comme en proportion, que ses
concurrents généralistes privés, augurant de difficultés prévisibles à terme de
quelques années.
PART D'AUDIENCE COMPAREE DES CHAINES HERTZIENNE, TOTALE ET SUR LE
CABLE/SATELLITE AU PREMIER SEMESTRE 2002
(en %)
TF1 F2 F3 F5 soit France-
Télévisions
Arte Canal + M6 Chaînes de
complément
Total 32,4 20,9 16,7 2,1 39,7 1,5 3,6 13,6 9,2
câble-satellite 26,5 14,9 11,1 0,9 26,9 0,8 3,7 9,8 32,2
Source : Mediamétrie/MediaCabSat
Le développement de la demande sur le câble et le satellite, avec deux
acteurs(57) concurrents, mais libres de la modulation de leur politique de tarification,
notamment entre les chaînes thématiques du groupe de leurs actionnaires et les
autres, n'apparaît pas totalement équilibré aujourd'hui, aux dires de multiples
observateurs, bien que la présence de deux opérateurs satellitaires constitue en soi
déjà une spécificité en Europe. Le groupe France-Télévisions estime lui-même que
la diffusion en exclusivité sur un seul opérateur de satellite, piloté par un groupe
concurrent direct en hertzien, pourrait constituer une menace à terme Cette situation
milite d'ailleurs pour le soutien au projet de TNT, dans lequel le diffuseur, sans être
régulé directement, doit tenir compte du choix initial des chaînes retenues par le
CSA.
Aujourd'hui, l'audience des chaînes thématiques du groupe TF1(58)
(21,4 %), voire du groupe AB(59) (16 %), et Canal Plus (60)(20 %) est
(57) CanalSatellite et TPS, dont le rapprochement est cependant régulièrement évoqué par l'un ou l'autre des acteurs du
paysage audiovisuel.
(58) Avec, notamment, Eurosport, LCI, TF6 et Odyssée.
? 82 ?
incomparablement supérieure à celle du service public (3,4 %), particulièrement
absente sur le segment des 4-14 ans (0,7 %). La présence du secteur public parmi
les chaînes thématiques est en effet limitée à huit chaînes en partenariat (Mezzo,
fusionnée avec Muzzik en 2001 ; Histoire ; Régions ; Festival ; Planète Thalassa, et
une participation très minoritaire dans Gourmet TV, ainsi qu'Euronews et TV5
Monde), avec des audiences plus ou moins réduites(61).
On peut toutefois raisonnablement penser, aujourd'hui, que cette prudence
n'était pas erronée pour le service public, compte tenu des difficultés de l'ensemble
des chaînes thématiques, qui fonctionnent, encore aujourd'hui, comme une
« économie de pertes ». Ainsi, l'investissement global de 38,6 millions d'euros dans
les chaînes thématiques de France Télévisions représente-t-il, de 1996 à 2001, un
déficit net cumulé de 47 millions d'euros, peu (sauf Histoire en 2001, et Festival
depuis 2000) ayant atteint l'équilibre annuel, et aucune n'ayant atteint le plancher
du retour sur l'investissement initial.
Par ailleurs, le marché de la publicité apparaît singulièrement concentré,
avec un nombre d'acteurs extrêmement réduit, parmi lesquels TF1 (avec 54,6 % en
2001) se taille la « part du lion », devant M6 (22,9 %), puis France Télévisions
(19,9 %). Le projet de TNT pourrait avoir pour effet d'ouvrir le secteur de la
télévision et de la publicité à de nouveaux entrants sur des chaînes généralistes, et,
en conséquence, de significativement faire évoluer le paysage audiovisuel(62).
Enfin, votre Rapporteur spécial ne peut évoquer le paysage télévisuel
français sans mention la chaîne parlementaire, avec ses deux déclinaisons à
l'Assemblée nationale et au Sénat. Mais ni LCP-AN, ni Public Sénat n'entrent dans
le champ de la répartition de la redevance audiovisuelle, puisque leurs budgets et
leurs ressources sont inscrites sur les dotations budgétaires de chacune des deux
assemblées. Il y a cependant lieu de rappeler que, dans le cadre du projet de
télévisions numérique terrestre, un seul canal est prévu, de droit, pour les deux
programmes parlementaires. Ceux-ci devront donc organiser leur grille de manière
commune pour ce mode de diffusion.
b) La question du devenir de France 2
Un hebdomadaire spécialisé dans l'information sur l'actualité télévisuelle et
culturelle titrait récemment, en première de couverture(63), « France 2 privatisée », et
développait ce sujet dans un long article prenant la forme d'un exercice de politiquefiction
à moyen terme.
Si celui-ci était évidemment fictif, la question du devenir de cette chaîne
publique ne peut pour autant être totalement écartée, même si, dans l'immédiat, elle
(59) Avec, notamment, RTL9,l'une des premières audiences du câble, mais établie au Luxembourg, et AB1, en particulier
(60) Avec Planète, Canal Jimmy, I-télévision, 13ème rue.
(61) Dans l'ordre décroissant des parts d'audience : TV5 : 0,5 % ; Euronews : 0,2 % ; Festival : 0,2 % ; Histoire : 0,1 % ;
Régions : 0,1 % ; Mezzo : <0,1 % ; Planète Thalassa est trop récente pour que son audience soit mesurable. La part
d'audience d'Histoire tend à croître régulièrement, et atteindrait aujourd'hui 0,3 %.
(62) Le CSA a retenu, parmi les chaînes gratuites, celles des groupes Hachette, Pathé, et AB. En revanche, il a exclus la
chaîne RTL9, réalisant pourtant la première audience des non-historiques sur le câble et le satellite.
(63) Télérama, n° 2750 du 28 septembre 2002
? 83 ?
n'est pas à l'ordre du jour. Pour autant, d'elle dépend la pérennité de tout l'équilibre
du paysage audiovisuel français. Mais l'orientation à définir en la matière est
tributaire de la réponse à de multiples questions de fond, qui n'ont rien d'évident et
qui ne peuvent se satisfaire de simples préjugés :
- comment concilier un financement public reposant sur la quasi-totalité de
la population, avec les contraintes dites de qualité du service public, en termes de
programmes, et de satisfaction de la demande des spectateurs, en termes
d'audience ? En d'autres termes, peut-on financer un service public par des recettes
publiques si celui-ci est limité à une part de l'audience devenue largement
minoritaire ? Un secteur public fort peut-il durablement se contenter d'une audience
très réduite ?
- inversement, faut-il inévitablement finir par choisir entre le modèle du
secteur public sans publicité, à la britannique ou à l'allemande, financé par une
redevance beaucoup plus élevée qu'en France(64), et le secteur privé, uniquement
financé sur ses recettes publicitaires ou commerciales dérivées ?
D'un autre point de vue, la gestion du secteur public ne s'est longtemps pas
caractérisée par le souci d'économies des ressources qui aurait dû être le sien. En
particulier, les charges de personnels liées aux contraintes de la convention
collective de l'audiovisuel public apparaissent constituer un facteur structurel de
dérive des charges trop important. Mais la croissance des rémunérations résulte aussi
des conditions imposées par l'acuité de la concurrence, lorsqu'elle s'exerce sur
des segments comparables à ceux du secteur public.
En l'état actuel, l'hypothèse d'une privatisation totale de France 2
paraît largement irréaliste à court terme, pour plusieurs raisons :
- la chaîne est encore financée aux deux-tiers par la redevance. Imposer,
du jour au lendemain, un financement intégral par la publicité aurait pour effet
immédiat de déstabiliser profondément le marché de la publicité télévisée. Un
transfert de recettes de publicité pourrait sans doute s'opérer de France 3 vers
France 2, dans le cas où la première ne serait plus financée que par des ressources
publiques. Il est vrai, par ailleurs (cf. supra) que le marché de la publicité est
actuellement réparti d'une manière extrêmement concentrée entre les deux
principales chaînes généralistes privées ;
toute la gestion de la chaîne et de France Télévisions a conduit, pendant
les dernières années, à réduire la fracture entre France 2 et France 3. Le siège est
devenu commun, et partagé. De nombreux services ont été mis en commun au sein
de la holding, même si des efforts restent encore à faire, notamment dans le sens
d'un rapprochement des rédactions ;
(64) Environ 190 euros en Allemagne.
? 84 ?
en France, comme dans la plupart des pays européens(65), l'équilibre
public-privé dans le secteur audiovisuel ne marginalise pas le secteur public.
Par ailleurs, le secteur public comprend souvent au moins deux chaînes, dont une
généraliste et une régionalisée(66). Or, en l'état actuel des audiences respectives des
chaînes publiques, France 3, France 5 et Arte ne représentent au total qu'environ
20 %. Certes, dans l'hypothèse d'une privatisation de France 2, France 3 serait
vraisemblablement conduite à changer de nature, car elle souffrirait brutalement
d'un fort déficit dans plusieurs domaines, notamment dans celui du sport.
En revanche, à périmètre du secteur public inchangé, peuvent être
imaginés des modèles alternatifs, associant, d'une part, gestion plus privée, et,
d'autre part, maintien de la majorité publique du capital et des objectifs de service
public, sous réserve, naturellement, de ne pas tomber dans les travers que peut
symboliser aujourd'hui une entreprise publique comme France Télécoms.
c) La remise en cause du modèle économique de Canal Plus ?
Canal Plus est la chaîne française la plus originale, à plusieurs titres : son
rôle de première chaîne privée française , avec un modèle économique unique ; son
ton spécifique ; son rôle particulier, sinon essentiel, dans la production et la diffusion
du cinéma français ; enfin, son exclusivité originelle en matière de sports, et
notamment de football.
Mais le devenir de ce modèle, qui trouve son origine dans les années 1980,
apparaît sensiblement plus délicat aujourd'hui qu'il y a encore seulement quelques
années. En effet, ses exclusivités sportives et de diffusion de films récents sont
battues en brèche par la concurrence des chaînes thématiques, qui ne subissent pas
pour autant les mêmes lourdes contraintes de financement du cinéma. Le coût des
droits sportifs fragilise le modèle économique de la chaîne. La diffusion de films
pornographiques, autre particularité de la chaîne, est également remise en question.
De surcroît, la chaîne semble plutôt tendre à « perdre » des abonnés.
Par ailleurs, l'actionnaire du groupe Canal Plus a connu, et connaît encore,
des difficultés qui n'ont pu échapper à personne en France. Sans revenir sur ce
sujet(67), il demeure que l'État ne peut se désintéresser de la question, ne serait-ce
qu'au regard des conséquences sur le paysage audiovisuel d'une éventuelle
cession de la chaîne, compte tenu des règles de concentration des sociétés de
l'audiovisuel français. Au demeurant, suivant les acquéreurs, le maintien de deux
bouquets satellitaires concurrents pourrait être remis en question, ce qui supposerait
d'imposer un minimum de cadre de régulation au bouquet unique susceptible, dans
ces conditions, de succéder à TPS et CanalSatellite.
(65) Par exemple, en Allemagne, selon les informations transmises par l'Ambassade de France à Berlin, le secteur public
généraliste (13,7 % de part de marché d'audience pour l'ARD, 13,0 % pour la ZDF) et thématique (programme culturel
3 Sat, Arte le programme pour enfants, Kinderkanal et le programme documentaire Phoenix) totalisent 50 % de
l'audience. Le principal concurrent privé est RTL. Mais il est vrai que la situation allemande diffère de celle de la
France par l'importance du nombre de foyers raccordés au câble (55 %) et au satellite (35 %).
(66) Pour reprendre l'exemple allemand : la chaîne nationale ZDF, et les huit chaînes généralistes régionales de
l'ARD,(auxquelles s'ajoute das Erste, chaîne généraliste nationale de l'ARD).
(67) Votre Rapporteur renverra, pour plus de détails, à son rapport sur la proposition de résolution tendant à créer une
commission d'enquête sur Vivendi Universal (n° 181 du 6 août 2002 ).
? 85 ?
La cession de Canal Plus semblait toutefois avoir été, pour l'instant,
écartée par le nouveau Président de Vivendi Universal. Mais le dossier n'est peutêtre
pas définitivement clos, même si les récentes décisions du CSA sur les chaînes
susceptibles d'émettre en numérique hertzien ont pu donner aux éventuels candidats
au rachat de Canal Plus une possibilité d'entrer, à moyen terme, dans le paysage
audiovisuel par une voie moins difficile. Quoi qu'il en soit, cette question appelle
évidemment un examen particulièrement attentif de la part des pouvoirs publics,
sans compter, naturellement celui, confié par la loi au CSA, portant sur les règles de
détention du capital.
d) Télévisions locales et décrets production : deux questions
importantes pour l'avenir du paysage
Sans les développer ici trop longuement, votre Rapporteur spécial
s'attachera à souligner deux points importants à ses yeux, relatifs à l'évolution du
paysage audiovisuel français :
a) certains regrettent que les contraintes législatives et réglementaires en
vigueur (dispositif dit « monomédia » prévu par le 2ème alinéa de l'article 41 de la
loi du 30 septembre 1986 ) interdisent aujourd'hui l'adossement de chaînes locales
à des opérateurs de télévision nationaux. Pourtant, les télévisions locales
paraissent précisément difficilement viables de manière totalement isolée. Le récent
accord entre la régie de France 3 (France Télévisions publicité) et celle de la chaîne
de télévision locale Clermont Première (régie Centre France publicité) en montre
clairement l'intérêt, avec la création d'une offre publicitaire locale commune. Ce
point appellerait de la part des pouvoirs publics une nouvelle réflexion, plus
approfondie, notamment dans le cadre de l'appel d'offres à venir du CSA pour la
télévision numérique locale ou régionale ;
b) les décrets d'application de la loi du 1er août 2000, de juillet et décembre
2001, relatifs à la contribution des diffuseurs hertziens en clair au développement de
la production d'oeuvres cinématographiques et audiovisuelles, dits «décrets
production », résultent d'un arbitrage qui pourrait être prudemment réexaminé. En
effet, les incidences des contraintes auxquelles ils donnent lieu paraissent
interprétées de manière singulièrement contradictoire par les différents acteurs.
L'équilibre recherché, d'une part, entre les producteurs indépendants et les sociétés
de production des groupes de communication, et, d'autre part, entre les producteurs
en général et leurs clients que sont les diffuseurs pré-acheteurs de droits, ne paraît
pas aujourd'hui totalement atteint. De même, l'obligation faite aux diffuseurs de
d'investir dans la création paraît assez unique en Europe : seules l'Italie et l'Espagne
y ont eu recours, pour des genres spécifiques (programmes pour enfants en Italie,
fictions et films en Espagne).En tout état de cause, le poids du client dominant, les
débats sur la propriété des droits après la première diffusion et à l'étranger, voire
l'interdiction de produire directement par les chaînes, constituent autant de
questions faisant encore débat entre les acteurs.
? 86 ?
2.- La Télévision numérique terrestre : un calendrier initial
intenable
Compte tenu du décalage dans la mise en oeuvre de la TNT (Télévision
numérique terrestre), qu'a dû décider le Gouvernement rapidement après son entrée
en fonction, notamment eu égard au retard pris par le CSA lui-même pour lancer son
premier appel d'offres, le dossier de la TNT n'aura pas en 2003 de véritable
incidence budgétaire, sinon en « creux », c'est-à-dire sous la forme de dépenses -
et d'économies de gestion- qu'il n'est pas nécessaire de prévoir, principalement
dans le budget de France-Télévisions et d'Arte.
De même, le compte d'affectation spéciale des recettes de privatisation sera
également allégé de la dotation en capital de 150 millions d'euros qu'il était
initialement prévu de répartir sur deux exercices en début de lancement du projet,
pour financer à la fois les 100 millions d'euros d'investissements nécessaires sur les
trois premières années, et les 160 millions d'euros de déficit d'exploitation non
autofinançable par les chaînes publiques pendant les 5 premières années.
Depuis plus de cinq ans, le projet de la TNT a certes été placé sous les
auspices d'un grand nombre d'études, de toutes natures et des meilleurs augures. Il
n'empêche que, jusqu'au printemps dernier, il a singulièrement manqué de
perspectives claires et du pilotage, - pas nécessairement par l'État lui-même, qui
doit conserver une certaine neutralité technologique-, dont un projet de cette
ampleur, susceptible de modifier la vie quotidienne domestique de la quasi-totalité
des ménages, aurait légitimement dû bénéficier.
Après une décision législative dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle
a été placée sous le signe d'une certaine précipitation et d'un manque complet
d'informations de la Représentation nationale, l'ensemble du projet a ensuite été
caractérisé par la sous-estimation des difficultés résultant de plusieurs des
contraintes techniques préalables aux premières émissions.
Celles-ci ont été clairement relevées par le CSA d'abord, puis éclairées par
le rapport remis le 18 octobre dernier au Premier ministre par M. Michel Boyon.
Celui-ci a tracé les nombreuses étapes techniques, administratives et économiques(68)
préalables à la réception en grandeur nature par les ménages de ce nouveau mode de
diffusion. Même au plus serré, le lancement concret pour les spectateurs ne pourrait
que difficilement avoir lieu avant l'extrême fin de l'année 2004, pour 40 % de la
population, avec une deuxième phase d'extension à 50 % de la population au plus tôt
à la fin de l'automne de l'année suivante, et la couverture des 110 zones
sélectionnées par le CSA au plus tôt en 2008. Le calendrier qui prévoyait une
émission à la fin 2002, paraît donc aujourd'hui singulièrement irréaliste, par la sousestimation
de difficultés de fond multiples, et d'ailleurs pas encore touts résolues :
Les principales difficultés immédiates ont trait aux délicates questions
du réaménagement des fréquences nécessaire à la libération des canaux
indispensables à la diffusion numérique, de son financement et de son
(68) au moins 128 étapes différentes sont dénombrées par le rapport de Michel Boyon.
? 87 ?
calendrier. En effet, les 1.500 réaménagements prévus(69) affecteront de 850.000 à
1,7 million de foyers, ce qui impose une organisation de grande ampleur, et le
financement à la fois du coût de l'intervention sur les émetteurs (26 à 31 millions
d'euros), et chez les particuliers (18 à 53 millions d'euros). Ce coût ne recouvre pas
celui de l'intervention qui, dans 30 % des maisons individuelles et 50 % des
immeubles collectifs, sera également nécessaire pour intervenir sur les antennes
pour permettre d'accéder, dans un deuxième temps, aux nouveaux programmes.
S'agissant du financement de ces 44 à 84 millions d'euros, le
Gouvernement a fait savoir, dès le 22 octobre, qu'il doterait le FRS (Fonds de
réaménagement du spectre) géré par l'ANF (Agence nationale des fréquences) d'un
supplément de 15 millions d'euros. Ce montant est nécessaire en 2003 pour
préfinancer la première tranche de ces dépenses, compte tenu des 17 millions
d'euros à la disposition, actuellement, du FRS. Ce financement devrait logiquement
trouver sa place dans le projet de loi de finances rectificative pour 2002 à venir
prochainement. La seconde tranche, et le coût final lui-même, demeurera à la charge
des éditeurs de chaînes, selon le principe de mutualisation arrêté par l'appel d'offres
du CSA. Celui-ci exigera toutefois une disposition législative pour en confirmer le
fondement juridique. Dans ce schéma, fondé sur une hypothèse médiane d'un coût
global de 64 millions d'euros, le coût à ventiler par chaîne s'élèverait in fine à 2,1
millions d'euros, sur la période 2004-2008, avec une montée en charge progressive.
Par ailleurs, demeure la difficulté pour TDF de procéder, concrètement, au
réaménagement des fréquences des opérateurs privés. Ceux-ci n'en ont pas accepté
le principe, parce qu'ils estiment, légitimement, que l'opération constitue un
brouillage de leur relation avec leurs spectateurs, qui doivent en effet, s'ils sont
concernés par le réaménagement, modifier le réglage du tuner de leur téléviseur. De
son côté, faute de texte législatif adéquat, TDF ne s'estime pas en mesure,
juridiquement, de les y contraindre.
En tout état de cause, le calendrier du réaménagement, qui devait être
achevé en février 2003, ne pourra manifestement pas être tenu. Les délais des
travaux des 500 premiers réaménagements sur les 29 premiers sites sont estimés par
TDF à environ douze mois. Pour les 1.000 suivants, 18 mois à deux ans seraient
nécessaires, mais les travaux pourraient être menés au fur et à mesure de la
publication par le CSA de la liste des fréquences. Par ailleurs, la construction des
réseaux de diffusion est ensuite estimée, toujours par TDF, entre un an et dix-huit
mois pour les 110 premiers sites, une fois les fréquences connues.
La seconde difficulté est liée à la nécessité de faire émerger un
distributeur commercial, compte tenu des incertitudes fortes pesant sur la
rentabilité du projet. En effet, le distributeur devra assumer seul le coût du lancement
commercial, alors que son modèle économique ne sera pas parfaitement éclairci,
faute de visibilité, et que le choix des chaînes a été arrêté non pas par ce diffuseur,
mais par le CSA. Ce dernier n'a pourtant pas vocation à organiser économiquement
(69) Au minimum. Les estimations initiales du CSA ne s'élevaient qu'à 800 ou 900.
? 88 ?
ce secteur, même si les préoccupations commerciales ne lui auront évidemment pas
totalement échappé.
Actuellement, la plupart des acteurs favorables au lancement du projet TNT
estiment cependant, de manière quelque peu volontariste, que la perspective de
l'offre créera la demande chez les téléspectateurs, et que cette anticipation de la
demande générera les candidatures des distributeurs éventuels. Si ce raisonnement
est aujourd'hui le seul qui puisse être tenu, faute de mieux, il n'en demeure pas
moins que les candidats ne sont pas nombreux, alors que, s'il ne devait exister qu'un
seul distributeur, il devrait, conformément aux conclusions du rapport établi par
M. Jérôme Gallot en février 2002, respecter un certain nombre de contraintes fortes,
indispensables pour réguler son monopole. Les opérateurs actuels du câble et du
satellite n'ont pas nécessairement un intérêt immédiat à investir un champ
commercial directement concurrent de leur offre actuelle, et supposant lui-même
des investissements importants(70). De son côté, France Télécom n'est pas
nécessairement en situation de supporter un investissement supplémentaire risqué.
D'autres solutions sont cependant envisageables, ainsi que l'a souligné le rapport de
Michel Boyon, fondées plus sur la capacité à gérer un vaste réseau de clients, donc
de points de vente, que sur une compétence particulière en matière audiovisuelle.
En tout état de cause, la question de la diffusion apparaît intimement liée
à celle de la viabilité économique des chaînes gratuites et payantes, découlant
elle-même des recettes de publicité susceptibles d'être générées par l'audience
potentielle, dans un marché publicitaire qui, en 2001 et 2002, n'apparaît pas
particulièrement porteur . Ces recettes devraient financer un coût de grille variable
suivant les chaînes retenues, mais qui devrait être en moyenne de l'ordre de
15 million d'euros par an selon le CSA. .Toutefois, le choix du CSA de ne retenir
pour la TNT qu'un nombre limité de chaînes entièrement nouvelles, et en particulier
aucune payante, devrait permettre de limiter la pression sur le marché publicitaire et
les risques économiques à court terme.
La troisième question est celle du financement des éditeurs de
chaînes. En effet, les plans d'affaires des chaînes gratuites mais aussi des chaînes
payantes, sont assis sur des prévisions de recettes publicitaires dont le cumul excède
sans doute sensiblement les capacité de croissance spontanée du marché publicitaire
actuel, à législation inchangée. Un élargissement du marché publicitaire supposerait
l'ouverture de certains secteurs interdits, avec des conséquences potentiellement
délicates sur d'autres médias, notamment la presse quotidienne régionale et les
radios privées. Le rapport de M. Michel Boyon n'a pas répondu à cette question, en
renvoyant à la consultation demandée par le Gouvernement sur ce sujet (cf. infra).
