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Patrice Martin-Lalande

Député de la 2ème circonscription de Loir-et-Cher
Président du Pays de Grande Sologne

« Zoo de Beauval : les dessous de la pandamania » (Le Journal du dimanche)

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Dans son article, le Journal du dimanche  rend compte notamment de la mobilisation de Patrice Martin-Lalande pour aider le zooparc de Beauval à obtenir le prêt des pandas.

 Zoo de Beauval : les dessous de la pandamania

Le zoo de Beauval s’est offert une magistrale séance de communication avec la naissance des jumeaux pandas. Pas sûr, à l’arrivée, que l’opération soit si rentable que cela.

Au zoo de Beauval (Loir-et-Cher), Yuan Zi senior déguste des bambous.
Au zoo de Beauval (Loir-et-Cher), Yuan Zi senior déguste des bambous. (Julien de Fontenay pour le JDD)
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C’est le coup marketing de l’été… Depuis l’annonce de sa naissance fin juillet, mini Yuan Zi, le bébé panda du zoo de Beauval, dans le Loir-et-Cher, a suscité 39,4 millions de vues sur Facebook. Le 5 août au matin, ce poids ultraléger – 142 grammes à la naissance – qui avait pointé le bout de son museau la veille à 22 h 32 a disputé la vedette dans les médias au mirobolant transfert du Brésilien Neymar.

Depuis, chacune des images du bébé diffusées sur les réseaux sociaux affole les fans. Son premier « sponsor », une marque d’électroménager qui a offert un mixer pour broyer les bambous en poudre fine de Huan Huan, la maman convalescente, l’a instantanément mesuré. Le message de remerciement du zoo a été consulté 400.000 fois et approuvé par 8.200 likes… Delphine Delord, qui codirige avec son frère Rodolphe le parc fondé par leur mère à la fin des années 1970, a retenu la leçon. En décembre, elle envisage un dîner à l’américaine, avec vente aux enchères de produits offerts par différents bienfaiteurs au panda… Pour le zoo, le panda géant est devenu un produit d’appel.

Quatres écrans pour un « loft story » animalier

Depuis l’arrivée en 2012 des parents de mini Yuan Zi dans le Loir-et-Cher, le nombre de visiteurs a plus que doublé et va frôler les 1,6 million en 2017. Le chiffre d’affaires devrait atteindre 60 millions et le bénéfice 3 millions d’euros. Outre les 29 euros du ticket d’entrée, les touristes dépensent en moyenne entre 11 et 13 euros dans le parc en produits dérivés et collations. Une gageure dans le secteur sinistré du parc animalier. Deux hôtels, des restaurants, une résidence et un centre des congrès complètent l’offre. « Nous investissons en moyenne 10 millions d’euros par an, explique Rodolphe Delord, principalement pour améliorer les conditions de vie de nos animaux. En 2020, nous ouvrirons une serre tropicale… »

Depuis l’heureux événement, le zoo entretient un véritable « loft story » animalier. Quatre écrans ont été installés en urgence pour permettre aux badauds de vivre en direct – ou presque – les moments les plus palpitants de la vie du mini-panda. Mais pendant plusieurs mois, les visiteurs devront se contenter de voir le père, Yuan Zi senior, principalement occupé à déguster ses kilos de bambous quotidiens pendant que la mère et le bébé vivront reclus dans leurs appartements.

Samedi soir mini Yuan Zi pesait 209,9 grammes. L’équipe médicale, dont deux soigneuses dépêchées par Pékin, est optimiste. Son jumeau n’a vécu que quelques heures. En Chine, la tradition veut qu’on attende cent jours pour donner un nom au panda, alors considéré comme viable. Les premières dames chinoise et française, ses marraines, s’en chargeront. « J’envoie tous les jours un SMS à Brigitte Macron avec des nouvelles de son filleul. Elle a accepté sa fonction avec enthousiasme, se félicite Rodolphe Delord, elle m’a confié qu’elle était une habituée de Beauval… » La présentation officielle du bébé au public pourrait être opportunément organisée pendant les vacances de la Toussaint où celles de Noël. Le zoo a décidé de prolonger le contrat d’une centaine de ses saisonniers pour gérer la hausse de fréquentation attendue à l’automne.