Enfin, votre Rapporteur spécial se doit de souligner que l'une des
questions qui lui semble parmi les plus importantes soulevées par le projet n'a
toujours pas trouvé une réponse claire, bien qu'elle concerne directement les
spectateurs. Il s'agit du taux de couverture, de la répartition géographique de la
(70) Inversement, aucun des opérateurs existants ne sera sans doute particulièrement désireux de laisser le champ libre à ses
concurrents directs.
? 89 ?
couverture, et des modalités d'obtention d'une télévision numérique effectivement
accessible à tous, en particulier dans la perspective, aujourd'hui écartée mais sans
doute prévisible dans l'hypothèse d'un succès rapide de la TNT, de la disparition
totale à terme de la diffusion analogique. Cette question est essentielle, ainsi que le
montrent depuis quelques années la récurrence et la prégnance des débats concernant
les zones blanches de la couverture de la radiotéléphonie mobile.
En effet, la couverture correspondant aux 29 premières zones retenues dans
un premier temps par le CSA, puis aux 110 zones couvertes dans une seconde
phase(71), n'est pas connue de manière précise. Pour le premier déploiement, le taux
de couverture serait de l'ordre de 40 à 50 %, et pour le second, les estimations vont
de 70 à 85 % de la population, ce qui laisse de côté une fraction, considérable,
allant de 15 à 30 % des ménages. Pour ceux-ci, le surcoût de couverture hertzienne
marginale supplémentaire exigerait des moyens rapidement dissuasifs.
De surcroît, cette fraction serait celle qui, pour tous les développements
technologiques, pâtit de sa localisation soit en milieu rural peu dense, soit en zone de
montagne. La TNT présenterait d'ailleurs une particularité nouvelle en la matière,
dans la mesure où la couverture prévue, en raison de difficultés techniques liées aux
négociations de réaménagements de fréquences avec les États voisins, serait
concentrée, pour la première période, sur la moitié Ouest du pays, traçant ainsi une
quasi-frontière technologique passant au milieu de la France.
Au-delà, demeure la question du mode d'accès, pour les 15 à 30 % de la
population restante, à la télévision numérique gratuite. La réponse la plus
fréquemment fournie à votre Rapporteur spécial sur ce sujet central est soit celle
d'une couverture par le satellite, avec une aide publique permettant de garantir l'égal
accès gratuit sur tout le territoire, soit celle de l'internet à haut débit avec l'ADSL,
mais sans doute à un terme plus lointain. Mais, si cette modalité de couverture devait
représenter 30 % des foyers, votre Rapporteur spécial continue à s'interroger sur
les raisons qui ont conduire en 2000 à privilégier la numérisation de la diffusion
hertzienne, plutôt que la généralisation, avec une aide publique, d'une diffusion
numérique repensée par satellite. Celle-ci aurait notamment pu prendre la forme
d'un bouquet limité gratuit, du type « service antenne » actuellement déployé pour le
câble dans les immeubles collectifs.
Cette question pourrait aujourd'hui paraître d'arrière-garde, compte tenu
des décisions récemment prises par le CSA et par le Gouvernement. Il n'empêche
que les réponses généralement avancées sur ce sujet ne sont pas entièrement
convaincantes. Ainsi, celles qui ont trait à l'impossibilité de réguler, voire de
contrôler, la diffusion satellitaire n'est pas cohérente avec le fait que celle-ci resterait
le mode de diffusion pour une proportion des ménages pouvant représenter jusqu'à
30 % de la population. Par ailleurs, la diffusion satellitaire existe déjà. De même, le
coût de la parabole pour le consommateur ne constitue pas non plus une réponse
convaincante, dans la mesure où il n'est pas d'un ordre de grandeur
significativement supérieur au prix présumé du futur décodeur de TNT, soit de
l'ordre de 150 euros. Enfin, le coût d'investissement dans les émetteurs, et de
(71) En principe, les 30 sites de la seconde vague devraient faire l'objet d'une publication par le CSA le 31 décembre 2002,
et les 21 derniers le 31 mars 2003.
? 90 ?
diffusion ultérieure pour les éditeurs de chaînes, risque d'être sensiblement plus
élevé que celui d'une diffusion satellitaire.
Votre Rapporteur spécial relèvera également l'idée parfois avancée que le
financement final de la couverture pourrait être réalisé par la mise en vente des
fréquences qui seraient libérées par l'arrêt total de la diffusion analogique.
La question de la couverture devra faire l'objet d'une analyse approfondie
par le Gouvernement dans le rapport prévu par l'article 46 de la loi du 1er août 2000,
sur la couverture des zones d'ombre et le délai d'arrêt de la diffusion hertzienne
analogique, qui devrait être transmis au Parlement à l'été 2003. Il est cependant loin
d'être certain que, d'ici là, toutes les perspectives se soient complètement éclaircies.
Quoi qu'il en soit, c'est au Gouvernement actuel qu'il revient de
répondre clairement aux questions non résolues par le Gouvernement
précédent : selon quel calendrier et à quel coût pour l'État ou pour d'autres
financeurs, sera assuré l'accès à la télévision numérique des 15 % à 30 % de français
privés de couverture hertzienne ?
Le processus étant cependant maintenant relancé, avec les décisions, d'une
part, du CSA du 23 octobre dernier fixant la liste des chaînes payantes et gratuites
retenues (cf. infra), et, d'autre part, du Gouvernement du 22 octobre 2002 de
« donner sa chance » au numérique hertzien, il importe surtout de faire en sorte
qu'il réussisse, et que le bouquet de chaînes privées choisi par le CSA, complété par
les chaînes gratuites du service public, évitent l'échec qu'a, jusqu'à présent, connu
ce mode de diffusion à l'étranger.
3.- Quelles modalités pour le développement du secteur public
numérique ?
La question de l'élargissement du secteur audiovisuel public a été
présentée, dès l'origine du projet de TNT, comme intimement liée à celle de la
viabilité du projet lui-même. Qui voulait la réussite de la TNT, devait accepter
l'élargissement du périmètre de France-Télévisions aux trois chaînes nouvelles
prévues par son contrat d'objectifs et de moyens (chaîne d'information continue,
Chaîne de rediffusion pour les jeunes adultes, et les huit chaînes régionales), ainsi
que l'extension en journée pleine de la diffusion d'Arte et de France 5.
Ce lien n'est en réalité sans doute pas aussi absolu. En particulier, les choix
retenus par le précédent Gouvernement n'ont pas une importance aussi déterminante
que certains l'ont laissé croire.
Certes, la TNT apparaît comme le moyen le plus efficace, à court terme, de
faire évoluer le secteur public dans un sens dynamique, en associant les objectifs, et
les moyens qui leur sont associés, à des perspectives de renouvellement et de
création. La TNT apparaît ainsi comme l'axe véritable de mobilisation de
l'entreprise, susceptible de justifier de manière positive les efforts d'économies
de gestion, de redéploiements de personnels, et de rationalisation de
? 91 ?
l'organisation qui s'imposent de toute manière en raison de la numérisation
progressive des techniques, et du souci de maîtriser les dépenses publiques.
Ainsi, le solde du financement des 111 millions d'euros de dépenses
d'investissement et du déficit d'exploitation liés à la TNT sur ses cinq premières
années, après le versement de la dotation en capital de 152 millions d'euros, devait
être obtenu par autofinancement. Celui-ci devait en principe être gagé par des
marges de redéploiements, en moyens et en personnels, à trouver sur les chaînes
historiques. Les 440 effectifs supplémentaires prévus ne devaient pas conduire à
augmenter les effectifs du groupe, supposés demeurer stabilisés au niveau atteint à la
fin 2001 (soit 8.602 salariés en équivalent-temps plein)(72). Lier les économies de
gestion à des projets « porteurs » ne pouvait qu'effectivement rendre ces efforts plus
aisés, et donc s'avérer efficace. Ce raisonnement, tenu par la précédente majorité, ne
peut plus, en tout état de cause, être entièrement validé, ne serait-ce qu'en raison du
décalage intervenu entre les termes et le calendrier inscrits dans le COM, et celui de
la TNT, compte tenu de son irréalisme manifeste. Il sera d'ailleurs rapidement
nécessaire de transcrire cet écart des calendriers par un avenant en tirant toutes les
conséquences.
A contrario, il n'est pas interdit de penser que le moteur de l'engagement de
l'entreprise France-Télévisions et de son personnel pourrait résider dans une
adaptation ambitieuse des chaînes existantes aux exigences d'une mission de
service public réévaluée, comme l'a souhaité le ministre de la Culture et de la
Communication en confiant une mission en ce sens à Catherine Clément. Toutefois,
il est vrai que le coût de la numérisation représente à lui seul une part importante du
surcoût prévu pour le financement des nouvelles chaînes publiques numériques,
alors que ce coût est en grande partie inéluctable y compris pour les chaînes
historiques. Par ailleurs, l'extension de la diffusion de France 5 à l'ensemble de la
journée constitue une nécessité évidente, tant est paradoxale la situation actuelle qui
contraint, en hertzien gratuit, la chaîne à cesser sa diffusion lorsque ses spectateurs
potentiels reviennent à leur domicile. De même, pour Arte, l'extension en journée
pleine sur l'hertzien en clair représente un aboutissement normal, surtout dans la
mesure où la chaîne, comme d'ailleurs France 5, diffuse déjà sur l'ensemble de la
journée sur le câble et le satellite. Enfin, la présence du secteur public sur la TNT ne
passera pas par les chaînes thématiques dans lesquelles France-Télévisions est
aujourd'hui actionnaire, en principe minoritaire : aucune des ces chaînes, y compris
TV5 et Euronews, n'est destinée, en l' état actuel des choses, à être présente sur la
TNT.
La juste réponse, pour autant qu'elle procède aujourd'hui d'une réflexion
rationnelle et pas essentiellement d'une question de conviction, se situe
vraisemblablement entre ces deux positions apparemment opposées.
Quoi qu'il en soit, il paraît aujourd'hui de meilleure politique de demander
au secteur public d'adapter son offre nouvelle de façon à compléter le plus
utilement possible le bouquet de chaînes privées gratuites et payantes arrêté
(72) A la seule exception des deux premiers exercices, pour lesquels avait été autorisé un sureffectif de 250 emplois.
? 92 ?
par le CSA (cf. tableau infra) plutôt que d'en fixer le contenu a priori,
indépendamment de l'offre privée déjà retenue.
Ainsi, France-Télévisions et sa tutelle devraient-ils mettre à profit le délai
courant encore d'ici à la mise en oeuvre effective de la TNT, pour repenser
l'utilisation optimale des trois canaux que le Gouvernement a souhaité conserver
pour l'heure pour le service public, et élaborer une réponse adaptée à
l'accompagnement de l'initiative privée, de manière suffisamment rapide pour
clarifier l'horizon économique des chaînes privées et des éventuels diffuseurs.
ENSEMBLE DES CHAINES PRIVEES, RETENUES PAR LE CSA, ET PUBLIQUES
8 Chaînes gratuites privées 15 Chaînes privées payantes
TF1 (droit de priorité) Canal +
M6 ( droit de priorité) AB1 (AB Groupe) -généraliste
Direct8 (-AB Groupe) -généraliste/ débats directs -
nouvelle
Canal J (Lagardère) - jeunesse
i-MCM (Lagardère) - musique- transformée de
payante en gratuite
CinéCinémas (Canal +, Lagardère, Liberty média) -
cinéma -transformée
M6 music (premium de M6, choisie librement par
M6) - musique
Cuisine TV (journée)/Comédie (Soirée)
(Pathé)
NRJ TV (NRJ) -généraliste et musique - nouvelle Eurosport (TF1) -sport
NT1 (AB groupe) - information et films -nouvelle i-télévision (Canal +) - information
TMC (Pathé) -généraliste -reformattée LCI (premium de TF1, choisie librement par TF1) -
information
8 Chaînes gratuites publiques Match TV (Lagardère) -information
France 2 Paris première (Suez)- culture
France 3 Planète (Canal +, Lagardère, Liberty Média) -
documentaire
France 5 (toute la journée) Sport + (Canal +)- sport
Arte (toute la journée) TF6 (TF1 et M6) - généraliste
La chaîne parlementaire (une seule chaîne pour les
deux assemblées)
TPS Star (TPS) - cinéma
3 canaux supplémentaires pour le service public,
confirmés par le Gouvernement
En l'occurrence, les budgets prévisionnels des projets actuels de chaînes
nouvelles, tels que présentés dans le COM, représenteraient un coût total annuel
d'exploitation de 161,8 millions d'euros :
dont près de 120 millions d'euros de coût de grille, avec 32 millions
d'euros pour la chaîne info, 13 millions d'euros pour « France etc » et 73 millions
d'euros pour les 8 chaînes numériques régionales ;
environ 19 millions d'euros de frais généraux ;
? 93 ?
et de l'ordre de 24 millions d'euros de coûts de diffusion et de frais
techniques associés.
De son côté, la publicité était appelée à représenter 20 % des recettes totales
des chaînes numériques, en rythme de croisière, à compter de 2005.
RÉPARTITION DES COUTS D'EXPLOITATION ANNUELS ET D'INVESTISSEMENT DES TROIS
PROJETS DE CHAINES NOUVELLES NUMÉRIQUES
(en millions d'euros)
Chaîne
info
France etc Chaînes
régionales
interactivité Frais
communs
Total
Coût de grille 32,3 13,4 73,3 119,0
Frais généraux 3,5 0,6 7,2 7,6 18,9
Coûts de diffusion et frais
techniques
23,9
Total exploitation 161,8
Investissements 16,9 11 78,7 4,1 110,7
Source : France Télévisions
Pour sa part, votre Rapporteur spécial serait particulièrement favorable à ce
que le service public propose une chaîne plus particulièrement destinée aux
enfants et aux adolescents, qui serait dégagée de toute pression publicitaire,
ainsi que le recommande le CSA, et qui permettrait de compenser, sur ce segment, à
la fois l'absence d'offre gratuite et le déficit d'audience du secteur public. Par
ailleurs, le CSA n'a sélectionné qu'une seule chaîne payante (Canal J).
Cette voie, inaugurée pour la radio par le Mouv' de Radio France, peut
sembler aujourd'hui préférable à celle d'une chaîne d'information qui serait sans
doute plus coûteuse que prévue(73), et qui pourrait perturber significativement le
marché encore fragile des chaînes d'information continue privées. Elle pourrait
également interférer avec d'autres projets importants, comme celui d'une chaîne
publique d'informations internationale, ou le projet de TV5 consistant à renforcer
l'information pour en faire la véritable colonne vertébrale de la chaîne.
On peut naturellement comprendre l'argument selon lequel un certain
pluralisme est nécessaire en matière d'informations, mais pluralisme n'exige pas
nécessairement financement et gestion publics. La presse écrite n'est pas publique,
et, au contraire même, de nombreuses démocraties considèrent que la détention par
l'État du capital d'une chaîne ou d'un organe d'information ne constitue pas un gage
d'indépendance. Certes, la France peut estimer représenter, en cette matière comme
en d'autres, une exception. Mais le CSA a privilégié, pour sa part, le choix de
trois chaînes d'information privées payantes, dont l'économie serait sans doute
rapidement dégradée par l'émergence d'une concurrence publique gratuite
dotée de moyens importants.
Toutefois, le sort d'Euronews, comme les décisions qui seront
prochainement arrêtées en ce qui concerne le lancement d'une chaîne
d'information internationale, qui pourrait avoir également vocation à être diffusée
(73) Du moins selon le rapport de Michel Boyon.
? 94 ?
numérique hertzien, sont de nature à sensiblement modifier l'ensemble des
paramètres déterminant la réponse à la question d'une chaîne d'information publique
gratuite.
La voie d'une chaîne orientée vers la jeunesse pourrait sembler également
paraître préférable à celle de la chaîne de rediffusion, de haut de gamme,
(dénommée pour l'instant « France etc. ») orientée vers les jeunes adultes, dont le
contenu paraît, selon le rapport de Michel Boyon, encore relativement imprécis,
parce qu'il représente un mélange de genres initialement prévus dans des chaînes
distinctes. Compte tenu de son coût relativement modéré, ce projet pourrait
cependant être examiné avec un bienveillant intérêt.
La position relativement nuancée, voire critique, du rapport de Michel
Boyon en ce qui concerne les 8 chaînes régionales, dites de TNR (télévision
numérique régionale), mériterait en revanche un examen prudent. En effet, cette
position n'est pas défavorable au principe même de la TNR, qui s'inscrit à la fois
dans le projet politique d'approfondissement de la décentralisation, dans le souci de
répondre à une demande d'audiovisuel de proximité, et dans la comparaison avec ce
qui peut exister et réussir convenablement dans les pays voisins, notamment en
Allemagne avec l'ARD. Elle soulève néanmoins, à juste titre, certaines questions
non négligeables qui devront être analysées en profondeur. Du point de vue du
contenu, comment articuler rationnellement les programmes des huit futures
chaînes régionales et de France 3, d'une part, et des futures chaînes locales, d'autre
part ? Du point de vue économique, l'intégration du projet au sein même de
France 3, et notamment de la convention collective applicable à l'audiovisuel
public, est-elle la meilleure solution pour le budget de l'État(74)? Sans remettre en
cause l'orientation générale du projet, une réflexion supplémentaire apparaît
aujourd'hui nécessaire pour lever ces interrogations.
D.- L'OUVERTURE DE LA PUBLICITE A LA TELEVISION : AGIR PRUDEMMENT
DANS UN MARCHE DEPRIME
La question du financement et du modèle économique viable pour les
nouvelles chaînes privées, notamment locales, sur la TNT est en partie liée à
celle du développement du marché publicitaire télévisé, spontané ou aidé dans
sa progression, et plus particulièrement au développement de la publicité de
proximité. Même si la récession actuelle du marché publicitaire n'a pas vocation à
perdurer, et devrait ensuite laisser place au retour d'une croissance significative en
tendance, la croissance spontanée pourrait ne pas suffire à financer ces nouvelles
chaînes.
Après plusieurs années de croissance particulièrement soutenue, avec une
moyenne de 3,1 % par an sur dix ans, et des pointes allant jusqu'à 13,5 % en 2000
(74) Le coût serait sans doute intermédiaire entre les estimations du groupe, calculées sur la base du coût marginal
(80 millions d'euros), et le coût calculé par extrapolation du coût moyen de France 3, pour huit régions, par les plus
prudents (ou les plus sceptiques).
? 95 ?
pour la télévision, le marché publicitaire a souffert, en 2001, d'une désaffection
brutale. Celle-ci a affecté quasiment tous les médias, à l'exception des gratuits
généralistes. La radio, et la presse quotidienne généraliste en ont pâti tout
particulièrement. Pour la télévision, la baisse a été moindre en proportion
( 5,9 %), mais cette dernière correspondait à une perte de chiffre d'affaires
considérable en montant : plus de 200 millions d'euros. Les perspectives pour
2002, et pour 2003, ne devraient guère être plus brillantes.
ÉVOLUTION DES DÉPENSES PUBLICITAIRES DES ANNONCEURS
(en millions d'euros)
1997 1998 1999 2000 2001
Total médias 8.709 9.117 9.949 10.940 10.370
Télévision 2.921 3.080 3.344 3.795 3.571
Radio 686 711 796 884 809
Presse 3.74
4
3.898 4.278 4.575 4.403
-dont PQN - 258 - 283 - 373 - 434 - 343
-dont PQR - 649 - 657 - 753 - 755 - 734
-dont gratuits - 686 - 686 - 716 - 713 - 733
Source : France Pub
Dans le même temps, la France fait l'objet d'une procédure précontentieuse
de la part de la Commission européenne(75) pour mettre sa réglementation en
conformité avec l'article 46 du Traité de Rome. Celui-ci interdit en effet les
restrictions à la libre prestation des services à l'intérieur de la Communauté, et serait
contredit par l'interdiction prévue en France par l'article 8 du décret du 27 mars
1992, de la publicité télévisée portant sur les secteurs dits « interdits » : alcools,
livres, cinéma, presse et distribution.
Or toute dérogation au principe du Traité doit répondre à trois critères
cumulatifs : être justifiée par des raisons impérieuses d'intérêt général ; être
approprié, c'est-à-dire adaptée à la poursuite de l'objectif poursuivi ; enfin, être
proportionné. Le pluralisme de la presse, qui justifie l'interdiction en France
pour réserver cette ressource publicitaire à des supports à moins fort potentiel de
collecte, notamment la presse écrite régionale et la radio, est accepté par la Cour
de justice des communautés européennes au titre du premier critère. C'est donc
sur la pertinence des deux autres que porte le débat.
Compte tenu de l'ampleur des enjeux pour le financement de la presse
régionale et des radios indépendantes, le Gouvernement a décidé, le 25 septembre
dernier, de confier au Directeur du développement des médias la conduite d'une
large consultation de l'ensemble des acteurs concernés par les quatre secteurs
interdits (en dehors de l'alcool, pour lequel l'interdiction est générale). Cette
consultation ne devrait pas, selon votre Rapporteur spécial, conduire à une ouverture
(75) Par une mise en demeure datant de mai 2002.
? 96 ?
trop brutale, susceptible de profondément déstabiliser le financement de médias
fragiles, puis de conduire à une demande de financement public supplémentaire,
dont il serait évidemment préférable de faire l'économie.
? 97 ?
En effet, si l'on se limite au seul cas de la presse régionale et de la radio, la
publicité pour la distribution représente aujourd'hui respectivement 22 % et 28 % de
leurs recettes. Selon les représentants de la presse quotidienne régionale, la
distribution représenterait 190 millions d'euros de recettes, à comparer aux
32 millions d'euros de résultat net avant impôt de l'ensemble du média.
Toutefois, il convient de remarquer que le transfert de budgets de publicité de la
grande distribution pourrait, en réalité, ne pas s'opérer principalement aux dépens
des supports de la presse écrite, et notamment de l'outil de syndication dénommé
PQR 66, commun aux 61 organes de presse régionaux, pour les campagnes
publicitaires nationales. Elle pourrait aussi bien, en effet, se conclure par une
heureuse diminution du volume de la publicité non adressée qui encombre les
boites à lettres. Certaines études des professionnels font ainsi l'hypothèse non
seulement d'un transfert de la publicité de type prospectus vers la télévision, mais
aussi, ce qui est plus audacieux, d'une hausse du chiffre d'affaires de la publicité de
la grande distribution dans la presse régionale et les radios.
En ce qui concerne le cinéma, le risque doit également être bien mesuré,
car l'ouverture de la publicité pourrait bénéficier surtout aux films à « gros
budgets », principalement étrangers, aux dépens de la production française. Dans le
même temps, il est vrai qu'il demeure quelque peu curieux que les chaînes françaises
spécialisées dans le cinéma ne puissent pas, aujourd'hui, diffuser de publicités pour
le cinéma.
Enfin, le secteur de l'édition paraît profondément hostile à l'ouverture de la
publicité sur son secteur, car il s'estime déjà confronté à un mouvement de
concentration très puissant des éditeurs et des distributeurs, accentué encore
récemment par les perspectives de rachat de Vivendi Universal Publishing par
Hachette et le groupe Lagardère médias, opérateur pressenti par ailleurs pour
plusieurs chaînes de la TNT.
N° 256- .12- Rapport de M. Patrice Martin-Lalande sur le projet de loi de finances pour
2003 - (Communication)
CHAPITRE II PRESSE : LE SOUTIEN DE L'ÉTAT PLUS
NECESSAIRE QUE JAMAIS
La construction des aides à la presse ne se singularise pas en France par la
simplicité. Elles prennent en effet trois formes très différentes :
des aides budgétaires directes aux entreprises de presse ou de diffusion
(sur crédits budgétaires ou sur le compte d'affectation spéciale pour la modernisation
de la presse) ;
des aides indirectes, notamment fiscales, et surtout postales dans le cadre
du soutien à la diffusion des abonnements par courrier ;
enfin, la prise en charge d'une partie des abonnements de l'AFP, qui ne
peut, à l'évidence, s'analyser simplement comme une aide à la presse française. Les
abonnements de l'administration représente pourtant le plus important montant de
crédits publics consacrés, directement ou non, à l'action de l'État en faveur de la
presse.
Cette relative complexité, que des « esprits chagrins» pourraient apparenter
à une certaine forme de saupoudrage, n'a toutefois pas permis de pallier l'ensemble
des difficultés que doit affronter la presse française, ou, du moins,une certaine partie
de la presse française : celle, précisément, qu'il convient sans doute le plus d'aider
pour des raisons de pluralisme démocratique et d'indépendance de l'information.
I.- UN SECTEUR QUI SUBIT DES DIFFICULTÉS STRUCTURELLES ET
CONJONCTURELLES IMPORTANTES
A.- UNE TENDANCE DE FOND A LA DIMINUTION DU LECTORAT
La lecture de la presse connaît en France une évolution tendancielle
préoccupante. En effet, si la lecture des livres et des magazines s'avère
relativement stable en longue période, celle des quotidiens, et en particulier leur
lecture régulière, s'effrite considérablement. La proportion de lecteurs de
quotidiens est ainsi passée de 55 % en 1973, à 43 % en 1988, puis à 36 % en 1997.
Cette tendance de fond n'a sans doute guère été modifiée depuis les cinq dernières
années, d'autant que la propension à la lecture de la presse décroît très fortement
pour les générations les plus jeunes. La génération des 15 à 35 ans lit ainsi, en
proportion, deux fois moins que les plus de 55 ans(1). Si cet écart se justifie
partiellement par l'importance respective des loisirs, il ne peut cependant guère,
mécaniquement, conduire à un renouvellement systématique du lectorat.
(1) La proportion des 16-34 ans lisant un quotidien tous les jours ou presque s'élevait en 1997 à moins de 25 %, contre plus
de 50 % pour les plus de 55 ans.
? 8 ?
ÉVOLUTION DE LA LECTURE EN FRANCE
(en %) 1989 1997
Lisent un quotidien 79 73
Dont tous les jours ou presque - 43 - 36
Dont quotidiens nationaux (au moins 3 fois par semaine) - 17 - 13
Dont quotidiens régionaux (au moins 3 fois par semaine) - 43 - 38
Lisent régulièrement un magazine 86 84
Ont lu au moins un livre dans les 12 derniers mois 75 74
Dont de 1 à 24 (soit 2 par mois) 57 57
Source : Ministère de la Culture et de la Communication
Par ailleurs, l'évolution des prix de vente, en conséquence en partie de la
baisse de la diffusion, ne peut pas, à moyen et à long termes, conduire à relever le
niveau de lecture des quotidiens. En effet, en 2001, le prix moyen de vente au
numéro des quotidiens locaux français(2) s'élevait à 67 centimes, et à 1,07 euro pour
les quotidiens nationaux. Ces montants doivent être comparés aux 36 centimes du
quotidien allemand, 59 centimes du quotidien britannique, et, a contrario, aux
1,55 euro du quotidien danois, le seul plus cher que le français parmi les membres de
l'Union européenne.
Aussi l'intervention des pouvoirs publics paraît-elle amplement justifiée,
pour tenter de contrecarrer une évolution qui pourrait apparaître comme fatale pour
le secteur, dans les deux sens du mot.
B.- UNE ÉVOLUTION ÉCONOMIQUE PRÉOCCUPANTE EN 2001 ET 2002
Les éditeurs de presse écrite ont réalisé, en 2001, un chiffre d'affaires de
10,6 milliards d'euros pour la presse, en diminution de 1 % par rapport à 2000.
Les recettes de ventes se sont, pour leur part, avérées en progrès (de
+ 1,9 %), grâce à la croissance très soutenue des ventes par abonnements (+ 5,9 %).
En revanche, les ventes au numéro poursuivent leur lente érosion ( 0,2 %).
Mais la publicité, qui constitue la deuxième source de financement
(43,6 %) après les ventes, a connu un recul marqué, pour la première fois depuis
1994, avec une baisse, très sensible, de 4,5 %. Cette diminution, faisant suite à
deux années exceptionnellement favorables, doit cependant être relativisée : les
ressources publicitaires sont, en effet, demeurées supérieures de 13,8 % au niveau
constaté en 1998.
(2) Données de la direction du développement des médias, Info-médias juin 2002 n°6.
? 9 ?
La faiblesse du marché publicitaire est imputable à plusieurs facteurs, dont
trois principaux, qui font encore sentir leurs effets aujourd'hui :
les déconvenues boursières des entreprises de la nouvelle économie, qui
avaient précisément beaucoup investi dans la communication en 1999 et 2000 ;
les incertitudes consécutives aux événements du 11 septembre 2001, qui
ont amené certains secteurs (tourisme, transports, ...), à revoir drastiquement à la
baisse leurs dépenses publicitaires ;
la baisse des recettes d'annonces d'offres d'emplois, consécutive au
ralentissement conjoncturel.
Par ailleurs, la concentration importante du marché publicitaire,
notamment des petites annonces, sur un nombre de groupes qui se restreint
progressivement, peut avoir des conséquences différentes suivant l'équilibre des
ressources des titres et leur dépendance économique à ces recettes commerciales.
Le fort recul du marché publicitaire a particulièrement affecté la presse
nationale générale, en particulier quotidienne, dont le modèle économique est, de
manière générale, le plus fragile. Pour celle-ci, le chiffre d'affaires a baissé de 8,9 %,
la hausse des ventes, pourtant significative (+ 2,1 %), ne suffisant pas à compenser
l'effondrement des petites annonces (de 21 %) et de la publicité commerciale
( 16 %). Les autres segments ont mieux supporté l'année 2001, qu'il s'agisse de la
presse quotidienne locale (+ 0,7 % de chiffre d'affaires), de la presse spécialisée
grand public (0 %), de la presse spécialisée technique et professionnelle ( 1,5 %),
ou de la presse gratuite d'annonces (+ 3,9 %). Le développement des gratuits, qui
drainent une partie des recettes publicitaires, participe ainsi, pour une part sans
doute non négligeable, des difficultés des quotidiens classiques.
L'année 2002 ne se présente pas véritablement sous de meilleurs augures,
avec la poursuite des tendances constatées l'an passé. Les difficultés, pour la
première fois, affecteraient également la presse générale régionale. En effet, l'année
2002 va s'avérer difficile pour cette dernière, puisqu'elle doit subir,
exceptionnellement, à la fois la poursuite de la baisse tendancielle de ses ventes
( 2,5 % depuis le début de l'année 2002), et la diminution exceptionnelle de ses
recettes commerciales ( 2,3 % de chiffre d'affaires sur le premier semestre 2002, en
raison de la forte baisse des petites annonces). Ces perspectives difficiles font suite à
un exercice 2001 lui-même peu favorable, avec un résultat d'ensemble positif mais
réduit à 36 millions d'euros sur un chiffre d'affaires de 2,4 milliards d'euros.
L'année 2002 devrait ainsi se traduire pour le secteur, au mieux, par un équilibre
sans profit, et plus vraisemblablement par un déficit, ce qui remettrait en question
la solidité présumée du modèle économique de la PQR. Les prévisions pour 2003
ne sont guère plus favorables.
? 10 ?
II.- LA CONSOLIDATION DES AIDES DIRECTES
Les aides budgétaires directes ont deux sources budgétaires, liées à leur
mode de financement :
d'une part, les subventions et avances financées sur un chapitre spécifique
du budget des Services généraux du Premier ministre, c'est-à-dire financées par la
mutualisation budgétaire et donc la fiscalité générale de l'État ;
d'autre part, les subventions et avances financées par le fonds de
modernisation et de diffusion de la presse, c'est-à-dire supportées, ou permises, par
le produit d'une taxe spécifique, d'ailleurs créée à cet effet, et perçue au taux de
1 % sur la publicité hors médias.
Cette dualité, qui n'est d'ailleurs pas spécifique à la presse puisqu'elle se
retrouve par exemple pour le sport(3) ou le petit commerce (4), pourrait conduire à un
tassement progressif des subventions budgétaires, en particulier dans des
circonstances économiques et budgétaires relativement tendues. Une telle pratique
est en effet assez classique, comme en attestent les deux cas précités : les autorités
budgétaires tendent en effet alors à considérer que, bien qu'opposées par principe à
l'affectation de ressources à des dépenses données, quelle que soit leur noblesse et
leur justification, ces ressources affectées peuvent utilement se substituer
progressivement aux ressources rares du budget général, fût-ce, parfois, au prix d'un
relèvement de la fiscalité spécifique ainsi affectée.
Il y a lieu, s'agissant de la presse, de constater que tel est bien le cas dans le
projet de budget proposé pour 2003. Votre Rapporteur spécial se doit de relever ce
paradoxe budgétaire, tout en constatant que, sur le fond, le projet du
Gouvernement permet de financer ce qu'il considère comme ses priorités
réelles. Toutefois, au-delà de ce premier constat positif portant sur les montants
impartis aux aides directes à la presse, il est loisible de s'interroger sur la rationalité
et la lisibilité de l'ensemble du dispositif. En effet, comme c'est souvent le cas
lorsque l'État combine deux ou plusieurs sources de financement pour un même
objectif ou une même mission, les mêmes dépenses peuvent être progressivement
imputées sur les deux instruments budgétaires, sans logique clairement identifiable
autre que celle de la disponibilité des ressources. Ainsi, les aides à la diffusion,
financées jusqu'en 2001 par le budget général, seront-elles financées, en 2003,
principalement par le compte d'affectation spéciale, dont l'objet a été élargi à cet
effet en 2002.
Par ailleurs, et sur un plan beaucoup plus général, l'analyse, même
sommaire, du dispositif d'aides à la presse laisse effectivement penser, comme
(3) Le budget des sports est financé à la fois par le budget général, et par un compte d'affectation spécial : le FNDS (Fonds
national de développement du sport).
(4) Le soutien au petit commerce et à l'artisanat a, jusqu'en 2002, été financé par des crédits budgétaires, et par un fonds
extra-budgétaire, le FISAC. Le PLF 2003 a cependant prévu de le rebudgétiser.
? 11 ?
d'autres l'ont récemment écrit, que « beaucoup d'entre elles résultent plus
d'occasions ou de contraintes circonstancielles que d'un plan d'ensemble »(5). Ainsi,
l'État aide plus ou moins toutes les familles de presse, dont les intérêts sont
souvent divergents, tous les modes de diffusion, qui peuvent se développer de
manière complémentaires et positive pour tous, ou en substitution l'un à l'autre, à
volume de lectorat donné, suivant un équilibre résultant souvent des capacités
de négociations des différents acteurs, autant sinon plus que d'une vision et
d'une analyse précise de la situation économique du secteur.
En particulier, sur le long terme, on ne peut que constater que les aides
publiques, et l'appareil de soutien à la presse, est, en tout état de cause, incapable de
permettre, ou même d'accompagner, le lancement d'un nouveau titre de
quotidien d'information générale, toutes les tentatives du passé récent s'étant
soldées par des échecs plus ou moins rapides. L'objectif de pluralisme n'est donc,
en pratique, atteint que sous une forme défensive, et, même sous cette forme,
avec un succès relatif. Certains ont pu se demander (cf. rapport précité) si le
dispositif d'aides publiques ne pouvait pas, d'une certaine manière, avoir des effets
contreproductifs, en ne protégeant que les titres existants. Cette critique n'est
évidemment pas absolue : ainsi, c'est bien l'État et les fonds publics qui ont
encouragé la presse à se tourner vers le multimédia, et permis de « boucler » le
financement de la modernisation du système de distribution de la presse quotidienne
en 2002. En revanche, la forte présence de l'État dans l'audiovisuel a sans doute
durablement contribué à empêcher la diversification de la presse dans ce
secteur, qui, notamment aux États-Unis, a permis une consolidation
économique réelle.
Votre Rapporteur spécial estime que le moment est venu, au début d'une
nouvelle législature ambitieuse, d'une réflexion à la fois prospective et évaluative
sur l'effet de levier et les résultats, à moyen et long termes, des multiples
dispositifs d'aides publiques à la presse. Seule une analyse dégagée des
contingences budgétaires immédiates permettrait d'envisager, si cela s'avérait
nécessaire, une évolution de l'allocation des ressources publiques disponibles, rares
par nature.
A.- UN FINANCEMENT GLOBALEMENT MAINTENU GRACE A UN
REDEPLOIEMENT DE RESSOURCES
1.- Une présentation des crédits perfectible
La présentation des crédits budgétaires en faveur de la presse demeure
critiquable dans ses principes mêmes : en effet, tous les crédits concernés sont
inscrits au budget des services généraux du Premier ministre, en conséquence du
maintien d'un rattachement de la DDM (Direction du développement des médias) au
chef du Gouvernement.
(5) Rapport du groupe de travail sur la presse écrite, présidé par M. Jacques Leprette, sur les Tendances économiques de la
presse quotidienne, rapport de l'Académie des sciences politiques et morales, octobre 2001, Rapporteurs : Henri Pigeat
et Jean-Charles Paracuellos.
? 12 ?
Cette structure ne correspond pourtant ni à la réalité des responsabilités
politiques et administratives, puisque les crédits sont ordonnancés par le
ministre chargé de la communication, ni à la logique des intitulés respectifs des
fascicules budgétaires. En effet, le fascicule Culture et communication ne comprend
aucun des crédits consacrés à la communication, qui se trouvent tous sur le budget
du Premier ministre, y compris les compensations d'exonérations de redevance, qui
ne présentent qu'un rapport assez lointain avec le Premier ministre, ou sur celui des
comptes spéciaux du Trésor.
A un deuxième niveau, la présentation d'ensemble des crédits par
agrégats, retenue par le projet de loi de finances pour 2003, ne donne qu'une
image incomplète des crédits budgétaires effectivement consacrés à la
communication. L'agrégat n°22, intitulé « Communication », ne comprend ni les
crédits de la Direction du développement des médias, administration dont la
communication constitue la principale, sinon la seule mission, ni ceux du CSA .
Pour ces deux structures administratives, c'est la logique organique qui prévaut,
puisque la DDM est rattachée à l'agrégat intitulé « Administration générale », et le
CSA à celui des « Autorités administratives indépendantes ». Un tel choix ne paraît
pas cohérent avec les orientations posées par la loi organique du 1er août 2001
relative aux lois de finances, dont l'article 7 prévoit que, à compter du PLF 2006, les
crédits devront être présentés exclusivement par missions et par programmes, la
mission étant déterminée comme « un ensemble de programmes concourant à une
politique publique définie ». Dans cette perspective, les crédits d'intervention et ceux
de la structure chargée de les gérer ou de les réguler devraient logiquement être
rapprochés.
A cet égard, il y a lieu d'ajouter que le même article 7 prévoit que chaque
programme regroupe des crédits destinés à mettre en oeuvre une action ou un
ensemble cohérent d'actions, auquel sont associés des objectifs précis, ainsi que des
résultats attendus et faisant l'objet d'une évaluation, mais relevant d'un même
ministère. La logique d'une DDM interministérielle pourrait donc, au plus tard à cet
horizon, devoir être adaptée à cette nouvelle contrainte.
Enfin, la nomenclature comptable des crédits budgétaires a en principe
été clarifiée et simplifiée l'an dernier, avec un chapitre unique (41-10), doté de
trois articles, concourant respectivement aux objectifs de soutien de la diffusion et
de la distribution (article 10), de maintien de la diversité des titres et de pluralisme
de la presse (article 20), enfin de développement du multimédia (article 30).
? 13 ?
NOMENCLATURE DU CHAPITRE 41-10
SERVICES GÉNÉRAUX DU PREMIER MINISTRE
(en millions d'euros)
Intitulé Loi de finances
2002
Projet de loi
de finances
2003
Différence
PLF 2003/LF
2002
(en %)
Article 10 Aides à la diffusion 32,96 28,60 - 13,2
Article 20 Aides à la presse à faibles ressources publicitaires 6,02 6,07 + 0,8
Article 30 Aides au développement du multimédia - - ns
Total 38,98 34,67 - 11,1
Votre Rapporteur spécial observera que le chapitre 41-10, comme beaucoup
d'autres chapitres de subventions de fonctionnement ou d'exploitation, peut voir sa
physionomie en gestion sensiblement modifiée par rapport aux crédits ouverts en loi
de finances initiale.
En effet, il fait régulièrement l'objet de reports : 1,57 million d'euros en
2000 au titre de 1999, 3,98 millions d'euros en 2001 au titre de 2000, 3,9 millions
d'euros en 2002 au titre de 2001.
En 2001, il a également fait l'objet d'annulations importantes, à hauteur de
5 millions d'euros(6), qui ont plus que compensé les reports, et ont conduit à une
baisse nette des crédits disponibles de 1,02 million d'euros par rapport aux crédits
ouverts par la loi de finances initiale. Les crédits réellement consommés en 2001 sur
ce chapitre pourtant sensible ne se sont en fin d'année élevés qu'à 34 millions
d'euros, à comparer aux 43,9 millions d'euros de crédits résultant de la loi de
finances initiale et des reports (soit 79 % seulement des crédits disponibles en début
d'année 2001). Les annulations, en 2001, ont été imputées pour l'essentiel sur la
réduction du tarif SNCF (-17 %), l'aide à la transmission par fac-similé (-50 %), et le
fonds multimédia (-100 %). En revanche, ont été préservées les aides aux journaux à
faibles ressources publicitaires, l'aide au portage, l'aide à la presse hebdomadaire
régionale, et le remboursement des cotisations sociales de portage(7).
En 2002, les mises en réserve de crédits, succédant au « gel républicain » du
printemps, ont porté, pour leur part, sur un montant de 860.000 euros, sur les 38,98
millions d'euros de crédits initiaux. En revanche, le chapitre 41-10 n'a pas fait
l'objet d' « objectifs de reports » particuliers.
(6) Avec les deux arrêtés du 21 mai et du 15 novembre 2001.
(7) Pour lequel ont d'ailleurs pu être mobilisés d'importants reports de crédits, qui ont permis une consommation de
1,7 million d ?euros, à comparer au 1,14 million d'euros ouverts par la loi de finances.
? 14 ?
2.- Les aides à la diffusion et à la distribution : la préservation
des moyens grâce à l'utilisation des reports du fonds de
modernisation
Les crédits de l'article 10, qui reprennent des dispositifs assez hétérogènes
ayant pour objet commun de soutenir la diffusion et la distribution, sont retracés par
l'article 10 du chapitre 44-10 du budget des Services généraux du Premier ministre.
ÉVOLUTION DES CRÉDITS DE L'ARTICLE 10
(en millions d'euros)
Paragraphes de l'article 10 Loi de finances
2002
Projet de loi de
finances pour 2003
2003/2002
(en %)
Aide au transport SNCF 13,72 13,72 -
Remboursement des charges de fac similé 0,6 0,6 -
Aide à l'expansion de la presse française à l'étranger 3,7 3,7 -
Aide au développement du portage 8,1 8,25 + 1,8
Remboursement des cotisations sociales de portage 1,06 0 - 100
Aide à la diffusion de la presse hebdomadaire
régionale
1,41 1,42 ns
Aide à la distribution des quotidiens nationaux
d'information générale et politique
4,34 0,9 - 79,3
Total 32,96 28,61 - 13,2
a) Les compensations des réductions tarifaires accordées par la SNCF
Objet de l'aide : La SNCF accorde, pour leur transport, des réductions de
tarifs aux publications de presse, compensées par le budget de l'État. En 2000, la
convention passée avec la SNCF a fixé, depuis 2000, le taux de prise en charge par
l'État à 60 % pour les quotidiens et à 19 % pour les périodiques.
L'aide à la SNCF, fixée depuis 1999 par des conventions annuelles
transitoires, signée tardivement dans l'année, est la plus importante des aides à la
diffusion et au transport, dont elle représentera 48 % en 2003. L'aide bénéficie
pour l'essentiel (96 %) aux magazines. Les quotidiens concernés sont peu
nombreux (Le Monde, seul grand quotidien national du soir, ainsi que quelques titres
de presse régionale). En revanche, les taux de prise en charge sont très supérieurs
pour les quotidiens. En conséquence, le poids des quotidiens dans le montant de
l'aide versée (dont il représente 25 %) excède sensiblement la proportion des
tonnages transportés.
? 15 ?
L'état de l'exécution de la convention avec la SNCF est retracé par le
tableau ci-après :
EXÉCUTION DE LA CONVENTION AVEC LA SNCF
(en millions d'euros)
Année
budgétaire
Dotation
budgétaire
votée
(loi de finances)
Montant
réellement
versé
Montant dû
(constaté par
la SNCF)
Solde dû
Solde à
reporter
Tonnage
global
Évolution
du tonnage
(en %)
1997 21,41 21,41 19,20 - 2,21 6,86 243.018 - 0,6
1998 14,48 14,48 14,48 0,00 6,86 230.508 - 1,4
1999 15,55 16,01 13,72 - 2,29 4,57 236.511 - 1,3
2000 15,40 16,61 11,97 - 3,61 0,96 216.800 - 8,3
2001 15,17 12,56 11,69 0,87 0,1 214.542 - 1,0
Source : Direction du développement des médias (DDM)
Comme chaque année depuis le passage de conventions triennales à des
conventions annuelles, la convention pour l'année 2001, qui a arrêté définitivement
les taux de prise en charge applicables à l'exercice, n'a été signée qu'à l'automne
dernier, ce qui témoigne d'une certaine légèreté dans la gestion du dossier.
Pour l'année 2002, la convention demeure en négociation. Le principe de
réalisation d'un audit comptable établissant la réalité des coûts supportés par la
SNCF, « acté » dans la convention pour 2001, est jusqu'à présent demeuré virtuel,
même s'il reste d'actualité et pourrait raisonnablement être effectué au début de
l'année 2003. Dans l'attente, le montant prévu dans le projet de loi de finances pour
2003 a été maintenu strictement constant, en euros courants.
Par ailleurs, il convient de souligner que, en retenant le principe de taux de
prise en charge en forte décroissance, les subventions budgétaires disponibles ont
permis, malgré leur diminution sur la dernière année, à la fois de financer les besoins
annuels nouveaux, et le remboursement de la dette contractée, au fil des ans, avec
l'opérateur ferroviaire. Le collectif budgétaire n'a été mis à contribution qu'une
seule fois à cet effet, en 1996, à hauteur de 9,15 millions d'euros. Avec le versement
par le budget, en 2002, de 101.689 euros correspondant au remboursement d'un
trop-perçu par la SNCF au titre de journaux ne bénéficiant pas d'un numéro de
commission paritaire, contrairement aux exigences des conventions, la dette de
l'État envers la SNCF a été annulée.
b) L'aide à la transmission par fac-similé
Objet de l'aide : Cette aide est destinée aux quotidiens, ainsi qu'aux titres qui bénéficiaient
antérieurement de l'allégement des charges de transmission par fac-similé (notamment Le Canard
enchaîné, pour un montant très limité). Elle permet de rembourser jusqu'à 50 % des dépenses de
transmission par fax vers les imprimés décentralisées de province.
? 16 ?
Ce fonds bénéficie, au total, à 9 quotidiens et hebdomadaires nationaux regroupés au sein de la
Nouvelle société d'exploitation des réseaux fac-similé (Serefax), ainsi qu'à onze quotidiens régionaux
et départementaux individuels. La transmission par fac-similé a permis, en 2001, de transmettre
445.000 pages de journaux, soit 262 millions d'exemplaires.
Le montant prévu en 2003 reconduit celui de 2002, soit 610.000 euros. Il convient cependant de
souligner que le fait que le groupe éditant Le parisien et Aujourd'hui en France ait décidé de
construire ses propres imprimeries pourrait remettre en question l'actuel système coopératif
d'impression décentralisé qu'est Serefax.
c) Le Fonds d'aide à l'expansion de la presse à l'étranger
Objet de l'aide : Le Fonds d'aide à l'expansion de la presse française à
l'étranger vise à faciliter la diffusion des publications contribuant au rayonnement
de la langue, de la pensée et de la culture françaises, en attribuant des subventions
permettant d'abaisser le prix de vente par la prise en compte partielle des frais de
transport, de prospection et de promotion, ainsi que des abonnements gratuits ou à
prix réduit.