Vendredi, le zoo, avec plus de 16.000 visiteurs, a enregistré un record d’affluence. »Il ne s’agit absolument pas d’un business, rectifie Delphine Delord, nous sommes avant tout un lieu de conservation des espèces. Notre association Beauval Nature, dont le budget avoisine le million d’euros, œuvre en ce sens sur différents programmes dans le monde, au profit des lamantins, des langurs… Nous avons 10.000 animaux dans le parc et seulement trois pandas géants. Mais ils sont les seuls à susciter une telle passion. »

1 million de dollars annuels reversés à la Chine

La pandamania, née dans les années 1980 après l’arrivée de premiers spécimens aux Etats-Unis, n’a cessé de grandir dans le monde entier. [[Aujourd’hui]], Beauval profite à plein de cet engouement. « En 2005, nous sommes allés avec une belle lettre de recommandation de l’Etat français à Pékin pour demander le prêt d’un couple, raconte Delphine Delord.  Le fonctionnaire nous a rétorqué que c’était un peu court, et que la demande devait être faite par le président français. » En 2010, Nicolas Sarkozy s’en charge. « Je m’en souviens comme si c’était [[hier]], indique l’ex-député du Loir-et-Cher, Patrick Martin-Lalande. Nous étions au Palais du peuple. Il s’agissait d’une visite d’Etat. A la fin de la rencontre, Nicolas Sarkozy a conclu en formulant deux requêtes, l’une concernait le devenir du pavillon français à Shanghai, l’autre… les pandas. Hu Jintao a répondu : “Pour les Pandas c’est compliqué”. » Pékin n’avait toujours pas digéré l’accueil fait au dalaï-lama par Carla Bruni, en 2008.

Les termes du contrat décennal entre la Chine et le zoo restent confidentiels. Outre les bonnes relations diplomatiques, il fixe les engagements financiers et scientifiques de l’hôte. Les zoos qui accueillent un couple acquittent un loyer d’environ 1 million de dollars par an pendant dix ans. « C’est l’ordre de grandeur », concède Rodolphe Delord. Le zoo de Berlin aurait déboursé 9 millions d’euros pour aménager l’habitat de son couple de pandas en juin, sans compter les soins, le programme scientifique, les voyages et les séjours des soigneurs chinois. Le zoo de Beauval reçoit pour plusieurs mois deux émissaires chinoises en raison de l’arrivée du bébé. « En cas de naissance, explique Jérôme Pouille, l’un des spécialistes français du panda, reconnu ambassadeur officiel de l’espèce par la Chine, le zoo va normalement verser une redevance de quelque 400.000 euros. Il n’est pas sûr que l’opération soit rentable au final. C’est en tout cas la conclusion de certains zoos américains. » De toute façon, au bout de trois ans, le très cher trésor doit être rendu à sa terre natale, qui accroîtra ainsi son cheptel de pandas domestiques.

500 ours noir et blanc en captivité

Pour Pékin, les pandas géants sont un trésor national. Selon le dernier recensement de 2011, 1.864 individus vivraient à l’état sauvage dans des réserves du Sichuan, contre 1.596 lors du précédent inventaire. Cette population d’ours serait en progression et les efforts de conservation de la Chine, largement financés par les « prêts » de couples à l’étranger, porteraient leurs fruits. Le comptage est effectué grâce à l’analyse des déjections… de pandas. Chaque animal ayant une technique de morsure particulière du bambou. Les résidus retrouvés dans les selles permettent de les attribuer à un propriétaire unique ! À ce nombre, il faut ajouter 500 pandas en captivité, dont 22 couples hors de Chine et 6 en Europe… 60 bébés pandas seraient nés hors de Chine en 2017.

Marie-Christine Tabet