Les bénéficiaires de ce fonds peuvent être des éditeurs individuels ou des
organismes collectifs de promotion des ventes. Le fonds est ouvert aux magazines.
En 2002, 56 éditeurs individuels ont bénéficié de subventions pour un total
de 0,985 million d'euros (26,6 % du fonds), les NMPP (Nouvelles messageries de la
presse parisienne) de 2,05 millions d'euros (55,2 % du fonds) pour abaisser les coûts
de transport, et l'association Unipresse, qui collecte des abonnements lors des
manifestations auxquelles elle participe, de 673.000 euros (18,2 % du fonds). Cette
répartition est relativement stable dans le temps, avec une augmentation légèrement
plus forte de l'enveloppe consentie aux individuels, même si la croissance du
nombre de bénéficiaires a conduit à modérer l'aide moyenne.
Le projet de budget pour 2003 consolide l'augmentation de 1,1 % consentie
en 2002.
Les résultats apparaissent pour leur part plus contrastés :
26.334 abonnements ont été souscrits en 2001 par l'intermédiaire
d'Unipresse sur la zone du fonds, soit plus de 80 % de la zone export, en
augmentation de 13 % par rapport à 2000. Cette forte croissance n'est toutefois qu'à
peine supérieure à celle de l'ensemble de la zone export ;
26 millions d'exemplaires ont été vendus à l'étranger dans la zone
couverte par le fonds(8), sur un total de ventes au numéro à l'étranger de 115 millions
d'exemplaires. Mais les ventes au numéro sont en diminution, en 2001, de près de
2 % sur la zone du fonds (soit un peu moins que sur l'ensemble de l'export, en
diminution de 2,5 %), et le chiffre d'affaires est en baisse de 4,5 % sur la zone aidée,
(contre 1,3 % de baisse sur l'ensemble de l'export ).
d) L'aide au portage
(8) Soit l'Afrique, l'Amérique centrale, du Sud, du Nord, le Moyen-Orient, , les pays européens hors Union européenne et
pays francophones.
? 17 ?
Objet de l'aide : le fonds d'aide au portage est régi par le décret
n° 98-1009 du 6 novembre 1998. L'aide est réservée aux journaux d'information
politique et générale, de langue française, paraissant au moins 250 fois par an et
imprimés sur papier journal. 25 % de la dotation sont calculés sur la base du
nombre d'exemplaires portés, et les 75 % autres sur celle de la progression sur les
deux années antérieures à l'année d'attribution de l'aide.
Le portage acquiert une importance croissante dans la distribution de la
presse écrite et constitue indéniablement une composante forte de la modernisation
du secteur, notamment du fait des difficultés rencontrées par La Poste pour assurer
une distribution régulière et très matinale de la presse quotidienne.
La situation du secteur de la presse écrite au regard du portage est toutefois
très contrastée. La diffusion par portage connaît en effet de fortes disparités selon
les familles de presse et les zones géographiques. Alors que dans l'Est, notamment
en Alsace, et le Nord de la France, ce mode de diffusion est bien implanté, voire très
majoritaire, il demeure encore marginal sur le reste du territoire et peu développé
pour la presse quotidienne nationale. Hors presse gratuite, 15,6 % des exemplaires
diffusés sont portés, parmi lesquels les quotidiens comptent pour 97 %, presque
exclusivement pour la presse d'information générale et politique.
PROPORTION DU PORTAGE EN 2000
(en %)
Part du portage dans la
diffusion annuelle
Part du portage dans la
diffusion annuelle des
quotidiens
Information générale et politique nationale 7,5 9,6
Information générale et politique locale 32,2 34,1
Presse spécialisée grand public 1,4 0,1
Ensemble 15,6 26,2
Source : Direction du développement des Médias
Dans la mesure où le portage est, par nature, une activité pour laquelle
l'initiative privée doit s'exercer librement et relève du secteur concurrentiel, l'action
de l'État se devait d'être neutre à l'égard des différents intervenants possibles
(indépendants, éditeurs eux-mêmes, sociétés de messageries, La Poste ... ).
Dans cette optique, une action sur les charges sociales appliquées au
portage, dans le prolongement de la loi n° 91-1 du 3 janvier 1991 fondant le statut
actuel des porteurs de presse et des vendeurs-colporteurs, a semblé à la fois la plus
efficace, la plus aisée à mettre en oeuvre, et la mieux à même de préserver les
conditions équitables de la concurrence entre les prestataires potentiels. Depuis la loi
du 3 janvier 1991, le montant des cotisations de sécurité sociale dues par les
vendeurs-colporteurs et les porteurs de presse est assis sur une assiette forfaitaire très
minorée par rapport au droit commun de la sécurité sociale. Un arrêté du 30 juillet
1996 a fixé celle-ci à 4 % du plafond journalier de la sécurité sociale. Les taux
? 18 ?
varient selon la nature de la presse distribuée : 4 % pour la presse départementale,
6 % pour la presse régionale et 8 % pour la presse nationale. Le coût de cette mesure
est actuellement évalué à environ 11 millions d'euros par an.
Par ailleurs, le décret n° 96-678 du 30 juillet 1996 avait institué un fonds de
remboursement des charges sociales acquittées par les entreprises de presse pour le
portage des seuls quotidiens nationaux, doté de 7,5 millions de francs en 2001
comme en 2000. Ce dispositif avait pour objectif affiché de permettre à la presse
quotidienne parisienne de combler son retard sur la presse quotidienne régionale,
dont la diffusion par portage représente environ 34 % du total de ses ventes
annuelles.
Le décret précité est arrivé à son terme le 31 juillet 2001. Le Gouvernement
de l'époque a considéré que l'objectif de rééquilibrage avait été atteint, compte tenu
de ce que la diffusion par portage des titres bénéficiaires de l'aide étant passée de
16,5 % en 1996 à près de 25 % de leur diffusion totale en 2000. Votre Rapporteur
spécial soulignera cependant que les résultats atteints ne justifient pas l'extinction
complète du dispositif :
le rééquilibrage n'est manifestement pas total, et en réalité n'a été atteint
que pour moitié ;
l'aide au portage doit avoir un caractère de permanence, car le « turnover
» des abonnés par portage est de l'ordre de 20 % par an. En cinq ans, on
pourrait considérer que tous les abonnés par portage ont été perdus. Pour cette même
raison, il est loin d'être certain que la répartition 75/25 entre soutien de la
progression et soutien du « stock » dans le calcul de l'aide au portage soit réellement
représentative de la difficulté relative des deux objectifs d'accroître et de simplement
maintenir le nombre de clients « portés ». Le retour à une répartition égale 50/50
serait sans doute préférable ;
l'aide au portage est en réalité un soutien à des emplois peu qualifiés, dont
la raréfaction progressive dans l'économie française appelle un effort de la
collectivité. De plus, les exigences du portage des quotidiens imposant des tournées
tôt le matin, ne peuvent conduire qu'à des emplois à temps partiel, ou
complémentaires d'une activité principale. Des emplois à temps plein, avec des
gains de productivité sensibles, pourraient sans doute être créés par le
développement du portage de la presse périodique, généralement disponible la veille
au soir du jour de sa diffusion, et complémentaire de celui de la presse quotidienne ;
l'aide au portage n'est que marginale en montant, notamment par rapport
à l'aide à La Poste qui représente 290 millions d'euros. Pour 2003, les crédits prévus
s'élèvent à 8,3 millions d'euros, en légère croissance, de 1,8 %.
A tout le moins, votre Rapporteur spécial soulignera qu'une réflexion
d'ensemble devrait être menée sur l'évaluation et l'optimisation des aides
publiques aux différents moyens de distribution de la presse quotidienne.
? 19 ?
e) L'aide à la distribution des quotidiens nationaux d'information
générale et politique
Objet de l'aide : il s'agit de participer à la prise en charge des coûts
spécifiques des circuits de distribution des quotidiens. Cette aide est allouée aux
quotidiens nationaux d'information politique et générale, de langue française
paraissant au moins cinq fois par semaine, inscrits à la commission paritaire des
publications et agences de presse.
L'aide budgétaire directe serait fortement réduite en 2003, puisqu'elle
passerait de 4,34 millions d'euros à seulement 900.000 euros. Toutefois, cette
diminution apparente a été décidée en considération du fait que l'essentiel des
moyens consacrés à cette action proviendra en réalité du fonds de modernisation de
la presse, comme en 2002, mais pour une proportion sensiblement supérieure.
Comme en 2002, les crédits inscrits au budget auront pour seul objet de
financer une partie de l'aide aux quotidiens nationaux pour faciliter les
conséquences, dans leurs comptes, du plan social des NMPP (Nouvelles messageries
de la presse parisienne).
Le 25 février 2000, le conseil de gérance des Nouvelles messageries de la
presse parisienne (NMPP) a approuvé un plan quadriennal (2000-2003) de
modernisation de l'entreprise qui a recueilli un large accord des éditeurs de
quotidiens et de publications. Ce plan porte notamment, et de manière indissociable,
sur la réorganisation opérationnelle de l'entreprise, sur la mise en place d'une
comptabilité analytique permettant un ajustement adapté de la structure des tarifs,
sur le calendrier d'une baisse des barèmes, sur la réforme de la logistique du
« niveau 1 » (traitement des invendus,...) et du « niveau 2 », tant en ce qui concerne
le nombre et la tarification des dépositaires de province que la structure de PDP
(« Paris Diffusion Presse »), ainsi que sur le départ volontaire des différentes
catégories de personnels.
L'État a souhaité accompagner ce plan sous plusieurs formes, avec
l'objectif global de compenser, au moins partiellement,les surcoûts générés par
la distribution de la presse nationale d'information.
L'accord de cessation anticipée d'activité de certains
travailleurs salariés
Le 13 juin 2001, les NMPP ont signé avec leurs organisations syndicales un
accord de cessation anticipée d'activité de certains travailleurs salariés (CATS),
conformément à l'accord de branche applicable à la presse parisienne. En application
du décret du 9 février 2000, cet accord, qui s'applique aux salariés âgés de plus de
55 ans, bénéficie d'une prise en charge partielle de l'État. En fonction de l'âge
d'entrée dans le dispositif des bénéficiaires, l'État finance ainsi de 20 % à 50 % de
l'allocation de ressource prévue par la réglementation. Le nombre de salariés
potentiellement bénéficiaires est de 650 personnes, dont 240 cadres.
? 20 ?
Une mobilisation complémentaire des aides à la presse
La loi de finances pour 2002 a prévu d'apporter un soutien à ce plan de
modernisation par un apport, nouveau, du fonds de modernisation pour
4,57 millions d'euros, et par la mobilisation complémentaire des dotations inscrites à
l'article 10 du chapitre 41-10 des aides à la presse, à hauteur de 7,62 millions
d'euros.
L'aide n'est, en droit, destinée qu'aux seules entreprises assumant la
distribution des quotidiens nationaux d'information, ce qui exclut les titres
d'information dont la périodicité n'est pas quotidienne et notamment les « news »
hebdomadaires, mais aussi les titres quotidiens dont l'objet principal n'est pas
l'information générale et politique (sports, hippisme) et les titres quotidiens
d'information dont la diffusion n'est pas nationale (presse quotidienne régionale).
Ainsi définie, l'aide ne bénéficiera donc qu'à la presse diffusée par l'entreprise des
Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP) puisque celle-ci est la seule
en France à exercer l'activité de distribution des quotidiens nationaux.
Ce ciblage sur les titres nationaux d'information générale et politique,
qui s'inscrit dans la politique des aides à la presse menée depuis 1997 (modulation
de l'aide ferroviaire, de l'aide postale, création du fonds de modernisation,
abondement du fonds de soutien aux quotidiens à faibles ressources publicitaires),
peut s'analyser comme une contribution à la défense du pluralisme, objectif à
valeur constitutionnelle.
Les résultas obtenus
A mi-parcours du plan, la réforme a été menée conformément aux
prévisions. Ainsi, sur les 149 dépositaires qui doivent à terme être rattachés à
d'autres pour obtenir in fine un nombre limité à 200, de façon à réaliser des gains de
productivité, 120 ont déjà donné leur accord.
La baisse de rémunération fixe des dépositaires, en contrepartie d'un
complément variable en fonction des performances, a également été signée en mai
2001. Globalement, selon les informations transmises par l'administration, près de
50 % des économies prévues d'ici la fin du plan ont effectivement été réalisées. Le
plan social s'applique également de manière régulière : plus de 400 départs ont été
obtenus en 2000 et 2001 sur les 800 prévus en quatre ans, dont les ¾ dans le cadre
des CATS(9). La baisse des barèmes à mi-plan était d'environ 1,5 point, à comparer à
l'objectif de 3 points d'ici à la fin 2003. En revanche, si le démarrage officiel de la
réforme de PDP a également été lancé, il s'est récemment singularisé par quelques
difficultés.
(9) Les effectifs des NMPP sont passés, entre 1999 et 2001, de 2.390 à 2.089.
? 21 ?
Le maintien de l'effort prévu en 2003
Compte tenu de l'ampleur du besoin et de l'origine des ressources
mobilisables à cet effet, trois mécanismes d'aides complémentaires mais faisant
l'objet d'une gestion distincte sont proposés pour 2003 :
- le premier repose sur une mobilisation des ressources nouvelles pour
2003 du compte d'affectation spéciale recueillant le produit de la taxe de 1 % sur le
« hors médias » à hauteur de 4,6 millions d'euros ;
le second est fondé sur l'utilisation d'une partie des 18 millions d'euros
de reports demeurant disponibles, avant le conseil de gestion de la fin octobre 2002,
sur la section des avances du fonds, qui ne font l'objet que d'une consommation
très réduite faute de besoins exprimés. Ce prélèvement, sur une ressource
initialement prévue à un autre effet, s'élèverait à 6,7 millions d'euros ;
- le troisième, devenu marginal, est imputé sur les crédits budgétaires du
chapitre 41-10, à hauteur de 900.000 euros.
Au total, et comme en 2002, les ressources disponibles en gestion 2003 en
faveur de la distribution des quotidiens nationaux pourraient avoisiner 12,2 millions
d'euros, mais en ne mobilisant le budget général que pour un montant quasisymbolique
en proportion du total.
Le succès de la modernisation des NMPP reposera toutefois sur le partage
équitable des efforts. Celui de l'État ne peut être durablement unilatéral.
L'opérateur des NMPP a, pour sa part, momentanément renoncé à sa redevance.
Il conviendrait que les organes de presse bénéficiaires du dispositif consentent
également le minimum de sacrifices nécessaires, fussent-ils symboliques.
Par ailleurs, la consolidation de l'aide destinée in fine à permettre aux
quotidiens de supporter les charges liées au plan sociale des NMPP, doit éviter de
générer des effets pervers sur le second opérateur de messageries, les Messageries
lyonnaises de presse. L'effort budgétaire en faveur des NMPP ne doit pas, en
effet, avoir pour conséquence de perturber les conditions d'une concurrence
fragile parce que déséquilibrée, mais pourtant indispensable pour inciter à une
modernisation et à une adaptation qui bousculent toujours des habitudes trop
immuables, et qui s'est effectivement traduite par une baisse très significative des
tarifs d'intervention des messageries. Peut-être d'ailleurs l'organisation de cette
concurrence, à défaut de sa régulation, pourrait-elle justifier que le Conseil supérieur
des messageries de presse soit doté de moyens à la hauteur de sa mission, au-delà de
la création d'une association pour son financement, déjà décidée. Il serait en effet
opportun de garantir l'indépendance de son rôle d'une manière qui ne soit
contestable par aucun des acteurs concernés, et qui puisse préserver les intérêts
complémentaires des messageries, comme ceux des éditeurs.
Dans cette perspective, et notamment compte tenu de l'importance de l'aide
accordée par l'État aux quotidiens nationaux pour compenser le maintien des
? 22 ?
barèmes des NMPP, il y lieu de se demander si le moment ne serait pas venu pour le
Gouvernement de recourir à la possibilité de faire procéder au contrôle externe des
comptes des messageries, et en l'occurrence à l'évaluation de l'utilisation de l'aide
publique, par des magistrats de la Cour des comptes, comme l'a prévu, dès
l'origine, l'article 16 de la loi Bichet de 1947. Cette décision, qui n'appartient
qu'aux ministres de tutelle, permettrait de doter l'organe de régulation des
professionnels par les professionnels d'une aide, indépendante des opérateurs
comme du Gouvernement, au moins pour la période couverte par le plan social des
NMPP. Cette éventuelle décision irait d'ailleurs dans le sens de ce qui existe aussi
bien pour l'AFP que pour le contrôle des nouvelles aides à la presse financées par le
fonds de modernisation, confié à une commission de contrôle composée de membres
de la Cour des comptes.
Un problème qui demeure : la situation préoccupante des
diffuseurs
Le nombre des diffuseurs a recommencé à diminuer, particulièrement en
Ile-de-France, après une stabilisation sur la période 1995-1998 à environ 32.000. La
revitalisation du réseau de détail constitue sans doute, aujourd'hui, pour la diffusion
au numéro,une préoccupation majeure, qui peut s'articuler sur plusieurs axes :
améliorer la rémunération, dans le sens prévu par les NMPP, avec une
part complémentaire récompensant les efforts de modernisation consentis par les
diffuseurs. Des mesures fiscales d'une portée financière limitée, mais à forte charge
symbolique, comme l'exonération de taxe professionnelle, pourraient également
contribuer utilement à améliorer la rémunération nette d'impôt ;
une réflexion sur le « désengorgement des linéaires » pourrait utilement
être menée. Sans conduire à supprimer un nombre trop important de publications
diffusés en kiosque, elle pourrait notamment s'interroger sur la place prise par des
articles qui ne font que s'apparenter à la presse, mais qui présentent l'intérêt d'un
prix de vente unitaire beaucoup plus élevé que les journaux ;
enfin, mais l'exercice est sans doute difficile, les fastidieuses tâches de
manipulations d'invendus, qui ne génèrent pas de véritable plus-values, bien au
contraire, pour les diffuseurs, devraient être réduites au minimum. Des expériences
ont été tentées en ce sens, pour mieux approcher les volumes distribués des volumes
effectivement vendus. La réduction du taux d'invendus constitue sans doute une voie
difficile, mais intuitivement intéressante, tant pour les éditeurs, que pour les
messageries et les diffuseurs.
f) L'aide à la diffusion de la presse hebdomadaire régionale
d'information politique et générale
Objet de l'aide : Soutenir la diffusion de la presse d'information politique
et générale, sous sa forme hebdomadaire régionale, départementale ou locale, pour
les journaux dont le prix de vente est compris entre 50 % et 180 % du prix de vente
? 23 ?
moyen des quotidiens de la même famille. L'aide n'est ciblée que par la nature de
ses destinataires.
Comme pour plusieurs autres fonds, celui-ci est composé, depuis 1997, de
deux sections, la seconde, plus récente, ne pouvant excéder 15 % du total. Cette
seconde section a pour objet de permettre une attribution plus sélective, au bénéfice
de journaux légers (50 % au moins des exemplaires devant peser moins de
100 grammes), et dont la diffusion postale payée est majoritaire dans l'ensemble des
ventes. La deuxième section permet donc d'élargir, marginalement, le soutien à la
PHR fonctionnement principalement par abonnements postés.
La répartition des crédits disponibles par titre est fondée sur un prorata,
calculé en fonction du nombre d'exemplaires vendus au numéro, dans les limites de
2.000 à 20.000 exemplaires. Pour la première section, l'aide par exemplaire est
calculée en divisant le montant des crédits disponibles par le nombre moyen
d'exemplaires effectivement vendus au numéro. Pour la deuxième section, le taux de
subvention par exemplaire est égal au rapport des crédits disponibles sur la section
sur le nombre d'exemplaires effectivement vendus par abonnement postal.
En 2002, sur les 192 demandes de publications, 186 ont été reconnues
éligibles à la première section, et 37 également à la seconde (sur 44 demandes
relatives à la seconde section). Les taux de subvention se sont élevés à environ
2 centimes par exemplaire hebdomadaire pour la première section, et à 3 centimes
par exemplaire pour la seconde.
Les crédits prévus pour l'aide à la diffusion de la PHR (presse
hebdomadaire régionale) sont maintenus en euros courants en 2003, à hauteur de 1,4
millions d'euros.
3.- Une amélioration ciblée des aides concourrant au maintien
du pluralisme de la presse
Les aides destinées à concourir au maintien du pluralisme, c'est-à-dire à
vocation défensive pour des publications à l'équilibre économique fragile, sont
inscrites sur l'article 20 du chapitre des aides à la presse, dont l'évolution des crédits
est retracée dans le tableau ci-dessous.
ÉVOLUTION DES CRÉDITS DE L'ARTICLE 20
(en millions d'euros)
Paragraphes de l'article 20 Loi de finances
2002
Projet de loi de
finances pour 2003
2003/2002
(en %)
Aide aux quotidiens nationaux d'information générale et
politique à faibles ressources publicitaires
4,62 4,62 -
Aide aux quotidiens régionaux et locaux à faibles ressources
de petites annonces
1,38 1,44 + 4,3
Total 6,02 6,07 + 0,8
a) Les quotidiens nationaux à faibles ressources publicitaires
? 24 ?
Objet de l'aide : il s'agit de soutenir les quotidiens de langue française
d'information politique et générale à diffusion nationale, paraissant cinq jours au
moins par semaine, dont le prix de vente n'est pas trop élevé par rapport à la
moyenne, mais dont les recettes publicitaires sont proportionnellement faibles.
Le fonds est divisé en deux sections, dont la première ne peut être inférieure
à 85 % de la dotation globale du fonds.
Les conditions d'éligibilité au titre de la première section sont les
suivantes : être un quotidien de langue française d'information politique et générale
à diffusion nationale, paraissant cinq jours au moins par semaine, imprimé sur papier
journal et dont le prix de vente est compris dans une fourchette de - 10 % à + 30 %
du prix de vente moyen pondéré des quotidiens nationaux d'information politique et
générale. La diffusion et le tirage ne doivent pas excéder, respectivement, 150.000 et
250.000 exemplaires. Enfin, les recettes publicitaires ne peuvent excéder 25 % des
recettes totales. Ces conditions sont vérifiées sur les données de l'année précédant
celle de l'attribution de l'aide.
Le bénéfice de la seconde section est accordé aux journaux répondant aux
mêmes conditions, mais dont le prix de vente ne dépasse pas 130 % du prix de vente
moyen pondéré par la diffusion annuelle en France des quotidiens nationaux
d'information politique et générale, sans plancher.
Le décret n° 2000-1050 du 25 octobre 2000 a modifié le mode de calcul du
taux unitaire de subvention afin de prendre en compte le volume des ventes
effectives des quotidiens éligibles à l'aide. Pour la première section, le taux d'aide
unitaire est obtenu en divisant les crédits disponibles au titre de la première section
par le chiffre de diffusion, en données corrigées, de l'ensemble des quotidiens
éligibles. Pour chaque quotidien, le chiffre de diffusion, en données corrigées
correspond à la différence entre deux fois une valeur de référence et le nombre
d'exemplaires effectivement vendu par ce quotidien au cours de l'exercice précédant
l'année d'attribution de l'aide. L'aide attribuée à chaque quotidien est égale au taux
unitaire multiplié par son chiffre de diffusion.
Pour la deuxième section, le taux unitaire est obtenu en divisant les crédits
disponibles au titre de la deuxième section par le nombre d'exemplaires
effectivement vendus, au cours de l'exercice précédant l'année d'attribution de
l'aide, par l'ensemble des quotidiens éligibles. L'aide attribuée à chaque quotidien
est égale au taux unitaire multiplié par le nombre d'exemplaires effectivement
vendus par ce quotidien.
En pratique, en dépit, ou grâce à, ce mécanisme relativement complexe,
seuls deux quotidiens importants bénéficiaient jusqu'à présent de ce soutien,
essentiel à leur survie. Compte tenu de leur ligne éditoriale, il est manifeste que le
fonds qui les soutient concourre clairement à l'objectif constitutionnel de pluralisme
de la presse.
? 25 ?
Pourrait également s'y ajouter en 2002, puis 2003, le journal France Soir,
en raison de la diminution de ses recettes publicitaires. Pour l'exercice en cours, le
versement de l'aide aux titres éligibles, compte tenu de l'irruption de France soir,
s'opérerait par redéploiement au sein du chapitre 41-10.
Toutefois, le sort de ce journal demeure incertain. Si son existence n'était
plus menacée, ce que votre Rapporteur spécial ne peut que souhaiter au regard de
l'importance de ce quotidien dans l'histoire et le patrimoine de la presse française, il
faut cependant relever que l'aide unitaire serait nécessairement diminuée, du moins
sur la seule base des crédits actuellement inscrits pour 2003. En effet, ceux-ci sont
maintenus strictement inchangés par rapport à 2002, en euros courants, à 4,62
millions d'euros. Dans ce cas, il sera nécessaire de prévoir un supplément de
dotation, par exemple en loi de finances rectificative, de façon à conserver aux
actuels bénéficiaires le volant d'aide indispensable à leur pérennité.
RÉCAPITULATIF DU FONDS D'AIDE AUX QUOTIDIENS NATIONAUX
À FAIBLES RESSOURCES PUBLICITAIRES
(en millions d'euros)
Exercices
budgétaires 1995 1999 2000 2001
La Croix 1,06 1,73 2,13 2,21
L'Humanité 0,75 1,27 2,25 2,34
Play Bac Presse - 0,03 0,03 0,03
Dotation budgétaire 1,91 3,05 4,42 4,57
Source : DDM
b) Les quotidiens régionaux à faibles ressources de petites annonces
Objet de l'aide : cette aide a le même objet que la précédente, mais est
destinée aux quotidiens d'information politique et générale régionaux,
départementaux et locaux.
La première section de l'aide est réservée aux quotidiens de langue
française, remplissant de multiples conditions : parution cinq jours au moins par
semaine et imprimés sur papier journal ; tirage et diffusion payante respectivement
inférieurs, en moyenne, à 70.000 et 60.000 exemplaires ; édition locale la plus
diffusée vendue à un prix inférieur à 130 % du prix de vente moyen des quotidiens
régionaux, départementaux ou locaux d'information politique et générale ; recettes
de petites annonces n'excédant pas 5 % de leurs recettes publicitaires totales ; enfin,
absence de position dominante de diffusion dans la région ou le département où ils
sont diffusés.
Depuis 1997, une deuxième section, toujours dans un plafond de 15 % du
total es crédits du fonds, a été ouverte en faveur des quotidiens ne pouvant pas
bénéficier des aides attribuées au titre de la première section. Cette nouvelle section
a pour but d'apporter une aide aux quotidiens qui subiraient de fortes augmentations
de leurs abonnements postaux en conséquence du relèvement des tarifs prévu par les
accords Galmot. Elle est allouée dans les mêmes conditions que la première part, à
l'exclusion des différences suivantes : pas de prix minimum de vente ; diffusion
? 26 ?
payante inférieure à 50.000 exemplaires ; recettes de petites annonces n'excédant pas
15 % des recettes publicitaires totales ; plus du quart de la diffusion payée assurée
par voie d'abonnement postal ; 40 % des abonnements postaux concernant des
publications de moins de 100 grammes. Sont par ailleurs exclues du bénéfice de
cette aide les entreprises de presse qui éditent également des publications gratuites.
? 27 ?
Pour chaque section, la répartition du montant global annuel de l'aide est
définie proportionnellement au nombre d'exemplaires vendus et dans la limite d'un
plafond de subvention par exemplaire vendu, égal à 6 % du prix de vente moyen des
quotidiens régionaux, départementaux ou locaux d'information politique et générale.
Le nombre de bénéficiaires est passé, entre 2001 et 2002, de 12 à 14,
suivant une répartition qui n'a pas pu être communiquée par l'administration, faute
d'être achevée. En 2001, 11 quotidiens ont bénéficié de la première section, pour un
montant allant de 218.400 F à 1,464 million de francs, et se sont répartis 93 % du
fonds. Un seul titre était éligible à la seconde section (Centre-Presse Rodez), ce qui
laisse supposer que les critères en sont peut-être un peu trop restrictifs.
Les crédits inscrits pour 2003 reprennent l'augmentation continue depuis
1996, interrompue seulement en 2002, avec un supplément de crédits de 4,3 % par
rapport à la loi de finances pour 2002. En sept ans, l'augmentation des crédits de ce
fonds se sera ainsi élevée à 37 %, soit 2,6 millions d'euros.
Cette croissance des moyens contribue à l'équilibre, que doit rechercher
l'État, dans ses aides aux différentes familles de presse, et notamment en faveur de
la presse départementale et locale, qui n'a pas toujours la même capacité de se faire
entendre au plan national que les autres segments de la presse.
4.- L'aide au multimédia : des crédits qui restent limités, et une
gestion à régulariser
Objet de l'aide : Le fonds multimédias est destiné à sous forme d'avances financer
les investissements en équipements (matériels informatiques ou de numérisation,
constitution de banques de données numérisées...) et les investissements immatériels
(logiciels, frais de R & D, recours au conseil, recrutement de cadres et techniciens,
promotion et marketing ...), à raison d'un seul projet par an et par entreprise de
presse, et dans la limite d'un plafond de 50 % de dépenses d'investissement ellesmêmes
plafonnées à 300.000 euros. Le remboursement intervient sur une durée de 9
à 48 mois. En cas de bonne fin du projet, un allègement peut être consenti sur le
remboursement, à hauteur de 40 % au maximum. En pratique, il va de 5 à 20 %.
Aux termes de la convention du 8 janvier 1997, la gestion du fonds
multimédia a été confiée conjointement à l'institut de financement du cinéma et des
industries culturelles (IFCIC), établissement de crédit spécialisé au sein duquel l'État
est représenté, et au service juridique et technique de l'information et de la
communication, devenu depuis Direction du développement des médias.
En dépit de la modestie de son montant(10), ce fonds revêt une importance
qu'il convient de ne pas mésestimer : d'une part, il constitue le seul instrument
d'aide à la presse accessible à toutes les familles de presse, en particulier aux
projets de taille modeste, le fonds de modernisation ayant pris le relais après
1999 pour les projets les plus importants ; d'autre part, il a pour objet d'inciter la
(10) 3 millions d'euros à la création du fonds en 1997, puis 1,5 million d'euros en 1998 et 1999.
? 28 ?
presse à développer des projets qui, seuls, sans doute, par leur nature, lui
permettraient d'envisager d'inverser la tendance historique de fond à la baisse de la
lecture de la presse, alors même que les autres paramètres, notamment fiscaux,
tendraient plutôt à obérer toute tentative de développement de modèles de presse
économiquement rentables sur l'internet (cf. infra).
Depuis sa création, le fonds a permis de consentir 90 avances(11), pour un
montant total de 9,65 millions d'euros, soit une moyenne de 107.000 euros finançant
des investissements eux-mêmes en moyenne de 560.000 euros. Le fonds présente
donc un fort effet de levier. Aujourd'hui, les besoins demeurent importants pour la
presse départementale. Par ailleurs, les sites existants exigent maintenant des
dépenses d'optimisation technique, d'enrichissement en contenu, et de promotion
éditoriale. Par ailleurs, la France ne se singularise pas, au plan international, par un
nombre de sites en ligne de quotidiens particulièrement élevé : ce nombre n'est
passé, entre 1997 et 2001, que de 17 à 39, quand, en Italie, il passait de 17 à 89, en
Espagne de 16 à 100, et que, en Allemagne, il a atteint, en 2001, 256 (12).
Mais le fonds a hérité du précédent Gouvernement de lourdes difficultés de
gestion dues aux lacunes de la procédure d'appel d'offres, la dernière convention
passée avec l'IFCIC ayant expiré le 8 janvier 2002(13). Ces difficultés, qui interdisent
de maintenir telle quelle l'organisation de la gestion des avances et des
remboursements par l'IFCIC, apparaissent comme particulièrement critiquables,
alors même que le contrôleur financier près les services généraux du Premier
ministre avait soulevé dès 2000 l'insuffisance de fondement juridique pour opérer
les versements à l'IFCIC sans avoir procédé préalablement à un appel d'offres.
La présentation, dans le projet de budget pour 2003, d'une ligne budgétaire
qui demeure vide de crédits nouveaux, et qui ne pourra être alimentée que par les
seuls remboursements des avances consenties par le passé, sous réserve de
l'ouverture dans un délai raisonnable du fonds de concours promis par le
Gouvernement, apparaît comme une solution de pis-aller insatisfaisante.
En effet, en tout état de cause, le montant des remboursements ne dépassera
pas 1,6 million d'euros en 2003, ce qui ne permettra de financer qu'un nombre réduit
de nouveaux projets. De plus, les incertitudes juridiques sur la procédure ne
paraissent pas garantir de manière certaine que l'IFCIC puisse effectivement
accorder aucune nouvelle avance à compter du 1er janvier 2003.
Il est donc urgent que la procédure d'appel d'offres soit enfin lancée, de
façon à sécuriser le dispositif du fonds multimédia, et que les hésitations relatives à
la qualification du service, marché public ou délégation de service public , soient
rapidement levées.
(11) 75 % de création de sites, 21 % de refontes.
(12) Données WAN (World association of newspapers).
(13) Ce n'est que par une simple lettre des ministres de la Culture et des Finances en date du 25 avril 2002, que l'IFCIC
s'est vu confier, à titre temporaire, la gestion du fonds, dans l'attente du lancement d'une procédure adéquate.
? 29 ?
B.- UNE MEILLEURE MOBILISATION DES RESSOURCES DU FONDS DE
MODERNISATION DE LA PRESSE QUOTIDIENNE
Issu d'une initiative du prédécesseur de votre actuel Rapporteur spécial,
l'article 62 de la loi de finances pour 1998 a créé un compte d'affectation spéciale
n° 902-32, intitulé « Fonds de modernisation de la presse quotidienne et assimilée
d'information politique et générale ». L'article 25 du projet de loi de finances pour
2003, adopté en première lecture par l'Assemblée nationale le 22 octobre dernier, a
prévu de transformer ce fonds en une section d'un compte d'affectation spéciale plus
large, étendu au financement du FSER (Fonds de soutien à l'expression
radiophonique locale) par la taxe sur la publicité radiodiffusée et télévisée,
substituée par le même article à la taxe parafiscale du même nom. Cette modification
est sans effet sur le fonds de modernisation de la presse, car les deux sections du
nouveau compte d'affectation spéciale seront intégralement disjointes en gestion
pour leurs recettes, comme pour leurs dépenses.
1.- Des perspectives de recettes plutôt favorables
Les principales recettes du fonds sont constituées par le produit de la taxe
instituée à l'article 302 bis MA du code général des impôts, ainsi que par le
remboursement par les bénéficiaires des avances consenties par le fonds.
La taxe qui alimente le fonds de modernisation de la presse est due par
toute personne assujettie à la TVA dont le chiffre d'affaires de l'année civile
précédente est supérieur à 5 millions de francs hors TVA. Son taux est de 1 % et elle
est assise sur les dépenses engagées au cours de l'année civile précédente et ayant
pour objet la réalisation ou la distribution d'imprimés publicitaires, ainsi que les
annonces et insertions dans les journaux mis gratuitement à la disposition du public.
Sont exclues de l'assiette de la taxe les dépenses engagées par les
associations à but non lucratif en application des dispositions des articles 256 B, 261
(9° du 4 ou 1° du 7) du code général des impôts, et celles afférentes à la réalisation
ou à la distribution de catalogues adressés, destinés à des opérations de vente par
correspondance ou à distance.
Le rendement de la taxe est généralement considéré comme relativement
décevant, y compris après le démarrage un peu lent du départ. Certes, les évaluations
initiales du produit ont pu, à l'origine, pêcher par un excès d'optimisme, en citant,
sans trop de prudence, un montant annuel de 400 millions de francs. Mais celui-ci,
fondé sur des données macro-sectorielles trop larges, aurait dû écarter des prévisions
de l'assiette différentes formes de publicités exonérées, notamment certaines formes
de publicité imprimée comme la presse payante, les annuaires et l'affichage, la part
représentée par les entreprises non concernées du fait de leur taille (au maximum
30 %, soit quelques 15 milliards de francs), ainsi que les catalogues de la vente par
correspondance. Selon les estimations du précédent Rapporteur spécial, l'assiette
théorique plausible de la taxe pouvait être estimée à environ 33 milliards de francs,
soit un produit théorique d'environ 45 millions d'euros.
? 30 ?
Les efforts de l'administration fiscale, qui a accepté d'adjoindre au
formulaire de déclaration de TVA d'avril 2001 une mention additionnelle rappelant
l'obligation, pour les entreprises concernées, de déclarer leurs dépenses taxables, se
sont accompagnés d'un rendement effectif supérieur de 2,6 millions d'euros aux
prévisions (soit + 10,8 %).
RENDEMENT DE LA TAXE SUR LES IMPRIMÉS PUBLICITAIRES
(en millions d'euros)
Exercices
1998
exécution
1999
exécution
2000
exécution
2001
-prévisions
-exécution
2002
prévisions
2003
prévision
Recettes 21,5 24 24,8 - 24,4
- 27,02
29 29
Source : DDM
Pour 2002, le produit attendu de la taxe a été estimé à 29 millions d'euros,
soit une hausse très marquée par rapport aux prévisions de 2001 (+ 19 %), et encore
sensible par rapport aux réalisation pour la même année (+ 7 %). Ce montant a été
reconduit sans changement pour 2003.
2.- Le bilan satisfaisant de l'utilisation des fonds
Le fonds a été élargi par la précédente loi de finances à l'aide à la
distribution des quotidiens nationaux d'information politique et générale, ainsi qu'il
a été précédemment indiqué.
En ce qui concerne l'aide à la modernisation à proprement parler, c'est-àdire
l'objet initial du fonds, les bénéficiaires sont :
- les entreprises de presse éditrices d'au moins un quotidien ou d'une
publication hebdomadaire régionale ayant obtenu la certification d'inscription
délivrée par la commission paritaire des publications et agences de presse et relevant
de la presse d'information politique et générale ;
- les agences de presse inscrites sur la liste prévue à l'article 1er de
l'ordonnance n° 45-2646 du 2 novembre 1945 portant réglementation provisoire des
agences de presse.
Les aides accordées prennent la forme de subventions, d'avances
remboursables ou de dépenses d'études. Les décisions d'attribution sont prises par le
ministre chargé de la Communication après avis d'un comité d'orientation paritaire
présidé par un membre du Conseil d'État. L'utilisation des fonds par les entreprises
fera l'objet d'un contrôle par une commission spécialisée présidée par un magistrat
de la Cour des comptes.
Le fonds doit évidemment permettre aux entreprises de presse de se
moderniser et de se développer. Divers investissements peuvent ainsi être aidés,
qu'il s'agisse d'équipements tels l'achat de nouvelles rotatives, ou de dépenses liées
? 31 ?
au multimédia (numérisation des archives, création de sites Internet) pour les projets
importants.
Les conditions d'application du dispositif ont été précisées par un décret
n° 99-79 en date du 5 février 1999 modifié par un premier décret n° 99-356 du 7 mai
1999, puis par un second du 3 mai 2002.
Les critères d'attribution des aides accordées au titre du fonds sont la
« situation de l'entreprise », l'ensemble des aides publiques dont elle est susceptible
de bénéficier, la nature et la qualité du projet, la contribution du projet à la
modernisation de l'entreprise, son coût net pour celle-ci ainsi que l'effet du projet sur
l'emploi. Il est aussi tenu compte de la nature et des caractéristiques de la catégorie
de publication concernée. Les subventions et avances sont soumises, par projet, à des
plafonds et des taux maxima par famille de presse. Le montant total de l'aide
accordée à un projet, sous forme de subvention et d'avance, ne peut dépasser 40 %
du montant des dépenses éligibles. Le taux peut cependant être porté à 50 % des
dépenses éligibles pour les projets collectifs.
Les modifications réglementaires introduites en 2002 ont eu pour effet de
préciser la notion de dépenses éligibles. De même, le rôle de la commission de
contrôle a été élargi et renforcé. En outre, le début d'exécution des projets, qui
n'était possible qu'après la décision ministérielle d'attribution, est désormais
autorisé dès lors que l'entreprise est informée du caractère complet de son dossier de
demande d'aide ou si aucune demande de pièce manquante n'est formulée dans un
délai de deux mois. Cette disposition permet aux entreprises d'anticiper la mise en
oeuvre effective de leur projet, mais sans, naturellement, avoir l'assurance d'obtenir
la subvention ou l'avance sollicitées, ce qui serait contraire à la règle administrative
de paiement sur service fait..
La loi de finances pour 2001 avait ventilé 24,39 millions d'euros de
ressources prévues en 17,07 millions d'euros de subventions et 7,32 millions d'euros
d'avances. Le surplus de ressources constatées en 2001 sur le compte d'affectation
spéciale a été affecté, en 2002, au chapitre des subventions. La loi de finances pour
2002 a ensuite ventilé 28,993 millions d'euros de ressources prévues en 19,92
millions d'euros de subventions, 4,5 millions d'euros d'avances, et 4,573 millions
d'euros pour les aides à la distribution des quotidiens nationaux.
En 2003 , le projet de loi de finances prévoit de ventiler les 28,993 millions
d'euros de ressources prévues en 22 millions d'euros de subventions, 2,4 millions
d'euros d'avances et 4,573 millions d'euros pour les aides à la distribution des
quotidiens nationaux. Ce faisant, le projet fixe une nouvelle clé de répartition des
ressources entre subventions et avances, plus favorable aux entreprises : 90 % seront
destinées aux subventions et 10 % aux avances (la clé de répartition était de 80/20 en
2002 et de 70/30 en 2001). Le mouvement de transformation des avances en
subventions, dans les crédits nouvellement ouverts, aura ainsi sans doute trouvé sa
limite. Il conviendrait alors, en conséquence, pour conserver le caractère vertueux
des avances, fussent-elle d'un niveau proportionnellement symboliques, de lier
systématiquement pour un même dossier, 90 % de subvention et 10 % d'avances.
? 32 ?
Ainsi sera-t-il possible de contribuer à réalimenter, même de manière limitée, le
fonds pour l'avenir, tout en évitant de laisser apparaître un montant de crédits
d'avances systématiquement inutilisées.
À la fin 2001, les décisions d'aides se sont traduites par l'octroi au total de
69,05 millions d'euros de subventions et 3,72 millions d'euros d'avances. La presse
quotidienne nationale a bénéficié de 25 % des aides (subventions + avances), soit
18,18 millions d'euros, la presse quotidienne régionale de 51,52 %, soit
37,50 millions d'euros, la presse quotidienne départementale de 10,07 %, soit
7,33 millions d'euros, la presse hebdomadaire régionale de 10,56 %, soit
7,69 millions d'euros, enfin les agences de presse de 2,85 %, soit 2,08 millions
d'euros.
Selon les informations transmises à votre Rapporteur spécial, après le
dernier conseil de gestion de juin 2002, et avant celui du 20 octobre prochain,
restaient libres de tout engagement déjà donnés, au titre des subventions,
21,3 millions d'euros, et au titre des avances (fort peu susceptibles de diminuer, pour
des raisons bien connues) 16,8 millions d'euros.
3.- Quelles perspectives pour l'évolution du fonds ?
Votre Rapporteur spécial tient à souligner que :
les ressources du fonds ont été mobilisées en 2003 pour un objet
légèrement différent de celui originellement prévu, mais néanmoins assimilable à
celui-ci dans le sens où le financement du plan de modernisation des NMPP peut
s'assimiler à une forme d'investissement dégageant une rentabilité ultérieure pour
les quotidiens nationaux ;
le soutien public à la presse doit, dans un souci d'équilibre, également
chercher à un exercer un effet de levier sur les ventes au titre du portage, plus
particulièrement intéressant pour la presse régionale, et qui peut également
nécessiter des dépenses s'apparentant à des investissements durables, (véhicules de
transport, formations, logiciels, ...). Ces dépenses devraient en conséquence
pouvoir être prises en compte au titre de l'aide à la modernisation, à la
condition, naturellement, que cet élargissement ne s'opère pas à enveloppe
constante, c'est-à-dire aux dépens des actuels bénéficiaires légitimes. Cette
utilisation nouvelle pourrait mobiliser en partie les fonds actuellement disponibles
au titre des avances non consommées des exercices précédents, restant en attente,
très hypothétique, d'utilisation.
En revanche, la question de l'élargissement du périmètre des
bénéficiaires du fonds aux quotidiens d'information nationale, autre que
politique et générale, c'est-à-dire aux quotidiens sportifs, pour l'essentiel, selon
une liste incluant L'Équipe, mais aussi les quotidiens hippiques , se pose sans doute
avec moins d'acuité. Certes, on ne peut demeurer insensible aux deux arguments
suivant lesquels, d'une part, l'information sportive généraliste peut partiellement
? 33 ?
contribuer à la vie de la Cité, à un degré moindre cependant que les quotidiens
d'information économique , et, d'autre part, il ne faut pas défavoriser un groupe au
dynamisme économique incontestable. Pour autant, l'élargissement ne paraît pas
nécessairement justifié économiquement, compte tenu du caractère rare de la
ressource publique disponible au regard des montants des investissements lourds
(115 millions d'euros) prévus et d'ores et déjà programmés pour financer la création
d'imprimeries, en tout état de cause, par le principal groupe concerné. Par ailleurs,
un tel élargissement, qui se heurterait sans doute, en tout état de cause, s'il provenait
d'un parlementaire, aux contraintes imposées par l'application à l'Assemblée
nationale de l'article 40 de la Constitution, aurait vraisemblablement des
répercussions importantes et difficilement prévisibles sur les conditions d'éligibilité
aux autres dispositifs d'aides en faveur de la presse d'information politique et
générale.
III.- LES INTERROGATIONS QUI PESENT SUR LES AIDES INDIRECTES
À LA PRESSE
A.- UN MONTANT GLOBAL EN PROGRESSION
Les différentes aides indirectes et dépenses fiscales bénéficiant à la presse
sont retracées dans le tableau ci-après. Leur montant total s'élève à environ
680 millions d'euros, soit sensiblement plus que les aides budgétaires directes
ciblées sur un objet spécifique.
La principale aide indirecte, -mais aussi directe-, est celle versée à La Poste,
sur le budget des Poste et Télécommunications, pour compenser la partie du surcoût
de ses prestations de transport de la presse que l'État accepte de prendre en charge.
Les autres aides indirectes sont des dépenses fiscales, de montant et d'objet
très différents :
le taux réduit de TVA a pour objet de réduire le prix de vente au détail,
sans empêcher les entreprises de presse de récupérer la TVA qui a grevé leurs achats.
Compte tenu du taux super-réduit de la TVA sur les publications, le dispositif
fonctionne en quelque sorte comme une aide budgétaire, avec d'importants
remboursements de crédits de TVA ;
l'exonération de taxe professionnelle bénéficie, pour sa part, aux éditeurs,
aux agences de presse et, plus marginalement, aux correspondants ;
enfin, pour un montant devenu progressivement quasi-symbolique, mais
fortement réhaussé en prévisions pour 2002, la provision pour investissement
bénéficie aux entreprises, dont les résultats sont positifs, qui réalisent certains types
d'investissement, ce qui recoupe, d'une certaine manière, le champ du fonds de
modernisation.
? 34 ?
AIDES INDIRECTES À LA PRESSE
(en millions d'euros)
Nature de l'aide 1999 2000 2001 2002
Contribution du budget général à la Poste 282 290 290 290
Moins-values de recettes du Trésor public en raison d'allégements et de
régimes fiscaux particuliers aux entreprises de presse
-Allégement des taux de TVA (1) 183 183 193 197
-Exonération de la taxe professionnelle 184 184 180 175
-Régime spécial des provisions pour investissements (article 39 bis du CGI) 8,4 7,7 4,00 20
Total 657,4 664,7 667 682
(1) Perte de recettes par rapport à un taux de 5,5 %, et non de 19,6 %. Par rapport à ce dernier taux, la dépense
fiscale serait mécaniquement multipliée par 5,15.
Source : DDM
B.- L'AIDE POSTALE : UNE RENÉGOCIATION INÉLUCTABLE DU PARTAGE
DES COUTS, QUI DOIT RESPECTER LES CONTRAINTES DE CHACUN DES
ACTEURS
La contribution de l'État au service obligatoire du transport et de la
distribution de la presse constitue le principal soutien que l'État accorde à celle-ci.
Son principe est affirmé par l'article 38 du cahier des charges de La Poste, qui
dispose que l'État participe à la prise en charge du coût du service obligatoire du
transport et de l'acheminement de la presse.
Les accords du 4 juillet 1996 et du 10 janvier 1997, dits Galmot, du nom de
l'animateur de la table ronde qui les a négociés avec les trois parties en présence,
étaient destinés à contribuer à la maîtrise des dépenses publiques. Ils se sont traduits
par une revalorisation de la contribution assumée par la presse de 50 % sur cinq ans
(correspondant à un montant de l'ordre de 850 millions de francs) en contrepartie
d'améliorations de la qualité du service, et un engagement de La Poste de réaliser
des gains de productivité de 1,5 % par an sur cette activité.
Cette participation était toutefois déterminée pour la durée du contrat
d'objectif et de progrès de La Poste, c'est-à-dire jusqu'en 2001. Fixée à 282 millions
d'euros pour 1998 et 1999, la contribution annuelle de l'État a été portée à
290 millions d'euros en 2000 et 2001.
Parallèlement, la réglementation du transport et de la distribution de la
presse par La Poste a été assouplie, s'agissant notamment des conditions de
présentation des publications. Les mesures prises permettent également aux éditeurs
de tirer profit des évolutions technologiques et de mieux cibler leur clientèle en
effectuant, s'ils le souhaitent, une segmentation régionale ou professionnelle de leurs
publications.
Mieux orientée vers les coûts, la nouvelle grille tarifaire postale proposée
intègre des principes de neutralité économique : ainsi, la tarification est linéarisée en
fonction du poids, et prend en compte le degré de préparation et le critère d'urgence
des livraisons pour la presse.
? 35 ?
Afin de limiter l'impact économique du nouveau dispositif, plusieurs
mesures ont par ailleurs été prises. Parmi celles-ci, un dispositif de plafonnement et
d'étalement des hausses devait permettre de lisser dans le temps les ressauts
tarifaires les plus importants. Ce dispositif prévoyait que :
les publications dont le poids était supérieur à 100 grammes bénéficiaient d'un
écrêtement exprimé en pourcentage (augmentation maximale de 20 % en 1997 et
25 % les années suivantes) ;
les publications plus légères bénéficiaient d'un écrêtement exprimé en montant
(augmentation maximale de 15 centimes en 1997 et 20 centimes les années
suivantes).
Cette mesure générale de plafonnement maximal des hausses tarifaires
s'accompagnait de mesures financières particulières pour les publications les plus
fragilisées par l'application de la nouvelle tarification. L'Observatoire des tarifs
postaux de presse, composé de représentants de l'État, de La Poste et des
organisations professionnelles de la presse mais présidé par l'État, joue en principe
un rôle central dans la mise en oeuvre de ces mécanismes. En effet, il lui revient de
déterminer les publications les plus fragilisées, éligibles aux mesures particulières
transitoires, ainsi que le montant de chacune de ces mesures dont le financement est
assuré par La Poste. Celles-ci représentaient 4,5 millions d'euros entre 1997 et 2000.
Par ailleurs, le Gouvernement a souhaité que la presse concourrant
prioritairement au pluralisme d'expression bénéficie d'un soutien particulier. Pour ce
faire, il a été décidé de moduler le supplément de charges prévu en 1997 entre les
catégories de presse concernées, et les autres. C'est pourquoi les publications
d'information politique et générale paraissant au moins une fois par semaine
bénéficient d'un tarif postal inférieur de 28 % à celui des autres publications. En
conséquence, ces dernières ont dû, en contrepartie, supporter une hausse de leur
contribution postale supérieure aux 50 % globalisés sur l'ensemble de la profession.
Compte tenu de l'importance des coûts du transport postal pour la presse, en
particulier quotidienne, l'ampleur de cette modulation permet de comprendre le
caractère stratégique de la définition de la ligne de partage entre les bénéficiaires de
la modulation et les autres.
Afin d'assurer la transparence et la neutralité de ce dispositif, le
Gouvernement a déterminé, dans le cadre global préfixé de l'information politique et
générale, la liste des publications éligibles à ce titre, après avis d'une commission de
magistrats. Les publications concernées ont été informées des décisions prises par
l'État au début du mois de juin 1997. Pour les nouvelles publications concernées par
ce dispositif, c'est la commission paritaire des publications et agences de presse qui
décide de leur éligibilité.
Enfin, les publications à faibles ressources publicitaires, qu'elles soient
nationales (L'Humanité, La Croix ...) ou locales, continuent de bénéficier d'un
abattement supplémentaire sur les tarifs. Une réfaction de l'ordre de deux tiers par
rapport aux tarifs postaux de référence leur a été appliquée.
? 36 ?
Ce « ciblage » a été validé par la justice administrative, par un arrêt du
Conseil d'État(14) confirmant la légalité du décret postal du 17 janvier 1997. La
juridiction a notamment retenu que « le principe d'égalité devant le service public ne
s'oppose pas à ce qu'un traitement différent soit réservé aux usagers qui sont placés
dans des situations différentes ; que, compte tenu des difficultés particulières
rencontrées par la presse d'information politique et générale, le gouvernement a pu
légalement prévoir que cette dernière bénéficierait, dans les conditions qu'il
détermine, d'un abattement supplémentaire sur les tarifs postaux, lequel, loin de
porter atteinte au pluralisme de la presse écrite, tend au contraire à le rendre plus
effectif ; ( ...)». Par la même occasion, le Conseil d'État a également validé le
principe de l'extension des avantages tarifaires accordés à la presse d'information
général et politique à ses suppléments et hors séries.
Le tableau ci-après donne des évaluations provisoires du partage des coûts
du transport postal de la presse entre l'État, La Poste, et la presse depuis 1997,
actualisées pour 2001 par les résultats des nouvelles procédures de la comptabilité
analytique mise en place au sein du groupe La Poste et présentés devant
l'Observatoire le 27 septembre dernier. Les résultats confirment, et même
amplifient, l'analyse de La Poste suivant laquelle l'entreprise supporterait une charge
considérable au titre de l'acheminement de la presse, ce que la presse conteste
fermement. Selon ces données, la presse ne couvrirait en effet que 35 % des coûts à
la charge de La Poste, contre 27 % en 1996, malgré le relèvement tarifaire de 50 %
et une contribution de l'établissement public passée de 300 à 436 millions d'euros.
Les charges de presse seraient, pour 81 %, dues à la distribution, et pour 18,5 % à
l'acheminement (tri, transit, transport).
FINANCEMENT DU COUT DU SERVICE OBLIGATOIRE DU TRANSPORT DE LA PRESSE
(en millions d'euros)
1997 1998 1999 2000 2001
Coût global 1.126 1.132 1.137 1.143 1.208
Recettes 326 372 396 419 436
Contribution de l'État 290 282 282 290 290
Contribution de La Poste 511 478 459 434 482
Source : La Poste
Les représentants de la presse considèrent que les résultats qui leur ont été
communiqués manquent de vraisemblance. Il s'appuient notamment sur le fait que
l'imputation de 30 % du coût total de la distribution de la presse ne leur paraît pas
cohérente avec sa part en nombre d'objets transportés (8 %), alors que, depuis
plusieurs années, La Poste faisait valoir que le poids ne constituait pas un paramètre
déterminant du coût global de l'acheminement de la presse.
De même, la presse a fait valoir, par une lettre adressée à Mme Nicole
Fontaine, ministre déléguée à l'Industrie chargée de la tutelle de La Poste, que
certains des résultats analytiques présentés, notamment le surcoût important de la
distribution en zone rurale des journaux et publications à la fois urgents et lourds (ce
qui vise directement les quotidiens avec suppléments du week-end), risquait de
conduire La Poste à une demande de modulation de ses tarifs incompatible avec les
principes de péréquation géographique.
(14) Arrêt du 29 septembre 1999 (CE - Syndicat de la presse périodique, culturelle et scientifique).
? 37 ?
Par ailleurs, si l'État a bien respecté ses engagements en contribuant au
transport postal de la presse à hauteur des montants fixés par le contrat de plan et en
procédant aux assouplissements réglementaires demandés par la presse pour l'accès
au tarif préférentiel fixé pour le transport de la presse, il n'en demeure pas moins que
le précédent Gouvernement a laissé se creuser un vide contractuel fortement
préjudiciable à la visibilité de moyen, voire de court terme, des entreprises de presse.
En effet, les accords Galmot sont arrivés à échéance il y a maintenant dix
mois, sans que le Gouvernement ne fasse le nécessaire pour mettre en place un
nouvel espace de négociation et de dialogue sur ce sujet aussi essentiel pour
l'équilibre financier de la presse, qu'important budgétairement pour l'État et La
Poste. Il importe de combler cette négligence aussi rapidement que possible, faute de
quoi des positions beaucoup plus brutales et déséquilibrées pourraient être décidées
de manière unilatérale, sans considération de la nécessité de soutenir la diffusion de
la presse par les abonnements postés.
Dans l'attente, il ne devrait pas y avoir en 2003 de reconduction des hausses
tarifaires annuelles prévues par les accords Galmot, puisque ceux-ci ne s'appliquent
plus. Pour sa part, et après quelques hésitations des autorités chargées de l'élaborer,
le projet de budget prévoit finalement, de manière raisonnable, de reconduire en
2003 la participation de l'État à la prise en charge du coût du service obligatoire du
transport de presse au niveau de 290 millions d'euros.
Votre Rapporteur spécial estime que, sur ce sujet, les certitudes des uns et
des autres ont quelque difficulté à laisser place à une discussion raisonnée et
raisonnable, tenant compte des contraintes économiques de tous les acteurs.
L'équilibre global des comptes de La Poste devient progressivement une exigence
qui ne pourra plus durablement être écartée, dans un contexte de libéralisation
progressive. Inversement, La Poste ne doit pas être conduite, pour autant, à réduire
sa présence en milieu rural, souvent déterminante pour les habitants de zones
faiblement peuplées. Mais, dans le même temps, la situation économique de la
presse lui interdit, en tout état de cause, de relever sa contribution à son propre
transport postal au niveau considéré comme équilibrant les comptes de La Poste
(ce qui correspondrait à un doublement de sa contribution actuelle). Enfin, l'État
n'est pas en mesure de prendre en charge la différence intégrale entre ce que paie la
presse, et ce que supporte La Poste.
Il devient donc urgent de relancer un processus de discussion associant
les trois parties, dans laquelle l'État sera à même de placer le curseur de ce qu'il
considère comme le service public postal au niveau adéquat, et où l'équilibre
recherché entre les différents modes de transport (postal, porté, distribué), pourra
constituer un élément rationnel de la discussion.
? 38 ?
C.- DES AIDES FISCALES DEVENUES TRADITIONNELLES
1.- Le régime spécial des provisions pour investissement des
entreprises de presse
L'article 118 de la loi de finances pour 1997 a reconduit, jusqu'en 2001, en
les aménageant, les dispositions de l'article 39 bis du CGI (code général des impôts).
Ce dispositif a de nouveau été reconduit pour cinq années à compter de 2002. Il
permet aux entreprises de presse, éditant soit un quotidien ou un hebdomadaire
départemental ou régional consacré principalement à l'information politique et
générale, soit une publication mensuelle ou bimensuelle consacrée pour une large
part à l'information politique, d'affecter en franchise d'impôt une partie de leurs
profits à des investissements nécessaires à leur exploitation. Les entreprises
concernées peuvent ainsi retrancher de leur bénéfice imposable, dans certaines
limites, soit les dépenses effectuées au cours de l'exercice pour l'acquisition de tels
équipements, soit une provision destinée à leur permettre de faire face au
financement ultérieur d'investissements de cette nature.
Votre Rapporteur spécial relèvera que la portée de ce régime fiscal
dérogatoire est en pratique fortement réduite. En premier lieu, il est évidemment
limité aux seules entreprises réalisant des bénéfices, ce qui n'est pas si fréquent dans
ce secteur, et le sera sans doute encore moins en 2002 et surtout en 2003. Par
ailleurs, la limitation du champ d'application aux seules entreprises éditrices
favorise les structures intégrées, susceptibles de procéder à des investissements
significatifs. Enfin, les dépenses éligibles ne concernent qu'une partie des actions de
modernisation envisageables. Il convient toutefois de constater que n'est pas exclue
la constitution de bases de données, extraites du journal ou de la publication éligible
ainsi que l'acquisition du matériel informatique nécessaire à leur exploitation ou à la
transmission de ces données.
Ces diverses limites expliquent sans doute le fait que la moins-value fiscale
pour le budget de l'État, estimée à 150 millions de francs en 1998, a fortement baissé
depuis pour ne plus représenter que 25 millions de francs en 2001. selon les
estimations de l'administration , ce montant se relèverait sensiblement, en 2002, à
hauteur de 20 millions d'euros.
La reconduction de ce dispositif pour cinq ans sans réflexion réelle sur
l'évaluation de son efficacité témoigne du manque de réflexion transversale sur
l'ensemble de l'aide à la presse. Reconduire un dispositif devenu quasi-marginal ne
présentait d'intérêt réel que pour autant que l'occasion soit saisie de l'améliorer ou,
au moins de l'évaluer précisément, d'autant que le fonds de modernisation de la
presse a en réalité été créé avec le même objectif, mais avec des moyens plus
importants, et des conditions de mise en oeuvre nettement plus souples.
? 39 ?
2.- L'exonération de taxe professionnelle
Aux termes de l'article 1458 du CGI, les éditeurs de feuilles périodiques
dont la partie littéraire, scientifique ou d'information au sens large forme le corps
même de leurs publications et dont, inversement, les annonces et la publicité ne
constituent que l'accessoire et, sous certaines conditions, les agences de presse ainsi
que les correspondants locaux de presse régionale et départementale, sont exonérés
de taxe professionnelle.
Le champ d'application de cette exonération de taxe professionnelle est
relativement large puisqu'il comprend non seulement les éditeurs de feuilles
périodiques (journaux ou revues), les établissements procédant à l'impression et à la
diffusion des périodiques lorsque celles-ci sont effectuées par les éditeurs des
publications eux-mêmes ou par des sociétés coopératives de presse, mais aussi les
agences de presse choisis par arrêté sur proposition d'une commission paritaire.
Le coût de l'exonération est supporté par les collectivités locales, sans
compensation par l'État. Celles-ci participent ainsi à l'effort commun en faveur de la
presse, à hauteur d'un montant de 180 millions d'euros en 2001, et de 174 millions
d'euros en 2002. La dépense fiscale se réduit, mécaniquement, avec la baisse du
poids de la taxe professionnelle de droit commun consécutive à la suppression
progressive de la part salariale de l'assiette. Cette réduction ne correspond
évidemment pas pour autant à une dégradation des conditions de l'exonération
spécifique à la presse, mais à une simple diminution de l'avantage relatif : la baisse
de la dépense fiscale ne correspond qu'à la réduction de l'écart entre l'application du
droit fiscal commun et du droit dérogatoire.
3.- Le régime particulier de la TVA sur la presse
Le taux super-réduit de la TVA réservé depuis 1977 aux quotidiens et
assimilés a été a étendu à tous les périodiques, à compter du 1er janvier 1989, par
l'article 88 de la loi n° 87-1060 du 30 décembre 1987. Cette mesure a été, jusqu'à il
y a encore peu, mise en cause à plusieurs reprises par la politique communautaire de
rapprochement des taux de TVA.
Certes, la directive 92/77/CEE du 19 octobre 1992 relative au
rapprochement des taux de TVA permet le maintien des taux super-réduits,
c'est-à-dire inférieurs au taux réduit minimal de 5 %(15) dès lors qu'ils existaient
avant le 1er janvier 1991 et ce, jusqu'à la fin de la période transitoire, fixée
initialement au 1er janvier 1997. Ainsi, la France peut-elle maintenir le taux de
2,10 % applicable notamment à la presse pendant toute la durée de la période
provisoire.
Dans le cadre de la mise en place du marché unique et du passage à la
monnaie unique, la Commission européenne avait adopté, en juillet 1996, un
programme de travail pour l'instauration d'un système commun définitif de TVA
(15) En France 5,5 %.
? 40 ?
intracommunautaire(16). Mais, constatant la quasi-impossibilité de parvenir à imposer
son modèle e régime définitif, la Commission semble, sans en avoir
irrémédiablement abandonné le principe, y avoir renoncé à court et moyen termes
ainsi que le laisse supposer son nouveau programme de travail publié en 2000. Dans
l'immédiat, et pour plusieurs années, le régime actuel de TVA de la presse est donc
prorogé.
L'imposition à la TVA au taux de 2,10 % des publications de presse
représente, par rapport à l'assujettissement au taux réduit de 5,5 %, une dépense
fiscale de 193 millions d'euros en 2001,et de 197 millions d'euros en 2002. En
l'occurrence, votre Rapporteur spécial observera que la croissance de la dépense
fiscale ne témoigne d'aucun volontarisme particulier de la part des pouvoirs publics,
mais traduit uniquement la croissance du chiffre d ?affaires de la presse vendue,
lequel n'est, bien évidemment, pas contingenté a priori en fonction des
disponibilités budgétaires.
IV.- L'AFP : UNE PRIORITE RECONNUE ET SOUTENUE EN 2003
L'Agence France-presse (AFP) est présente dans 165 pays, avec 110
bureaux et plus de 50 correspondants locaux. Elle emploie 2.240 salariés, dont
1.360 journalistes, et 200 photographes, auxquels s'ajoutent 2.000 pigistes. Son
chiffre d'affaires s'est élevé à 244 millions d'euros en 2001.
1.- DES CONDITIONS DE GESTION DIFFICILES
L'Agence France-presse fait partie des « joyaux » français dans le
domaine de l'information, et constitue un outil essentiel pour l'ensemble de la
presse française, et plus généralement francophone. De surcroît, elle a été capable,
jusqu'à présent, d'accroître son chiffre d'affaires, certes à un rythme irrégulier, mais
toujours positif et en moyenne très significatif, ce qui témoigne de la qualité
reconnue de ses prestations. Cette croissance des recettes n'a pas été gagnée
uniquement sur les tarifs des clients français effectivement en hausse régulière, mais
à un niveau inférieur à la croissance des recettes. En tout état de cause, la hausse des
recettes commerciales a permis à l'AFP de dépendre de moins en moins des
abonnements de l'État, dont la part du chiffre d'affaires est revenue de 48,2 % en
1993 à 37,2 % en 2002.
ÉVOLUTION DU CHIFFRE D'AFFAIRES DE L'AFP
(en %) 1996 1997 1998 1999 2000 2001
Taux de croissance du
chiffre d'affaires AFP
1,8 4,6 1,7 8,6 11,1 4,0
Relèvement du tarif (hors
tarif indexé sur Syntec)
2,0 1,0 ou
2,0
2,5 2,0 1,2 2,0
(16) Le système provisoire consiste à taxer les livraisons de biens entre des États membres dans le pays d'arrivée. Le système
dit définitif vise à les taxer dans le pays de départ, suivant le schéma de TVA appliqué à l'intérieur d'un État. Mais c
système, outre les difficultés liées à la répartition équitable de la recette entre les États, pose le problème de la
convergence préalable des taux de TVA, pour éviter de faire apparaître, ensuite, des distorsions de concurrence et de
trafic.
? 41 ?
Source : AFP
De même, l'AFP a su prendre le virage du numérique, et s'imposer dans le
domaine de la photo.
Troisième agence mondiale, et seule agence francophone réellement
mondiale, elle constitue non seulement un outil de travail fondamental de la presse
française, mais aussi un instrument du rayonnement de la France, à l'instar, d'une
certaine manière et dans un autre ordre d'idées, du siège permanent au Conseil de
Sécurité de l'ONU ou de la possession de l'arme nucléaire. Beaucoup d'autres États
peuvent envier cet héritage aussi prestigieux qu'essentiel.
Mais la gestion de la précédente direction et de la précédente majorité
s'est avérée laxiste et mal ordonnée, ce qui a conduit l'agence, aujourd'hui, à des
difficultés qui peuvent durablement nuire non seulement à son développement, mais
aussi à son bon fonctionnement.
L'AFP doit ainsi gérer encore aujourd'hui les conséquences lourdes de la création globale de 218
postes en 18 mois, représentant 10 % des effectifs, résultant à la fois du lancement d'un plan de
développement finalement avorté, et des modalités du passage aux 35 heures. Le ratio de la masse
salariale sur le chiffre d'affaires s'en est trouvé porté de 65,6 % en 1998 à 70,4 % en 2000, pénalisant
d'autant la marge d'exploitation(17) et induisant une surconsommation de trésorerie de 26 millions
d'euros en deux ans. S'y ajoutent des conséquences indirectes, dues aux mécanismes d'automaticité
de déroulement des carrières des journalistes arrêtés dans le cadre de l'accord datant de l'été 2000,
qui représentent une augmentation moyenne de 3,9 % par an, ainsi qu'au GVT (glissement-vieillessetechnicité)
structurel d'environ 1,5 %. Ainsi, les efforts consentis sur la période 1991-1995 sur le
personnel ont été totalement annulés par la gestion de la période 1997-2001. De plus, les effectifs
supplémentaires ont malheureusement été répartis essentiellement en France, de manière disséminée
et peu productive, et non à l'étranger, où ils auraient pourtant été plus rentables.
La commission financière chargée du contrôle de l'AFP a elle-même clairement demandé, en janvier
2002, « une réflexion sur les mesures à mettre en oeuvre pour infléchir une dérive des charges de
personnel sans commune mesure avec l'évolution des produits de l'agence »(18).
En 2001 et 2002, les difficultés ont été gérées par abandons de créances de l'État sur des prêts
participatifs, et par des cessions d'actifs non-stratégiques, évidemment non reconductibles, à hauteur
de 10 millions d'euros. Ceux-ci n'ont d'ailleurs pas encore été intégralement réalisés (notamment
pour la filiale économique AFX). La dégradation de la conjoncture en 2002, avec des
désabonnements et des réductions de tarifs, n'a été que très partiellement compensée par les recettes
supplémentaires provenant du développement des quotidiens gratuits. En conséquence, la marge nette
de l'agence devrait être nulle en 2002, au lieu des 5 millions d'euros d'excédents initialement prévus.
Hors cessions, le résultat 2002 atteindrait donc 15 millions d'euros de déficit. Les résultats nets
actuellement prévus par l'agence sont négatifs de 6 millions d'euros.
En exploitation, selon les informations communiquées à votre Rapporteur spécial, le retour à
l'équilibre durable exigerait un apurement global d'environ 10 millions d'euros, et de 40 à 50
millions d'euros en trésorerie et en recapitalisation.
(17) En 2000, le résultat d'exploitation est devenu quasiment nul (2 millions d'euros), le résultat net étant négatif de
14 millions d'euros, malgré un abandon de créance de près de 7 millions d'euros par l'État au titre d'un prêt
participatif.
(18) Lettre du président de la commission financière adressée au Président-directeur général de l'AFP le 8 janvier 2002.
? 42 ?
2.- UN EFFORT BUDGÉTAIRE AU RENDEZ-VOUS EN 2003
L'actuelle direction est contrainte d'affronter aujourd'hui les difficultés, dont elle a héritées, dans la
gestion du socle national de son activité, et faire en sorte que les suppléments de charges de
fonctionnement engendrés par la gestion précédente n'obèrent pas excessivement les résultats de
l'agence. Elle doit, pour ce faire, bénéficier du soutien de la presse, y compris, sinon surtout, dans un
contexte économiquement difficile pour elle.
En revanche, c'est bien à l'État que revient la responsabilité de contribuer à la mission
extérieure de l'agence, dans la durée et dans un cadre contractuel. De surcroît, le maintien de la
croissance du chiffre d'affaires de l'agence ne peut réellement provenir que des marchés
étrangers, en particulier des fils anglais et arabes qui bénéficient d'une forte croissance tendancielle,
et des fils spécialisés, notamment économiques, et de la filière photo, le « socle » du fil général en
français ne pouvant plus croître que modérément.
L'AFP fait l'objet, dans le projet de budget pour 2003, d'une attention
particulière du Gouvernement, dont votre Rapporteur spécial se réjouit. Celleci
répond en effet aux préoccupations qu'il a régulièrement fait valoir dans le passé
lors des précédentes discussions budgétaires, et plus récemment.
Ainsi, en passant de 95,89 millions d'euros à 100,2 millions d'euros, les
crédits prévus au chapitre 34-95 des abonnements de l'État bénéficieront l'an
prochain d'une hausse substantielle, de 4,5 %, avec deux composantes :
une indexation simple sur l'évolution des prix, soit 1,5 % ;
-un complément d'abonnements, très significatif puisque double de
l'indexation simple, à hauteur de 3 %, soit un volume de 2,84 millions d'euros, au
titre d'une aide à l'amélioration de la qualité de service de l'agence. Ce complément
de moyens devrait s'inscrire dans le cadre d'une démarche contractuelle inspirée
de celle des contrats d'objectifs et de moyens des sociétés de l'audiovisuel
public.
Cette décision, dans un projet de loi de finances fortement contraint, et qui impose de concentrer les
moyens là où ils sont le plus efficaces et le plus porteurs d'avenir, manifeste clairement le souhait
de donner à l'agence les moyens de sa pérennité et de son développement dans de bonnes
conditions.
3.- DES ÉVOLUTIONS NÉCESSAIRES A MOYEN ET PLUS LONG TERMES
La surindexation des abonnements de l'État répond clairement à la prise en compte des difficultés de
l'agence, à condition qu'elle s'inscrive effectivement dans une logique de contrat d'objectifs portant
sur les paramètres de l'exploitation de l'entreprise, et de moyens, notamment par une recapitalisation
à terme. Pour autant, l'agence ne pourra naturellement pas faire l'économie d'efforts de gestion dont
elle a immédiatement besoin, en particulier dans un contexte manifestement peu porteur pour ses
clients.
Au-delà, il conviendra naturellement de réfléchir à l'évolution de la
« constitution financière » de l'agence, qui représente aujourd'hui un véritable
corset, incompatible avec la gestion moderne d'une entreprise aussi importante.
? 43 ?
En particulier, les contraintes strictes d'équilibre budgétaire annuel, vérifié
a priori par la commission financière, et interdisant tout provisionnement de charges
ou de produits non rattachés à l'exercice, ne pourront indéfiniment servir de guide et
de règle de gestion d'une entreprise qui se veut et se doit d'être en phase avec son
temps, ses clients, et les modes de gestion classiques des entreprises normalement
gérées.
De même, l'obligation d'adopter un budget équilibré, sous le contrôle de sa
commission financière, sous peine que celle-ci demande la nomination d'un
administrateur provisoire, paraît une sanction peu adaptée et, au demeurant,
difficilement applicable. D'ailleurs, elle n'a pas été appliquée, même lorsque, dans
l'incapacité de faire autrement, la commission n'a pu examiner le budget 2001
qu'après l'octroi d'un prêt participatif de l'État, en pratique après la clôture de
l'exercice 2001 lui-même. Elle a alors dû approuver un budget demeurant
déséquilibré de 3 millions d'euros.
Cette réflexion sur l'évolution du statut ne doit cependant pas être opérée
dans une précipitation inutile, qui nuirait à son acceptation par les acteurs et donc au
succès de sa mise en oeuvre, mais doit s'inscrire dans une démarche de long terme.
V.- LES AGENCES DE PHOTOS : UNE MUTATION TRES BRUTALE
Quoique ce sujet ne constitue pas un enjeu budgétaire, votre Rapporteur
spécial ne peut que souligner sa préoccupation quant au devenir des agences
françaises de photos.
En effet, l'évolution récente a conduit à une forte concentration du secteur,
par le rachat progressif des agences de photos indépendantes (Sygma, Sipa et
Gamma), qui avaient fait de Paris la capitale du photojournalisme, il y a une
trentaine d'années, mais qui n'étaient peut-être plus en mesure de faire face aux
investissements nécessaires pour demeure au niveau technologique indispensable à
leur pérennité. Par ailleurs, le développement de l'activité photo de l'AFP auprès des
magazines, longtemps alimentés principalement par les agences de photo,
naturellement compréhensible du point de vue des exigences d'équilibre financier de
l'AFP, a conduit à rompre l'équilibre antérieur.
Ces rachats par de grands groupes (Hachette-Filipacchi en 1999, Corbis en
2000, et le groupe Fabre en 2001) n'ont pas nécessairement permis à ceux-ci
d'obtenir les résultats escomptés, en raison de la protection des droits des auteurs.
Celle-ci ne permet pas en effet l'exploitation totalement libre des archives photos audelà
de la première publication. En conséquence, les agences, avant et après leurs
rachats, ont été amenées à procéder à des restructurations lourdes, avec de
nombreuses suppressions d'emplois de photo-reporters, dans un des secteurs de la
presse dans lequel la France apparaissait pourtant naguère comme particulièrement
en pointe.
? 44 ?
CHAPITRE III INTERNET : UN RETARD A COMBLER
Le développement de l'internet ne constitue pas une question aujourd'hui
principalement budgétaire. Les quelques crédits destinés à cette action sont
disséminés sur les différents budgets de fonctionnement des ministères, ou traités
sous un angle purement technologique. Pourtant, internet et communication,
audiovisuelle comme écrite, se trouvent aujourd'hui au confluent de problématiques
communes, par le développement inéluctable de l'utilisation du premier pour l'accès
aux seconds.
I.- UN CONTEXTE APPAREMMENT DIFFICILE, MAIS DES
PERSPECTIVES QUI TENDENT A S'ÉCLAIRCIR
A.- UNE INTERACTION CROISSANTE ET INCONTOURNABLE AVEC LES
QUESTION DE COMMUNICATION
L'interaction entre le développement de l'internet et les questions de
communication va en s'approfondissant et en s'enrichissant régulièrement.
La plus simple est la consultation de la télévision et de la radio sur l'internet
en France, qui se caractérise par deux tendances. En premier lieu, la consultation des
sites internet des télévisions et des radios en ligne progresse, même si leur audience
reste globalement encore assez limitée. Cette progression profite essentiellement aux
déclinaisons en ligne des télévisions hertziennes du câble ou du satellite et aux
radios. En France, l'écoute de la radio en ligne connaît un succès croissant avec la
diffusion de l'internet, et l'organisation de la diffusion par un prestataire
intermédiaire efficace, unique pour la quasi-totalité des radios. Selon Médiamétrie
l'audience des programmes radios et TV sur l'internet n'a cessé de croître en 2002.
En second lieu, la consultation de la radio sur l'internet a permis l'émergence et le
succès de radios spécifiquement présentes sur ce média.
DÉVELOPPEMENT DE LA CONSULTATION DES SITES INTERNET DE RADIOS ET DE TELEVISIONS
Sites Nombre de visites (en
millions)
Durée moyenne de visites
TF1 5.6 19'13''
ComFm (plus de 100 radios et TV en ligne) 2.3 8'06''
Europe 1 interactive 1.4 12'11''
France Télévisions 1.2 11'22''
Radio France.fr 0.9 20'33''
MCM.net 0.6 7'07''
La chaîne Météo 0.5 2'51''
RFI 0.4 7'36''
Ouirock.com 0.1 5'19''
Source Cybermétrie août 2002
? 45 ?
En matière de presse, la convergence, déjà mentionnée, est sans doute plus
forte encore, car le débit nécessaire pour la consultation des sites de presse est
sensiblement moindre que pour les images animées de la télévision, voire les sons de
bonne qualité des radios. La principale question, pour ce qui concerne la presse, est
sans doute plutôt celle de la labellisation et de l'identification de la valeur
journalistique des sites. À cet égard, les efforts déployés par les professionnels, et
notamment la FNPF (Fédération nationale de la presse française), méritent d'être
soulignés et reconnus. Il ne reste plus, en l'occurrence, qu'à mettre effectivement en
oeuvre le label-presse ainsi défini, sur la base d'une attribution par une commission
rappelant la commission paritaire des publications, et dans une perspective
d'engagement de la responsabilité de l'éditeur de même nature que celle applicable
depuis 1881 en matière de presse écrite. .
B.- UN CONTEXTE GLOBAL ORIENTÉ VERS LA FIN DE LA CONVERGENCE ?
Après une phase d'euphorie particulièrement exagérée, la bulle de l'internet
s'est très rapidement dégonflée, et la nouvelle économie a sans doute réintégré les
rangs de l'économie classique régie par la recherche de rentabilité réelle, et plus
seulement virtuelle.
De même, les champions internationaux de ce qu'il était convenu d'appeler
la « convergence » des contenus et des contenants, c'est-à-dire des réseaux et des
supports, d'une part, et des programmes et des informations, d'autre part, ont, pour
certains, connu des défaillances majeures, et, en tout cas, ont dû réduire leurs
ambitions. Les deux exemples les plus clairs de ce retour au réalisme sont ceux :
de la déconfiture de Vivendi Universal et de l'échec de la stratégie de son
précédent président d'acquisitions au prix fort à la fois des opérateurs techniques et
des producteurs de contenus ;
et de la difficulté de la fusion AOL-Time-Warner, dans laquelle, après
une brève période durant laquelle l'opérateur AOL a pu paraître prendre le dessus
grâce à une valorisation boursière considérable, la stratégie de l'entreprise est
revenue à un mode plus rationnel, après un changement de direction.
Pour autant, le retour à la normale financière ne constitue pas
nécessairement un abandon complet : la stratégie de cessions de la nouvelle direction
de Vivendi Universal irait plutôt dans ce sens, en conservant les pôles
entertainement et de téléphonie mobile. De même, l'orientation d'AOL-Time-
Warner demeure également axée sur la convergence. Enfin, les anciennes firmes
vedettes de l'internet, comme Yahoo, Amazon ou eBay, ont su adapter leur modèle
économique, pour retrouver le chemin de la croissance soutenue du chiffre
d'affaires, et profiter de la consolidation du secteur.
? 46 ?
Quoi qu'il en soit, cette consolidation demeure fragile. C'est pourquoi,
après l'éclatement de la bulle Internet et les difficultés liées au secteur des
télécommunications, les pouvoirs publics paraissent maintenant plus légitimes que
jamais à intervenir positivement.
C.- DES PERSPECTIVES FAVORABLES AU DÉVELOPPEMENT DU COMMERCE
LECTRONIQUE
Le commerce électronique, qui constitue l'une des premières manifestations
de la « convergence » susceptible d'être économiquement rentable dans l'économie
de l'internet, a pour sa part sensiblement progressé en France, même si son volume
global demeure faible. Ainsi, avec un chiffre d'affaires de 1,45 milliard d'euros en
2001, soit 110 % de croissance par rapport à 2000, ce marché a progressé
significativement. L'offre s'est en revanche stabilisée quantitativement (2.752 sites
de commerce-électronique à la fin de l'année 2001, contre 2.715 à la fin de l'année
2000), ce qui ne doit pas cacher ni le caractère extrêmement évolutif de ces sites, ni
l'amélioration de leur qualité.
Des enquêtes menées par Ipsos Médiangle au premier semestre 2002, il
ressort que le nombre d'acheteurs en ligne continue de progresser plus vite que le
nombre d'internautes, ce qui est évidemment très encourageant. De plus, même si la
suprématie des produits culturels demeure (livres et CD, et voyages), les produits ou
services disposant de sites se diversifient progressivement (matériel informatique,
habillement, logiciels, spectacles, ..).
La poursuite de ces évolutions dépendra de deux facteurs : le nombre de
ménages ayant accès à l'internet ; et, parmi ceux-ci, la proportion de ceux qui
s'adonnent effectivement au commerce électronique, c'est-à-dire, en particulier, qui
dépasseront leurs craintes quant à la sécurisation des transactions en ligne. A cet
égard, le développement de l'e-carte bleue par les banques pour le grand public ne
pourra que constituer un facteur incitatif fort.
II.- DES ATTENTES FORTES QUANT À L'ACTION DU GOUVERNEMENT
A.- LE BILAN DE L'ACCES A L'INTERNET N'EST PAS SATISFAISANT
Les données publiées par la Commission européenne en février 2002
montrent clairement que la France n'a pas établi une situation satisfaisante en
matière d'accès et d'utilisation de l'internet, en comparaison de ses principaux
voisins et partenaires.
Certes, malgré un rythme comparable d'équipement des foyers, la
progression de l'accès à l'internet demeure supérieure à celui de la moyenne
européenne. Mais la France continue à accuser un retard très significatif (de
20 %) par rapport à la moyenne européenne en terme d'accès à l'internet à
? 47 ?
domicile. Globalement, l'utilisation de l'internet en France demeure
significativement inférieure à celle de la moyenne des autres États de l'Union.
On observera également que l'accès à l'internet est peu diversifié en
France : 2 % pour l'accès par portable, 0,6 % par la télévision numérique, contre,
respectivement, 9 % pour les britanniques pour les deux modes d'accès.
ANALYSE DE L'ÉTAT COMPARÉ DE L'ACCÈS A L'INTERNET EN FRANCE ET EN EUROPE
Novembre 2001
Proportion de la population :
Position de
la France
France
(en %)
Moyenne Union
européenne
(en %)
Écart
(en %)
- utilisant régulièrement Internet 11 45,0 48,0 - 6
- disposant d'un accès à domicile 12 30,1 37,7 - 20
- disposant d'un accès ADSL à domicile 8 4,2 6,3 - 33
- disposant d'un accès câble à domicile 11 4,5 9,1 - 51
Coût d'accès à 20 heures par semaine (en
euros)
4 26,5 29 - 9
Utilisation des services publics en ligne
- pour information
- pour remise de formulaire
- 3
- 4
- 46
- 24
- 35
- 22
- 30
- 9
Source : Commission européenne
En revanche, certains indicateurs apparaissent plus favorables :
le haut débit se développe significativement en France, en particulier avec
l'ADSL, alors que le haut débit sur le câble tend à marquer le pas. Néanmoins, le
retard est important, même si les taux considérés sont faibles et que la dynamique
rapide peut modifier rapidement les comparaisons avec nos voisins européens ;
le coût d'accès est relativement moins cher en France (10 % moins cher
que la moyenne pour 20 heures de connexion par semaine) ;
l'administration électronique est convenablement développée en France.
Globalement, l'évolution vers l'internet, rapide en soi, mais lente par
rapport à la moyenne européenne, subit en France trois contraintes importantes :
l'importance du parc et des habitudes d'utilisation du minitel ; les craintes devant
l'insécurité du paiement en ligne ; enfin, le manque de contenus réellement attractifs
sur l'internet. Sur ce point, le développement de contenus comme le jeu en ligne, la
vidéo à la demande, les services voix et médias assis sur des modèles économiques
pérennes paraissent essentiels pour favoriser le développement de l'internet dans les
foyers, ainsi que la migration vers le haut débit.
De même, la diversification des modes d'accès de l'internet est-elle
généralement considérée comme un important moyen d'accès des foyers à la société
? 48 ?
de l'information, que ce soit par la télévision numérique, même si celle-ci offre une
interactivité variable en fonction des voies de retour, ou par l'UMTS et le GPRS de
la téléphonie mobile. Dans cette perspective, le ministre de l'Économie, des finances
et de l'industrie, reconnaissant récemment le « retard considérable » de la France(19)
sur certains pays européens dans l'internet à haut débit, a fixé l'objectif d'atteindre
10 millions d'abonnés d'ici à cinq ans, contre un million seulement aujourd'hui. La
multiplication d'offres tarifaires concurrentes pour des accès de haut-débit d'entrée
de gamme, à partir de 128 kbit/s, soit le double du bas débit, à des tarifs
inférieurs au seuil psychologique de 30 euros, devrait permettre d'ouvrir la voie vers
cet objectif ambitieux.
Enfin, votre Rapporteur spécial se doit de souligner que le développement
de l'internet peut constituer un outil moderne par excellence d'accompagnement de
la décentralisation : en effet, le réseau d'internet, qui abroge les distances, supprime
les obstacles physiques, facilite l'information, la participation et la gestion à
distance, paraît un instrument technique parmi les mieux adaptés à l'esprit qui
préside à la volonté de réformer l'État et d'approfondir la décentralisation.
B.- QUELLES PERSPECTIVES LÉGISLATIVES ET RÉGLEMENTAIRES ?
Compte tenu à la fois du retard pris sur l'élaboration d'un cadre juridique
solide et fiable par la précédente majorité, et du retard dans l'utilisation de l'internet
constaté aujourd'hui, le Gouvernement, dans sa nouvelle configuration des
responsabilités dans ce domaine, doit affronter une tâche lourde, mais indispensable
dans un délai rapide.
L'action du Gouvernement en matière de nouvelles technologies et de
société de l'information a lieu dans un cadre interministériel. Si le Ministère de la
Culture et de la communication participe à la réflexion et propose des mesures dans
son champ d'action, les autres ministères jouent naturellement un rôle important
dans leur domaine respectif. Le nouveau Gouvernement a décidé, en outre, de
confier un rôle de coordination, d' impulsion et de communication de cette politique
à la Ministre en charge des nouvelles technologies.
Le précédent Gouvernement avait lancé en janvier 1998 le Programme
d'action gouvernementale pour la société de l'information (PAGSI), destiné à
favoriser le développement de la société de l'information dans notre pays en
prévenant l'élargissement de ce qu'il était convenu d'appeler le « fossé numérique ».
La démarche consistait en une mobilisation de l'État, non pour se substituer aux
acteurs en présence (entreprises, collectivités, associations) mais pour accompagner
leurs initiatives en leur donnant les moyens nécessaires pour ce faire.
Pour répondre aux besoins de la société de l'information, six chantiers
prioritaires avaient été définis : l'internet à l'école, le développement des contenus
culturels numériques, l'administration électronique, le soutien à l'économie
(19) Fin 2001, 2,6 % des ménages français avaient accès au haut-débit, contre 3,9 % pour la moyenne de l'Union
européenne, et plus de 10 % pour la Suède et les États-Unis.
? 49 ?
numérique, l'innovation et la recherche et l'adaptation du droit français aux
technologies de l'information et de la communication. Ce dernier chantier constitue
effectivement un préalable nécessaire pour favoriser l'émergence d'une régulation
efficace et d'un cadre protecteur pour les nouveaux réseaux d'information.
Aujourd'hui, un certain nombre de textes législatifs et réglementaires ont
été adoptés, en dépit du fait que le Parlement n'a pas examiné le projet de loi relatif
à la société de l'information (PLSI). Compte tenu de son incapacité à inscrire ce
projet à l'ordre du jour du Parlement, le précédent Gouvernement avait alors
privilégié la démarche aléatoire et assez erratique consistant à faire adopter certaines
dispositions dans des textes divers :
l'établissement des réseaux de télécommunications par les collectivités
locales, dans le cadre de la loi du 17 juillet 2001 portant diverses dispositions
d'ordre social, éducatif et culturel. Mais les collectivités locales continuent de juger
trop restrictives leurs conditions d'intervention dans l'établissement et l'exploitation
des réseaux de télécommunications. En particulier, la possibilité devrait leur être
ouverte de financer des réseaux à haut débit ;
l'effacement des données personnelles relatives aux communications,
dispositions adoptées par la loi du 15 novembre 2001 relative à la sécurité
quotidienne ;
le renforcement des moyens des pouvoirs publics pour lutter contre
l'utilisation de la cryptologie à des fins délictueuses, introduites dans la même loi du
15 novembre 2001 relative à la sécurité quotidienne ;
l'élargissement du pouvoir d'accès aux données de connexion détenues
par les opérateurs de télécommunications et les fournisseurs d'accès, par la loi de
finances rectificative pour 2001;
enfin, la diffusion de l'internet haut débit, avec le décret du 12 septembre 2000 sur le
dégroupage de la boucle locale, ouvrant le réseau local de France Télécom à la concurrence.
Mais, au-delà, de nombreuses mesures restent en attente :
transposition de la directive « Commerce électronique » du 8 juin 2000, dans une version
acceptable par la Commission ;
organisation de la mise à disposition gratuite des données publiques essentielles des
services et établissements publics de l'État ainsi que des organismes placés sous son contrôle ;
collecte et conservation au titre du dépôt légal du patrimoine culturel et scientifique offert
par les services de communication en ligne ;
adaptation des règles relatives à l'exercice du droit de réponse prévues par la loi du
29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle pour les services de communication en ligne.
? 50 ?
Un nouveau projet de loi sur l'économie numérique, reprenant certaines
dispositions de ce premier projet, est actuellement à l'étude. Votre Rapporteur
spécial ne peut que presser le Gouvernement à le déposer et à l'inscrire rapidement à
l'ordre du jour de l'Assemblée nationale.
Au-delà, diverses dispositions communautaires essentielles en matière de
télécommunications et d'audiovisuel demeurent à transposer, notamment les trois
suivantes :
- transposition, dans un délai normalement fixé au 24 juillet 2003, de ce
qu'il est convenu d'appeler le « paquet télécoms ». Une consultation publique
conjointe du Ministère de la culture et de la communication et du Ministère de
l'industrie a été lancée dans cette perspective et s'est achevée le 20 septembre 2002 ;
transposition de la directive du 22 mai 2001 relative à l'harmonisation de
certains droits d'auteur et droits voisins dans la société de l'information. Celle-ci fait
l'objet de travaux de réflexions, jusqu'à présent infructueux, dans le cadre du
Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique. Un projet de loi devrait être
déposé au Parlement sur ce sujet au début de l'année 2003 ;
achèvement de la procédure parlementaire, interrompue en cours de
navette, de la directive du 25 octobre 1995 relative à la protection des personnes
physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et modifiant la
loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés.
C.- UNE FISCALITÉ CONTRE-PRODUCTIVE ET PARADOXALE DES PRODUITS
ÉLECTRONIQUES ET DE L'INTERNET
Le cadre juridique de l'internet doit s'accompagner du minimum de
mesures économiques évitant au moins d'entraver son développement. En l'espèce,
des progrès restent à faire, qu'il s'agisse de la facturation des redevances finançant le
service universel de télécommunications, dont le mode de calcul obère les comptes
d'exploitation et la rentabilité des fournisseurs d'accès à bas-débit à l'internet, ou
des redevances dues sur l'utilisation de la technologie satellitaire pour l'accès à
l'internet en haut-débit, ou encore de la TVA sur les produits en ligne.
Dans chacun de ces trois cas, des mesures simples et préventives, pour un
coût fiscal réduit, constitueraient, si elles étaient prises suffisamment tôt,
économiquement chargées de symbole quant à l'expression de la volonté politique
de ne pas dissuader les initiatives utiles.
S'agissant en particulier de la TVA, une récente directive européenne,
datant du 7 mai 2002 et concluant un très long processus de négociation, a modifié à
titre temporaire, pour 3 ans, la 6ème directive de 1977 pour le régime de TVA, en ce
qui concerne les services de radiodiffusion et de télévision et certains services
fournis par voie électronique. Elle prévoit que la « fourniture d'images, de textes et
d'informations » par voie électronique est considérée, aux fins de la TVA, non pas
? 51 ?
comme une livraison de biens mais comme une prestation de services à laquelle doit
donc être appliqué le taux normal de TVA, soit, en France, 19,6 %.
Or, dans le même temps, les journaux et périodiques bénéficient en France du taux réduit de 2,10 % et
les livres du taux réduit de 5,5 %, conformément à la même 6ème directive. Mais, pour l'un comme
pour l'autre cas, ces taux réduits sont jusqu'à présent réservés à la presse et aux livres traditionnels,
sous leur forme « papier », et la directive de mai dernier a confirmé cette position, par la négative
pour les produits dématérialisés, du moins à titre temporaire.
Ainsi, les sites créés par les entreprises de presse, offrant une diffusion en ligne de leur journal, sont
aujourd'hui assujettis à un taux de TVA de 19,6 % lorsqu'ils présentent un caractère payant. Il en irait
de même pour la vente de livres sous une forme dématérialisée, et, sans doute, de toutes les ventes de
biens culturels en ligne ou sous forme électronique. Cette solution, notamment concernant la presse,
apparaît d'autant plus paradoxale que, dans le droit fiscal français, tel que l'interprète la Direction de
la législation fiscale qui élabore le fascicule des voies et moyens annexé au projet de loi de finances,
le coût de la dépense fiscale correspondant au taux de TVA super-réduit sur la presse est mesuré, non
pas par rapport au taux normal de 19,6 %, mais par rapport au taux réduit de 5,5 %, qui représenterait
donc le droit commun applicable à la presse en dehors du taux super-réduit.
Cette différence de traitement de la diffusion de la presse, des livres, et des
autres biens culturels suivant leur support technique n'est de nature à inciter au
développement :
ni de l'internet en général, pour lequel la France n'est pourtant pas
spécialement en avance ;
ni de la diffusion plus spécifique de la presse sur l'internet., qui pourrait
pourtant constituer une voie de développement porteuse d'avenir, notamment pour la
presse quotidienne d'information générale en régression tendancielle ;
ni au développement du livre électronique.
Plus généralement, elle n'est pas de nature à contribuer à l'émergence de
nouveaux modèles économiques durables, fondés sur le paiement, des prestations et
des livraisons de biens dématérialisés sur l'internet qui font tant défaut au
développement de la nouvelle économie et qui ont conduit aux difficultés actuelles
de ce secteur.
Il conviendrait donc, sans attendre la fin du régime transitoire pour les prestations en ligne
d'ici juillet 2005, de profiter de la renégociation communautaire de l'annexe H prévue en 2003
pour demander que les taux réduits autorisés pour les biens culturels puissent s'appliquer quel
que soit leur support, donc aussi sous forme électronique.
D.- LES DROITS D'AUTEURS : UN PROBLEME DIFFICILE QUI EXIGE
POURTANT UNE RÉPONSE RAPIDE
Au-delà des accords d'entreprise, régissant ponctuellement le partage des
droits d'auteurs des journalistes et de leur employeurs pour la réutilisation de leurs
travaux sur des supports multimédias, une réflexion plus globale a été initiée sur le
statut de la création salariée. A la suite de la création du Conseil supérieur de la
propriété littéraire et artistique, mis en place en juin 2001, une commission
? 52 ?
spécialisé, associant les différents acteurs (sociétés d'auteurs et d'artistes,
journalistes, éditeurs de presse, de livres, de services en ligne, entreprises de
l'audiovisuel et des logiciels de loisirs) a été créée avec les multiples objectif : de
rechercher les moyens d'assurer la mise en oeuvre effective des droits des auteurs
salariés ; sans remettre en cause les règles fondamentales du droit d'auteur ; tout en
donnant aux employeurs la sécurité juridique indispensable à l'exploitation des
oeuvres créées par l'auteur salarié. Cette réflexion devait également conforter la
sécurité juridique des accords d'entreprise et analyser l'impact sur la situation fiscale
et sociale des salariés et employeurs des propositions susceptibles d'être retenues.
La commission, dont les travaux se sont déroulés jusqu'en mars 2002, n'a
pu rédiger un avis consensuel ni s'accorder sur un projet de texte aménageant la
règle de l'interdiction de la cession globale des oeuvres futures prévue par le code de
la propriété intellectuelle. Deux logiques se sont affrontées : celle du droit d'auteur,
défendue par les sociétés de gestion collective et celle du droit du travail, défendue
par les employeurs. Les représentants des éditeurs de presse ont en particulier
manifesté le souhait de poursuivre les négociations sociales entamées sur ce sujet et
ont signifié leur refus d'une discussion sur le seul terrain du droit de la propriété
littéraire et artistique.
Prenant acte de cet échec, le Ministre de la Culture et de la communication
a désigné une personnalité indépendante, M. Raphaël Hadas-Lebel, pour proposer
une solution à ce problème délicat.
*
* *
Il ressort des développements qui précèdent que la situation de l'internet
en France, sur l'ensemble des différents points de vue juridiques, techniques,
économiques ou fiscaux, appelle un sursaut rapide. Un débat au Parlement, après
une mission d'information transversale, permettrait de contribuer utilement à
orienter l'action du Gouvernement, en liaison avec le dépôt attendu du projet de
loi relatif à « l'économie numérique ».
? 53 ?
EXAMEN EN COMMISSION
Au cours de sa séance du 5 novembre 2002, la Commission a examiné les
crédits de la Communication, les articles 48 et 52 et la ligne 35 de l'état E
annexé, rattachés à ce budget.
Après l'exposé de votre Rapporteur spécial, M. Alain Rodet, abordant les
difficultés de la presse quotidienne, de faible tirage, et notamment régionale, a
souhaité un maintien, voire un renforcement des aides publiques dans la mesure où
les ressources publicitaires tendent à décliner.
Il a souhaité, par ailleurs, que le rapport écrit présente la liste des maisons
de production fournissant des programmes à France-Télévisions et demandé quelles
étaient les ressources de substitution envisagées par le ministère pour remplacer la
redevance au cas où celle-ci serait supprimée.
M. Bernard Carayon a demandé des informations complémentaires sur les
radios indépendantes commerciales de catégorie B, dont le CSA doit préserver
l'accès aux fréquences. Elles ne disposent d'aucune taxe ou redevance, mais elles
ont un rôle de diffusion de l'information locale très important et assurent 10 % de
l'audience quotidienne radiophonique, voire 20 % comme c'est le cas à Mazamet. Il
convient de leur assurer un accès privilégié aux marchés locaux de publicité. Il
convient de s'interroger, en outre, sur la croissance de 3 % des moyens publics
prévus pour Arte : cette hausse correspond-elle à une croissance du taux d'écoute, et
quelle est l'audience d'Arte en France ?
M. Jean-Jacques Descamps est revenu sur les coûts de perception et de
vérification de la redevance. La suppression de celle-ci a été jugée prématurée en
2002. Il faut espérer que l'année 2003 sera la bonne.
Les chaînes publiques de télévision supportent des coûts de gestion
particulièrement lourds au point que, par exemple, France 3 limite ses déplacements
en province. Des procédures d'audit ont-elles été diligentées par le ministère sur les
coûts de gestion des chaînes de télévision publiques ?
S'agissant de la couverture Internet, il faut regretter les retards français,
notamment par rapport à l'étranger, dans le développement du haut débit. Il y a, sur
ce point, manifestement, des ambiguïtés dans les informations dont on peut disposer.
Après avoir félicité votre Rapporteur spécial pour son exposé, M. Pierre
Hériaud l'a interrogé sur les compensations envisageables en cas de suppression de
la redevance. Actuellement, l'État, au travers de crédits des services généraux du
Premier ministre, finance certaines exonérations de redevance, mais il faudra aller
beaucoup plus loin pour dégager 2 milliards d'euros.
? 54 ?
M. François Goulard, Président, s'est étonné que personne ne s'étonne du
fait que les télévisions régionales relèvent, en fait, d'une chaîne nationale. En
France, contrairement à l'étranger, il n'y a pas de véritables chaînes régionales,
même regroupées dans des réseaux. On peut donc se demander si, à l'heure de la
décentralisation, un nouveau schéma ne pourrait pas être mis en place.
M. Jean-Pierre Balligand a demandé des précisions sur l'implication des
sociétés privées dans le développement de l'ADSL territorial.
M. Jean-Jacques Descamps a considéré que, en la matière, les tarifs
pratiqués par France-Télécom, en concurrence avec d'autres opérateurs, sont, en
vérité, comparables à ceux proposés par les sociétés privées.
Répondant aux différents intervenants, votre Rapporteur spécial a indiqué
que :
- la presse locale connaît une crise économique liée, notamment, à
l'évolution du coût du papier, à la baisse des ressources publicitaires et au déclin de
son lectorat. La croissance de l'aide de l'État, notamment par les journaux
départementaux à faibles ressources publicitaires, est donc bienvenue. L'effort
s'accompagne d'une hausse des aides au portage. Celle-ci est essentielle, malgré les
efforts de distribution de la Poste, non seulement pour la presse nationale, mais
surtout pour la presse quotidienne régionale qui - faut-il le rappeler ? - est diffusée à
hauteur de 35 % par portage ;
- la liste des producteurs-animateurs pourra être demandée. Cela étant, le
service public, à la suite, notamment, des observations de M. Alain Griotteray,
Rapporteur spécial des crédits de la Communication il y a quelques années, a
considérablement clarifié cette question. Le rapport écrit apporte les précisions utiles
sur ce point. Ainsi, il n'y a plus de rémunération forfaitaire, ni d'engagements
pluriannuels. En outre, les contrats passés peuvent être révisés en fonction de
l'évolution des audiences ;
- les amendements relatifs à la suppression de la redevance déposés en
première partie du projet de loi de finances, n'ont pas été adoptés cette année, le
Gouvernement estimant la réalisation d'études préalables essentielle. La direction du
développement des médias a été chargée d'un rapport en ce sens. Il faut souhaiter
que le Parlement soit associé à l'effort de réflexion. Sur le fond, si l'on tient compte
du coût, estimé à 73 millions d'euros, des frais de collecte de la redevance, et des
450 millions d'euros de compensation des exonérations, il conviendra de dégager
2 milliards d'euros de recettes pour la télévision publique, sans alourdir les
prélèvements obligatoires. Les contraintes sont donc fortes ;
- l'avenir des radios indépendantes locales est, en partie, lié au
développement de la TNT locale. Trois canaux sont, en principe, prévus à cet effet.
Mais les nouvelles télévisions ponctionneront les recettes publicitaires existantes.
Les conséquences risquent d'être négatives pour d'autres médias si l'on conserve
l'interdiction totale de l'accès de certains secteurs à la télévision. Il faut sans doute
permettre à la presse d'accéder au marché publicitaire télévisé, pour permettre, sans
déstabiliser les radios et les quotidiens régionaux, aux télévisions locales de se
? 55 ?
développer. L'ouverture de la publicité télévisée à la grande distribution posera plus
de problèmes ; en toute hypothèse, ces ouvertures doivent être très progressives ;
- l'audience d'Arte atteint environ 3 %. Elle devrait être améliorée par une
diffusion toute la journée, mais la hausse des moyens publics dont la chaîne dispose
est sans lien avec son audience. Elle résulte, en effet, d'un accord international, dont
l'Allemagne respecte les engagements. Il faut donc respecter les nôtres ;
- la maîtrise des coûts de gestion des chaînes publiques est un des objets
des contrats d'objectifs et de moyens. Des indicateurs ont été mis en place et les
engagements doivent être tenus. La Cour des comptes devrait rendre, d'ici un à deux
ans, un rapport sur la gestion de France-Télévisions, mais ses observations ont
d'ores et déjà alimenté les réflexions présentées dans le rapport spécial sur le budget
de la Communication pour 2003 ;
- la fixation d'objectifs ambitieux par le précédent gouvernement pour le
développement de la télévision numérique terrestre n'a malheureusement pas été
accompagnée par celle d'un calendrier précis ;
- s'agissant du haut débit, l'ADSL paraît largement « verrouillé » par
France-Télécom qui bénéficie, en effet, d'une rente de situation. Mais le
Gouvernement, le Parlement et l'Autorité de régulation des télécommunications
exercent une pression en faveur du déblocage des boucles locales pour permettre une
réelle concurrence. Le projet de loi de finances rectificative devrait comporter des
mesures d'allègement fiscal en faveur du haut débit satellitaire, mais il conviendra
probablement d'aller plus loin et de favoriser son développement sur le réseau
électrique classique. L'abaissement des coûts au moyen de l'utilisation de ces
supports devrait permettre à la concurrence de s'exprimer ;
- le développement des télévisions locales devrait être favorisé par celui du
numérique terrestre. Trois canaux devraient être dégagés et le Conseil supérieur de
l'audiovisuel devrait prochainement lancer des appels d'offres. Mais l'ouverture de
ces canaux devra s'accompagner d'une levée de l'interdiction d'accès au marché
publicitaire faite à certains secteurs, pour permettre la viabilité des chaînes créées ;
- s'agissant du réseau des chaînes publiques régionales, il faut convenir que
les huit nouvelles chaînes publiques prévues seront, en l'état actuel des projets, des
services de France 3 et, donc, des prolongations de cette société nationale.
Votre Commission a adopté, sur proposition de votre Rapporteur spécial,
les crédits de la Communication et vous demande d'émettre un vote favorable à leur
adoption.
? 56 ?
Article 48
Autorisation de perception des taxes parafiscales rattachées.
(ligne n° 35 de l'état E annexé)
Texte du projet de loi :
La perception des taxes parafiscales dont la liste figure à l'état E annexé à la présente loi continuera d'être opérée
pendant l'année 2003.
Exposé des motifs du projet de loi :
La liste des taxes parafiscales dont la perception est autorisée tient compte des modifications intervenues depuis
septembre 2001.
Conformément aux dispositions de la loi organique du 1er août 2001 relative aux lois de finances, les taxes
parafiscales disparaîtront, sous leur forme actuelle, le 31 décembre 2003. Le projet de loi de finances pour 2003 est donc le
dernier à comporter une telle autorisation de perception.
D'ores et déjà sont supprimées quatre taxes parafiscales, dont la taxe parafiscale perçue sur certains produits
pétroliers et sur le gaz naturel au profit de l'Institut français du pétrole et la taxe parafiscale sur la publicité radio-diffusée et
télévisée.
Observations et décision de la Commission :
Votre Commission a adopté, sur proposition de votre Rapporteur spécial, la
ligne 35 de l'état E annexé, rattachée.
*
* *
? 57 ?
Article 52
Répartition, entre les organismes du secteur public
de la communication audiovisuelle, des ressources publiques affectées
au compte spécial n° 902-15.
Texte du projet de loi :
Est approuvée, pour l'exercice 2003, la répartition suivante entre les organismes du service public de la
communication audiovisuelle, des recettes, hors taxe sur la valeur ajoutée, du compte d'emploi de la redevance pour droit
d'usage des appareils récepteurs de télévision :
millions ?
France Télévision.............................................................. 1.499,53
Radio France..................................................................... 455,90
Radio France Internationale.............................................. 52,30
Réseau France Outre - mer ............................................... 203,05
ARTE - France................................................................. 189,03
Institut national de l'audiovisuel ...................................... 68,22
Total ................................................................................. 2.468,03
Exposé des motifs du projet de loi :
Cet article a pour objet d'approuver la répartition du produit attendu de la taxe dénommée « redevance pour
d'usage des appareils récepteurs de télévision » entre les organismes du service public de la communication audiovisuelle.
En 2003, les tarifs de la redevance pour droit d'usage des récepteurs de télévision sont inchangés par rapport à
2002, soit 116,50 ? pour les téléviseurs couleur et 74,31 ? pour les téléviseurs noir et blanc.
Outre le produit prévisionnel des encaissements de la taxe au cours de l'année 2003, soit 2.030,66 millions ?,
après déduction des frais de fonctionnement du service de la redevance, le montant à répartir comprend également les
excédents de collecte 2001 et 2002, soit respectivement 17,97 et 22,00 millions ?, ainsi que les crédits ouverts
(449,23 millions ?) au chapitre 46-01 du budget des services généraux du Premier ministre, au titre de la compensation du
coût des exonérations de redevance.
Les crédits de paiement du compte d'affectation spéciale, dont la répartition est soumise à l'approbation du
Parlement, s'élèvent donc en 2003 à 2.468,03 millions ?, hors taxe sur la valeur ajoutée.
Observations et décisions de la Commission :
Votre Commission a rejeté un amendement de suppression (n° II-1) de
M. Lionnel Luca, après que votre Rapporteur spécial eut rappelé qu'il avait
lui-même déposé, en première partie du projet de loi de finances pour 2003, un
amendement tendant à supprimer la redevance, retiré à la demande du
Gouvernement.
Votre Commission a ensuite adopté l'article 52, rattaché à ce budget, sans
modification.
? 58 ?
ANNEXE 1 : LE PERIMETRE DE FRANCE-TÉLÉVISIONS
1.-Diffuseurs-chaînes thématiques
France Télémusique (Mezzo)
Lancement en 1998 - Capital : FTV 90 %, Arte France 10 %
France Télémusique détient 20 % du capital de Mezzo depuis la fusion avec Muzzik (effet au 01/07/2001),
France Télécom 20 %, Lagardère / Canal + 60 %
Holding Histoire (Histoire)
Depuis 1997 - Capital : FTV 42 %, Arte-France 42 %, INA 16 %
Holding Histoire détient 52,5 % d'Histoire (Pathé 30 %, Wanadoo 8,75 %, Suez 8,75 %)
France Télé Films (Festival)
Depuis 1996 - Capital : FTV 56 %, Arte-France 11 % (le Britannique Carlton Communications 33 %)
Régions
Depuis 1998 - Capital : FTV 50.01 %, France Télécom 39.99 %, Dexia 10 %
Secemie ( détient 51 % d' Euronews)
Capital : FTV 26.13 %, RAI 25.32 %, RTVE 22 %, SSR 10.76 %, Autres 13.8 %
Gourmet TV
Lancée en 2002 - Capital : FTV 5 %, Gourmet Associés 45 %, Futur TV 20 %, CPI 10 %, J. Robuchon et G.
Job 10 % chacun
Planète Thalassa
Lancée en 2002 - Capital : FTV 34 %, Multithématiques 66 %
TV5
La partie française du capital de TV 5 a été recomposée en 1999, la Sofirad ayant cédé ses parts : FTV 47.5 %,
Arte France 12.5 %, RFO et l'INA respectivement 4 % et 2,6 % (soit une participation de la France à hauteur
de 66,6 %)
2.-Production (filiales à 100 %)
France 2 Cinéma
France 3 Cinéma
France Télévisions Images 1 et 2 (SOFICA)
Multimédia Films Production
3.-Publicité (filiales à 100 %)
France Télévision Publicité
Autres régies : régies régionales, Espace 3, Média Exchange, Web Sat Pub, France Espace développement
4.-Développement
France Télévision Distribution (FTV 100 %)
Ventes de programmes, droits dérivés...
Président Films (filiale à 100 % de FTD)
Exportation de films
France Télévision Interactive (GIE regroupant les chaînes de FTV)
Activités sites internet, télétexte, minitel...
5.-Divers
Médiamétrie
SCI France Télévision (et France Télévision Gestion Immobilière, filiale de la SCI), acquisition de la
Maison de FTV, portage du crédit bail, acquisition d'équipements...
GIE Music 3 Perception des droits SACEM
France Télévision Numérique (pour mémoire) Portage des parts TPS (vendues en 2002) Capital : FTV 34 %
? 59 ?
ANNEXE 2 : LISTE DES PERSONNES AUDITIONNÉES
Entreprises publiques
AFP M. Bertrand Eveno Président
Arte M. Jérôme Clément Président
M. Christian Vion Secrétaire général
France-Télévisions M. Marc Tessier Président
M. Christopher Baldelli Directeur Général France 2
M. Rémy Pflimlin Directeur Général France 3
M. Jean-Pierre Cottet Directeur Général France 5
M. Christian Dauriac Directeur du projet numérique de France 3
Mme. Stéphanie Martin Directrice des Relations Institutionnelles
M. Jean Mino Directeur chargé de la mise en place des
chaînes numériques
M. François Tron Directeur des programmes France 2
M. Bertrand Mosca Directeur des programmes France 3
INA M. Emmanuel Hoog Président-directeur général
Radio France M. Jean-Marie Cavada Président-directeur général
RFI M. Jean-Paul Cluzel Président-directeur général
RFO M. André-Michel Besse Président-directeur général
M. Francis Massé Directeur général délégué
TDF M. Bruno Chetaille Président
M. Thierry Bernard Directeur de la communication
TV5 et CFI M. Serge Adda Président
Mme Michèle Jacobs-Hermès directrice de cabinet
Administrations
Présidence de la République M. Roch-Olivier Maistre Conseiller éducation et culture
Premier ministre M. François de Mazières Conseiller pour la culture et la communication
M. Patrick Raude Conseiller technique chargé des médias
M. Laurent Sorbier Conseiller Technique Société de l'Information
Ministère de la Culture et de
la communication M. Jean-Jacques Aillagon Ministre de la Culture et de la communication
M. Guillaume Cerutti Directeur de cabinet
M. Yves D'Hérouville Conseiller technique politique audiovisuelle
M. Mathieu Bineau Conseiller technique financement et industries
du cinéma et de l'audiovisuel
M. Emmanuel Fessy Conseiller technique presse écrite
Mme Elodie Ziegler Conseiller technique Internet
Direction du développement
des Médias M. Alain Seban Directeur depuis septembre
M. Christian Phéline Directeur jusqu'en septembre
M. Simon Barry Directeur Adjoint
Ministère de l'Économie, des
Finances et de l'Industrie M. Arnaud Pollaillon Conseiller technique Communication
Ministère des Affaires
étrangères Mme Laurence Auer Conseillère technique
Ministère de la recherche et
des nouvelles technologies Mme Claudie Haigneré Ministre
M. Bernard Bigot Directeur de cabinet
M. Alexandre Moatti Conseiller Technique NTIC
DATAR M. Bruno Cassette Chargé mission NTIC
? 60 ?
ART M. Jacques Douffiagues Membre
Conseil d'Etat M. Michel Boyon Conseiller d'Etat
CSA M. Dominique Baudis Président
M. Laurent Touvet Directeur général
M. Camille Pascal Directeur du cabinet du Président
M. Didier Eiffermann Directeur des études
Entreprises et organismes
privés
Antalis M. Xavier Gouyou-Beauchamps Président
AOL M. Stéphane Trepoz Président
Association Les pieds dans
le Paf Mme. Mélanie Le Saux-Glaymann Vice-Présidente
Cegetel M. Jean-Luc Archambault Directeur Réglementation
FNPF (Fédération nationale
de la presse française) M. François Devevey Directeur Général
SPP (syndicat de la presse
parisienne) Bureau du syndicat
Groupe Amaury M. Gérard Métoudi
Directeur des Relations Extérieures et de la
Communication
Groupe Pathé M. Jérôme Seydoux Président Directeur Général
M. Marc Lacan Directeur du développement
FNPS (Fédération nationale
de la presse d'information
spécialisée) Bureau de la Fédération
IFCIC M. Paul Henri Président
Lagardère Médias M. Arnaud Lagardère Président
Ligue française de
l'enseignement Mme Christine Menzaghi Communication
M6 M. Nicolas de Tavernost Président du Directoire
Messageries lyonnaises de
presse M. Patrick André Directeur Délégué
NMPP M. Yves Sabouret Directeur Général
M. Pierre Richard Directeur de la communication
M. Jean-Pierre Doulet Directeur des opérations et coordination du plan
SACD Mme Stéphanie Pistre-Sacquin Directrice des Relations Institutionnelles
SNPP M. Laurent Dubois Directeur
Syndicat EDT Vidéo M. Jean-Yves Mirski Délégué Général
SPQR (Syndicat de la presse
quotidienne régionale) M. Jean-Paul Prévost Président
M. Bruno Hocquart Directeur général
SPP (Fédération de la presse
parisienne) Bureau du syndicat
FPS (Fédération de la presse
spécialisée) Bureau de la fédération
Télé 7 jours M. Patrick Mahé Directeur de la rédaction
Télé magazine M. Hubert Boucheron Directeur des Programmes
TF1 M. Patrick Lelay Président
UNAF M. Jean-Pierre Quignaux Chargé de mission
N° 256- .12- Rapport de M. Patrice Martin-Lalande sur le projet de loi de finances pour
2003 - (Communication)
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